Lui-même l'avait éprouvé
7. VItinéraire de Paris à Jérusalem tient en effet de la poésie et de l'histoire. Cf. p. 203.
8. Il veut dire que les ruines des monuments et les tombeaux des héros fameux sont une per-
pétuelle leçon pour le voyageur, puisqu'ils nous rappellent soit l'orgueil des tyrans, soit leur déchéance, et qu'ils sont, suivant les époques et les pays, des témoignages de liberté ou de ty rannie.
9. Phrase de Tacite [Annales, XIV, 10). Elle est ici tout à fait de circonstance, dans un passage où Chateaubriand a évoqué Tacite et Néron. Car il s'agit précisément des angoisses de Néron après la mort de sa mère :
le rivage, près duquel il avait fait tuer Agrippine, toujours présent à ses regards, l'importunait. Chateaubriand détourne un peu la citation de son vrai sens. Il veut dire que les monuments, témoins de certains crimes, en portent le témoignage à travers les siècles et quils ne mentent pas comme les visages des hommes, intéressés à cacher ce qu'ils pensent d'une infamie.
LA FIN DE LA VIE POLITIQUE (i8s8-i83o)
(D'après les Mémoires d'Outre- Tombe.)
[A la chute du ministère Villèle1, Chateaubriand rentra en grâce et fut nommé ambassadeur à Rome. Il arrive en octobre 1828 près du pape : ]
Ambassade de Rome2.
Les premiers moments de mon séjour à Rome furent employés à des visites officielles. Sa Sainteté me reçut en audience privée; les audiences publiques ne sont plus d'usage et coûtent trop cher. Léon XII3, prince d'une grande taille et d'un air à la fois serein et triste, est vêtu d'une simple soutane blanche; il n'a aucun faste et se tient dans un cabinet pauvre, presque sans meubles. Il ne mange presque pas; il vit, avec son chat, d'un peu de polenta4. Il se sait très malade et se voit dépérir avec une résignation qui tient de la joie chrétienne : il mettrait volontiers, comme Benoît XIV5, son cercueil sous son lit. Arrivé à la porte des appartements du pape, un abbé me conduit par des corridors noirs jusqu'au refuge ou au sanctuaire de Sa Sainteté. Elle ne se donne pas le temps de s'habiller, de peur
1. Villèle donna sa démission le 2 décembre 1827. Chateaubriand a écrit sur cette chute :
« J'avais rugi en me retirant des affaires. M. de Villèle se coucha ». (Mémoires, IV, 355).
Les pourparlers pour la constitution d'un nouveau ministère furent assez longs. Chateaubriand ne partit pour son ambassade de Rome que le 14 septembre 1828.
2. Se reporter au premier voyage de Chateaubriand en Italie, p. 175. — Chateaubriand dans ce second séjour, écrit :
J'ai revu ma lettre à M. de Fontanes sur Rome, écrite il y a yingt-
cinq ans, et j'avoue que je l'ai trouvée d'une telle exactitude qu'il me serait impossible d'y retrancher ou d'y ajouter un mot. Une compagnie étrangère est venue cet hiver (1829) proposer le défrichement de la campagne romaine : ah! messieurs, grâce de vos cottages et de vos jardins anglais sur le Janicule! Si jamais ils devaient enlaidir les friches où le soc de Cincinnatus s'est brisé, sur lesquelles toutes les herbes penchent au souffle des siècles, je fuirais Rome pour n'y remettre les pieds de ma vie.