‹ Morceaux choisisChapitre 399 sur 530 · Antithèse remarquable et préparée par ce qui précède · texte numérisé non relu

Antithèse remarquable et préparée par ce qui précède

5. Image macabre et idée bien extraordinaire. Toujours la mê' me tristesse dans Famé de l'auteur.

6. Vieux mot. Infinitif employé substantivement pour dire Vabandon. Chateaubriand aime les archaïsmes. Cf. Règle :

Vendre le dormir.

7. On sent un peu de tristesse dans tout cela. Chateaubriand s'était ennuyé en arrivant à Rome. Il écrivit le 3 novembre 1828 à Villemain :

Votre lettre, monsieur, est venue bien à propos dans ma solitude de Rome : elle a suspendu en moi le mal du pays que j'ai fort. Oe mal n'est autre chose que mes années qui m'ôtent les yeux pour voir comme je

voyais autrefois : mon débris n'est pas assez grand pour se consoler avec celui de Rome. Quand je me promène seul à présent au milieu de tous ces décombres des siècles, ils ne me servent plus que d'échelle pour mesurer le temps; je remonte dans le passé, je vois ce que j'ai perdu et le bout de ce court avenir que j'ai devant moi; je compte toutes les joies qui pourraient me rester, je n'en trouve aucune ; je m'efforce d'aimirer ce que j'admirais, et je n'admire plus. Je rentre chez moi pour subir mes honneurs, accablé du sirocco ou percé par la tramontane. Voilà toute ma vie, à un tombeau près que je n'ai pas eu le courage de visiter. On s'occupe beaucoup de monuments croulants ; on les appuie ; on les dégage de leurs plantes et de leurs fleurs ; les femmes que j'avais laissées jeunes sont devenues vieilles, et les ruines se sont rajeunies : que voulez- vous qu'on fasse ici? (Mémoires, V, 60).

8. Immense amphithéâtre dont les ruines sont encore imposantes. Cf. p. 189.

LA FIN DE LA VIE POLITIQUE

j La terre est nue ; le ciel sans nuages paraît encore plus \ désert que la terre. Mais bientôt la nuit fait sortir les habi- \ tants de leurs palais et les étoiles du firmament; la terre et \ le ciel se repeuplent; Rome ressuscite1; cette vie recommen- \ cée en silence dans les ténèbres, autour des tombeaux, a < l'air de la vie et de la promenade des ombres qui redescen- \ dent à FÉrèbe2 aux approches du jour. \ Hier j'ai vagué3 au clair de la lune dans la campagne \ entre la porte Angélique et le mont Marius. On entendait | un rossignol dans un étroit vallon balustré de cannes4. Je | n'ai retrouvé que là cette tristesse mélodieuse dont parlent > les poètes anciens, à propos de l'oiseau du printemps. Le \ long sifflement que chacun connaît, et qui précède les brillantes batteries5 du musicien ailé, n'était pas perçant comme celui de nos rossignols; il avait quelque chose de voilé comme le sifflement du bouvreuil de nos bois. Toutes ses notes étaient baissées d'un demi-ton ; sa romance à refrain | était transposée du majeur au mineur; il chantait à demij voix; il avait l'air de vouloir charmer le sommeil des morts

et non de les réveiller6

Si j'ai le bonheur de finir mes jours ici, je me suis arrangé pour avoir à Saint-Onuphre un réduit joignant la chambre | où le Tasse expira7. Aux moments perdus de mon ambasî sade 8, à la fenêtre de ma cellule, j e continuerai mes Mémoires.

1. Tableau grandiose de ce réveil de la terre et du ciel qui est comme une résurrection après la mort de la journée.

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