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Aveu qui ne manque pas de naïveté

10. Si Bonaparte l'a dit, cela doit être vrai. Mais est-il sûr que Bonaparte l'ait dit?

CHATEAUBRIAND

des affaires1; c'est pour cela que je me suis permis d'en parler . . .

Bien que mon rôle ait fini avec la légitimité, tous mes vœux sont pour la France, quels que soient les pouvoirs à qui son imprévoyant caprice la fasse obéir. Quant à moi, je ne demande plus rien ; je voudrais seulement ne pas trop dépasser les ruines écroulées à mes pieds2. Mais les années sont comme les Alpes : à peine a-t-on franchi les premières qu'on en voit d'autres s'élever. Hélas! ces plus hautes et dernières montagnes sont déshabitées, arides et blanchies3. (Mémoires <V Outre-Tombe, V, 408.)

4. Il est un peu irritant de voir Chateaubriand s'efforcer, par mille moyens, de prouver son génie, puis avouer, la démonstration faite, que tout cela n'a aucune importance. Cette modestie ne répond pas au reste. Elle est visiblement fausse.

2. Il souhaite ne pas survivre longtemps à la ruine de son idéal politique. Une de ses plus vives douleurs avait été devoir partir pour l'exil le roi et la famille royale :

Parfois Charles X et sa famille s'arrêtaient dans de méchantes stations de rouliers pour prendre un repas sur le bout d'une table sale où des charretiers avaient dîné avant lui. Henri V et sa sœur s'amusaient dans la cour avec les poulets et les pigeons de l'auberge. Je l'avais dit : la monarchie s'en allait, et Ton se mettait à la fenêtre pour la voir passer. . . Malédic-

tion, Cherbourg, à tes parages sinistres 1 C'est auprès de Cherbourg que le vent de la colère jeta Edouard III pour ravager notre pays ; c'est non loin de Cherbourg que le vent d'une victoire ennemie brisa la flotte de Tourville ; c'est à Cherbourg que le vent d'une prospérité menteuse repoussa Louis XVI vers son échafaud ; c'est à Cherbourg que le vent de je ne sais quelle rive a emporté nos derniers princes. Les côtes de la Grande- Bretagne, qu'aborda Guillaume-le- Conquérant, ont vu débarquer Charles le dixième sans pennon et sans lance ; il est allé retrouver, à Holy-Kood, les souvenirs de sa jeunesse, appendus aux murailles du château des Stuarts, comme de vieilles gravures jaunies par lo temps. (Mémoires, V, 401.)

3. Le récit finit sur une image grandiose et tout à fait conforme à la grande manière de Pau* teur.

Cinquièrhe Période LES DERNIÈRES ANNÉES

LES <r ÉTUDES HISTORIQUES * (1831)1

[Chateaubriand, dans sa retraite, mit la dernière main à un ouvrage qu'il fit paraître le 4 avril 1831, dans h série de ses Œuvres complètes (commencée en 1826), et qu'il intitula Etudes historiques.

Il y songeait et il y travaillait depuis longtemps. L'histoire l'avait toujours attiré. Il avait commencé sa carrière littéraire par un Essai sur les Révolutions; il avait marqué dans le Génie, dans les Martyrs, dans l'Itinéraire, ses préoccupations d'historien. Dès 181 2, il avait composé une partie des grands Discours qui forment le début des Etudes historiques ; de 1816 à 1826 il y travailla encore. Enfin, il mit à profit l'année entière qui sépare sa retraite de la vie politique, de la publication de l'œuvre* pour y travailler tous les jours avec opiniâtreté. Il était d'ailleurs un peu pressé par ses éditeurs, ce qui ne veut pas dire que nous avons affaire à une œuvre improvisée : les Etudes historiques sont une des œuvres, sinon les plus belles, du moins les plus originales de Chateaubriand.]

L'œuvre expliquée par l'auteur.

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