Autre exemple d'ingéniosité et de finesse
CHATEAUBRIAND
pour embellir leurs métropoles1, faisaient descendre sur le Nil les obélisques taillés dans les carrières d'Éléphantine2.
[ L'autre annexe du Voyage, beaucoup plus étendue que la précédente, est intitulée « Mœurs des sauvages » . Chateaubriand décrit les mariages, les funérailles, les moissons, les fêtes, la pêche, la chasse, la guerre, la religion, les formes de gouvernement, etc.]
Mœurs des Sauvages : la Guerre.
Les sauvages qui entendent les sons à des distances infinies, reconnaissent des empreintes sur d'arides bruyères, sur des rochers nus, où tout autre œil que le leur ne verrait rien3. Non seulement ils découvrent ces vestiges4, mais ils peuvent dire quelle tribu indienne les a laissés, et de quelle date ils sont. Si la disjonction5 des deux pieds est considérable, ce sont des Illinois qui ont passé là; si la marque du talon est profonde et l'impression6 de l'orteil large, on reconnaît les Outchipouois ; si le pied a porté de côté, on est sûr que les Pontonétamis7 sont en course ; si l'herbe est à peine foulée, si son pli est à la cime de la plante et non près de la terre, ce sont les traces fugitives des Hurons8 ; si les pas sont tournés en dehors, s'ils tombent à trente-six pouces l'un de l'autre, des Européens ont marqué leur route; les Indiens marchent la pointe du pied en dedans, les deux pieds sur la même ligne. On juge de l'âge des guerriers par la pesanteur ou la légèreté, le raccourci ou l'allongement du pas. Quand la mousse ou l'herbe n'est plus humide, les traces sont de la veille ; ces traces comptent quatre ou cinq jours quand les insectes courent déjà dans l'herbe ou dans la mousse foulée ; elles ont huit, dix ou douze jours lorsque la force végétale du sol a reparu, et que des feuilles nou-