Terme rare; a été employé par Bernardin de Saint-Pierre
LA VIE DE RETRAITE ET DE VOYAGES
elles ressemblent à des lithographies grises, noires, bistrées : la tempête aussi leur va bien, de même que les vapeurs, demi-brouillards, demi-nuages, qui roulent à leurs pieds ou se suspendent à leurs flancs1.
Mais les montagnes ne sont-elles pas favorables aux méditations, à l'indépondance, à la poésie2? De belles et profondes solitudes mêlées de mer ne reçoivent-elles rien de l'âme, n'ajoutent-elles rien à ses voluptés ? Une sublime nature ne rend-elle pas plus susceptible de passion, et la passion ne fait-elle pas mieux comprendre une nature sublime ? Un amour intime ne s'augmente-t-il pas de l'amour vague de toutes les beautés des sens et de l'intelligence qui l'animent, comme des principes semblables s'attirent et se confondent? Le sentiment de l'influi, entrant par un immense spectacle dans un sentiment borné, ne l'accroît-il pas, ne l'étend-il pas jusqu'aux limites où commence une éternité de vie3 ?
Je reconnais tout cela; mais entendons-nous bien : ce ne sont pas les montagnes qui existent telles qu'on les croit voir alors ; ce sont les montagnes comme les passions, le talent et la muse en ont tracé les lignes4, colorié les ciels, les neiges, les pitons5,' les déclivités, les cascades irisées, l'atmosphère flou6, les ombres tendres et légères; le paysage est sur la palette de Claude le Lorrain7, non sur le Gampo- Vaccino8. Faites-vous aimer, et vous verrez qu'un pommier isolé, battu du vent, jeté de travers au milieu des froments de la Beauce ; une fleur de sagette9 dans un marais; un petit cours d'eau dans un charnier; une mousse, une fougère, une capillaire sur le flanc d'une roche ; un ciel