‹ Morceaux choisisChapitre 453 sur 530 · La théorie est évidemment trop absolue. Il semble que · texte numérisé non relu

La théorie est évidemment trop absolue. Il semble que

Chateaubriand ait fait ce voya ge en Suisse dans des dispositions assez mélancoliques. Il avait plus de soixante ans, il se sentait vieillir et il aspirait encore à l'amour. Le souvenir de Madame Récamier est présent à son cœur dans toute cette promenade : de là ses regrets.

6. Il avait cherché un logis à Lugano et n'en avait point trouvé. Il revenait à Lucerne pour s'y installer.

7. * Comparer ces impressions sur les montagnes à un autre passage sur le même sujet, donné plus haut (Voyage au Mont- Blanc, p. 194.)

LA VIE DE RETRAITE ET DE VOYAGES

Mm* Récamier aussi. Tous vont à Genève (fin de septembre 1832). Il visite Coppet : ]

j Coppet.

\ Le château était fermé ; on m'en a ouvert les portes ; j'ai | erré dans les appartements déserts. Ma compagne de pèleri- \ nage a reconnu tous les lieux où elle croyait voir encore son \ amie1, ou assise à son piano, ou sortant, ou causant sur la I terrasse qui borde la galerie ; Madame Récamier a revu la | chambre qu'elle avait habitée ; des jours écoulés ont l remonté devant elle ; c'était comme une répétition de la I scène que j'ai peinte dans René : « Je parcourus les apparj tements sonores où l'on n'entendait que le bruit de mes

pas Partout les salles étaient détendues et l'araignée

j filait sa toile dans les couches abandonnées2 »

\ Je me rappelais aussi ce que j'ai dit, dans ces Mémoires, \ de ma dernière visite à Gombourg en partant pour l'Amé- \ rique3. Deux mondes divers, mais liés par une secrète sympathie nous occupaient, Madame Récamier et moi. Hélas! | ces mondes isolés, chacun de nous les porte en soi4 ; car où sont les personnes qui ont vécu assez longtemps les unes i près des autres pour n'avoir pas des souvenirs séparés6? Du château, nous sommes entrés dans le parc ; le premier ; automne6 commençait à rougir et à détacher quelques

1. Mme Récamier, qui accompagne Chateaubriand, avait été très liée avec Mme de Staël. On se rappelle que sa chambre à coucher de V Abbaye -aux -Bois renfermait un portrait de Mme de Staël et une vue de Coppet. Cf.

2. C'est la dernière visite de René au manoir paternel, lorsqu'il s'apprête à partir pour l'Amérique. Cf. p. 171.

3. Mémoires à" 'Outre- Tombe , Première partie, livre III. C'est au moment où son père vient de le rappeler pour lui remettre son brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre :

Je remontai la chaussée de l'étang, je vis les roseaux de mes hirondelles, le ruisseau du moulin et la prairie ; je jetai un regard sur le château.

Alors, comme Adam après son péché, je m'avançai sur la terre inconnue.

4 . Idée très moderne : les âmes sont impénétrables aux âmes; chacun de nous est isolé des autres. Rapprocher de la phrase de Chateaubriand cette tirade de Musset dans Fantasio (I, 2) :

Hélas 1 tout ce que les hommes se disent entre eux se ressemble . . . mais dans l'intérieur de toutes ces machines isolées, quels replis, quels compartiments secrets ! C'est tout un monde que chacun porte en lui ! un monde ignoré, qui naît et qui meurt en silence.

5. C'est pour cette raison qu'il signale, comme un événement exceptionnel y la sympathie qui l'unit à Mme Récamier. Dans ce voyage, la pauvre Mme de Chateaubriand est bien négli^ée.Elle n'a jamais tenu une grande place dans les pensées de son mari.

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