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C'est la théorie de Boileau sur les récits au théâtre

Ce qu'on ne doit point voir, qu'un ré- [cit nous l'expose.

{Art Poétique^ chant III.)

CHATEAUBRIAND

sublime tragédie1. Les vraies larmes sont celles que fait couler une belle poésie, les larmes qui tombent au son de la lyre d'Orphée2; il faut qu'il s'y mêle autant d'admiration que de douleur : les anciens donnaient aux Furies même un beau visage, parce qu'il y a une beauté morale dans le remords3.

Cet amour du laid qui nous a saisis4, cette horreur de l'idéal, cette passion pour les bancroches, les culs-de-jatte, les borgnes, les moricauds, les édentés, cette tendresse pour les verrues, les rides, les escarres, les formes triviales, sales, communes, sont une dépravation de l'esprit ; elle ne nous est pas donnée par cette nature dont on parle tant5. Lors même que nous aimons une certaine laideur, c'est que nous y trouvons une certaine beauté. Nous préférons naturellement6 une belle femme à une femme laide, une rose à un chardon, la baie de Naples à la plaine de Montrouge7, le Parthénon à un toit à porcs ; il en est àe même au iiguré et au moral

Toutefois je ne prétends pas ôter aux temps et aux révolutions les changements forcés qu'ils apportent dans les opinions littéraires comme dans les opinions politiques8 ; mais ces changements ne justilient pas la corruption du goût ; ils en montrent seulement une des causes. ... La tragédie classique, avec ses unités et ses décorations immobiles9, paraît et doit paraître froide ; de la froideur à l'ennui

1. Très vrai. Les mélodrames ont fait verser des larmes, plus qu'une belle tragédie. Et pourtant Musset a écrit cette boutade :

Vive le mélodrame où Margot a pleuré 1

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