‹ Morceaux choisisChapitre 489 sur 530 · Règle : lise faut entr' aider, p. 39, n · texte numérisé non relu

Règle : lise faut entr' aider, p. 39, n

3. Voilà le Chateaubriand déplaisant. Sa modestie me sem- •ble plus insupportable encore que son orgueil. Elle est affectée et nullement sincère.

4. Un peu de mélodrame dans tout cela. Il y insiste trop. Rapprocher la simple phrase de Pascal : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enlin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais ».

(Pensées, éd. Havet, XXIV, 58.)

LE CONGRÈS DE VÉRONE (1838

[Le Congrès de Vérone, qui est suivi de La Guerre d'Espagne, (les deux ouvrages n'en faisant qu'un l) a été publié en 18382. Il raconte les événements de 1822 à 1824 auxquels Chateaubriand fut mêlé comme délégué au Congrès de Vérone, puis comme ministre des Affaires étrangères. L'Espagne étant agitée par des révolutions et menaçant la sécurité européenne, les puissances songèrent à une intervention. Notre ministre des Affaires étrangères, délégué au Congrès de Vérone, Mathieu de Montmorency, entendait faire de la question d'Espagne une question européenne. Mais Villèle et Louis XVIII revendiquèrent pour la France le droit d'intervenir seule. Montmorency fut remplacé par Chateaubriand qui décida la guerre d'Espagne et rétablit le pouvoir royal au delà des Pyrénées.

L'ouvrage débute par un résumé de l'histoire espagnole depuis 1815 et par une peinture de la race : ]

Garaotère des Espagnols.

Dans ce pays, l'indépendance nuit à la liberté. Que font les droits politiques à un homme qui ne s'en soucie point, qui renferme sa vie dans son proverbe : Oueja de casta, pasto de gracia, hijo de casa (Brebis de race, repas gratis, enfant de la maison); à cet homme qui, comme le Bédouin, armé de son escopette et suivi de ses moutons, n'a besoin pour vivre que d'un gland, d'une ligue, d'une olive? Il ne lui faut qu'un voyageur ennemi pour l'envoyer à Dieu, qu'une chevrière pauvre et fille d'un vieux père pour l'aimer. Le majo (berger) en soie du Guadalquivir, lance en houlette, chevelure retenue par une résille, ne distingue jamais la chose de la personne et réduit toute dissidence d'opinion à ce dilemme : Tue ou meurs3.

1. La numérotation des chapitres est continue : Congrès de Vérone, 1 à 34 ; Guerre d'Espagne, 35 à 85.

2. Le Congrès de Vérone (fragment détaché des Mémoires sur une période que Chateaubriand voulait faire connaître de son vivant), était, dans sa rédaction

Ïunmitive, plus copieux qu'Une e devint. Chateaubriand y avait

inséré une foule de notes diplomatiques. Il les réduisit de moitié, à la prière de son ami Marcellus. Il en reste encore suffisamment pour qu'on juge du réel talent de Chateaubriand comme homme politique et diplomate.

3. C'est le mot de Vespagnol don Diègue à son fils dans le Cid.

CHATEAUBRIAND

Ce caractère est si profondément gravé dans le moule ibérien1 que la partie modernisée de la population, en adoptant les idées nouvelles, garde à travers ces idées son génie primitif. Aurait-on pu croire que des Espagnols égorgeassent des moines? C'est ce que font sans remords et sans pitié les liberalès2. Cependant l'autorité des religieux datait de loin dans la péninsule... Les moines combattirent avec le Cid et entrèrent avec Ferdinand dans Grenade3. On les massacre nonobstant. Pourquoi ? Parce que dans un certain parti une haine, empruntée d'ailleurs4, ingrate et non motivée, s'est élevée contre eux. Or, en Espagne, que l'on aime ou que l'on haïsse, tuer est naturel ; par la mort on se flatte d'atteindre à tout. Les aventuriers qui, l'épée à la main, s'avançaient dans les flots jusqu'à la ceinture pour prendre possession de l'Océan Pacifique, avaient entrepris de rendre l'Amérique à ses déserts5; l'Espagnol convoitait la domination de l'univers, mais de l'univers dépeuplé6 ; il aspirait à régner sur le monde vide, comme son Dieu assis en paix dans la solitude de l'éternité7.

A cet indomptable despotisme de caractère se trouve réunie, par un contraste étonnant, une nature apathique et comique, molle et vantarde. Dans la guerre civile, quand une bande a obtenu un succès, vous croyez qu'elle va le poursuivre ? Point : elle s'arrête, reste sur les lieux à publier des rodomontades, à chanter sa victoire, à jouer de la guitare, à se chauffer au soleil. Le battu se retire paisiblement, et agit comme l'autre quand il triomphe. Ainsi vont une suite de rencontres sans résultats. Si les combattants ne prennent pas une ville aujourd'hui, ils la prendront demain, après-demain, dans dix ans, ou ne la pren-

d . Les Ibères furent les premiers habitants de l'Espagne.

2. Liberalès (libéraux), adversaires des realès (ou monarchistes).

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