Nobles espagnols
2. Raisonnement très faux. Si les Espagnols ont mis six cents ans à chasser les Maures (8e siècle au 45*) ce n'est point par mollesse ni indifférence. C'est que la tâche était rude et qu'il fallut conquérir pied à pied le terrain sur les envahisseurs.
3. Ferdinand VII était mort eu 1833 ; sa fille Isabelle II de-
vint reine sous la régence de sa mère Christine; mais le prétendant don Carlos se fit proclamer sous le nom de Charles V, et le pays fut divisé en carlistes et christinos. La guerre civile dura de 1833 à 1839. C'est pendant cette période que Chateaubriand écrit son ouvrage.
4. Tel était le tableau de l'Espagne, et pour quelques points
CHATEAUBRIAND
la question espagnole : quand la seconde n'aurait pas été aussi heureusement résolue que la première1, des ministres français n'étaient responsables à l'opinion française que de l'honneur et de la prospérité de la France. Nous reviendrons sur ce sujet. t
On cherchait à soulever nos peuples et notre armée2, il fallait opter entre une guerre et une révolution ; la première sembla moins dispendieuse : par l'expérience déjà faite, la gloire aux Français3 coûte moins que les malheurs.
La guerre n'a point été injuste ; nous avions le droit de l'entreprendre : nos intérêts essentiels étaient en péril.
A Dieu ne plaise que nous considérions les calamités d'un Etat comme une chose insignifiante ; reproche aux hommes qui, violant le droit des nations, obtiendraient la prospérité de leur pays aux dépens de la prospérité d'un autre pays ! Il était de notre devoir d'épargner aux Espagnols les maux inséparables de toute invasion militaire. Nous ne nous étions rien dissimulé ; nos succès devaient avoir pour le peuple de Charles-Quint des inconvénients ainsi que nos revers ; mais à tout prendre, en nous sauvant, nous le délivrions du plus grand des fléaux, de la double tyrannie démagogique et soldatesque. Pourrait-on douter de cette vérité ? Est-ce comme ennemis ou comme libérateurs que nous avons été reçus à Madrid ?
Quel était l'état de la Péninsule au moment du passage de la Bidassoa? Etait-ce une contrée tranquille, heureuse, dans laquelle nous allions porter le désordre, sous prétexte de nous mettre en sûreté contre un mai imaginaire? La guerre civile ne s'étendait-elle pas jusqu'aux portes de la capitale? La Catalogne n'était-elle pas en armes ? Valence n'était-elle pas menacée d'un siège ? Le royaume de Murcie n'était-il point soulevé ? Ne se battait-on point dans les rues de Madrid ? L'anarchie constituée, l'insurrection des camps reconnue en droit, l'héritier du trône mis en accusation, les
de l'Espagne actuelle il est encore véridique. — On remarquera que Chateaubriand ne voit plus les Espagnols en beau, comme lorsqu'il écrivait le Dernier Abencèrage (cf. p. 302). Les raisons politiques n'étaient plus les mêmes.
4. Ferdinand VII, par ses discussions avec les Cortès, avait contribué à déchaîner la guerre civile. En 1823, l'armée française, commandée par le duc d'An-
goulême, traversa l'Espagne, s'empara de Cadix le 31 août, et rétablit l'autorité de Ferdinand
2. Il a expliqué un peu plus haut que les sociétés secrètes avaient fait, à partir de 1815, des progrès effrayants dans l'armée, et qu'elles s'étaient fondues en 1820 dans les carbonari venus d'Italie.