‹ Morceaux choisisChapitre 497 sur 530 · Voir V Itinéraire, p. 242. M · texte numérisé non relu

Voir V Itinéraire, p. 242. M

Drovetti était consul à Alexandrie quand Chateaubriand y passa

L'œuvre expliquée par l'auteur.

[En 1844, Chateaubriand publia son dernier ouvrage, la Vie de Rancê. Voici dans quelles circonstances : ]

AVERTISSEMENT

Lorsque j'allais voir, il y a plus de vingt ans, Mna" d'Acosta (cousines de M"4* de Chateaubriand, alors au nombre de quatre et qui ne sont plus que deux), je rencontrais, rue du Petit-Bourbon, un prêtre vêtu d'une soutane relevée dans ses poches; une calotte noire à l'italienne lui couvrait la tête ; il s'appuyait sur une canne et allait, en marmottant son bréviaire, confesser, dans le faubourg Saint-Honoré, Mœ* de Montboissier, fille de M. de Malesherbes. Je le retrouvai plusieurs fois aux environs de Saint-Sulpice ; il avait peine à se défendre d'une troupe de mendiantes qui portaient dans leurs bras des enfants empruntés. Je ne tardai pas à connaître plus intimement cette proie des pauvres, et je le visitais dans sa maison, rue Servandoni, n° 16. J'entrais dans une petite cour mal pavée ; le concierge, Allemand, ne se dérangeait pas pour moi. L'escalier s'ouvrait à gauche, au fond de la cour ; les marches en étaient rompues. Je montais au second étage; je frappais; une vieille bonne, vêtue de noir, venait m'ouvrir ; elle m'introduisait dans une, antichambre sans meubles où il n'y avait qu'un chat jaune qui dormait sur une chaise. De là je pénétrais dans un cabinet orné d'un grand crucifix de bois noir. L'abbé Séguin, assis devant le feu et séparé de moi par un paravent, me reconnaissait à la voix : ne pouvant se lever, il me donnait sa bénédiction et me demandait des nouvelles de ma femme. Il me racontait que sa mère lui disait souvent dans le langage figuré de son pays : « Rappelez-vous que la robe des prêtres ne doit jamais être brodée d'avarice. » La sienne était brodée de pauvreté1...

1. Chateaubriand résume ici I qui, sous la Révolution, refusa quel ques traits de l'abbé Séguin, | de prêter le sermékt, vit son frè-

C'est pour obéir aux ordres du directeur de ma vie que j'ai écrit l'histoire de l'abbé de Rancé. L'abbé Séguin me parlait souvent de ce travail1, et j'y avais une répugnance naturelle. J'étudiai néanmoins, je lus, et c'est le résultat de ces lectures qui compose aujourd'hui la Vie de Rancé2.

Voilà tout ce que j'avais à dire. Mon premier ouvrage a été fait à Londres en 1797, mon dernier à Paris en 1844. Entre ces deux dates, il n'y a pas moins de quarante-sept ans, trois fois l'espace que Tacite appelle une longue partie de la vie humaine : Quindecim annos , grande mortalis &vi spatium3. Je ne serai lu de personne, excepté de quelques arrière-petites-nièces, habituées aux contes de leur vieil oncle4. Le temps s'est écoulé ; j'ai vu mourir Louis XVI et Bonaparte ; c'est une dérision que de vivre après cela5. Que fais-je dans le monde? Il n'est pas bon d'y demeurer lorsque les cheveux ne descendent plus assez bas pour essuyer les larmes qui tombent des yeux6. Autrefois je barbouillais du papier avec mes filles, Atala, Blanca, Cymodocée ; chimères qui ont été chercher ailleurs la jeunesse. On remarque des traits indécis dans le tableau du Déluge, dernier travail du Poussin : ces défauts du temps embellissent le chef-d'œuvre du grand peintre 7, mais on ne m'excusera pas ; je ne suis pas Poussin, je n'habite point au bord du Tibre, et j'ai un mauvais soleil8.

Analyse et Extraits.

[Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, né à Paris, reçut une forte éducation littéraire, devint un des habitués de l'hôtel de Rambouillet et

re, abbé comme lui, arrêté et massacré, passa tout le temps de la Terreur à courir de faubourg en faubourg, sous un déguisement, administrer des secours aux fidèles, et s'enrôla même dans la garde nationale pour sauver ceux qui étaient l'objet de perquisitions.

1. L'ouvrage porte cette dédicace : « A la mémoire de l'abbé Séguin, prêtre de Saint-Sulpice, né à Carpentras le 8 août 1748, mort à Paris, à 95 ans, le 19 avril 1843 ».

% Rancé (1626-1700), abbé de la Trappe, réforma la vie monastique dans son abbaye.

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