‹ Morceaux choisisChapitre 58 sur 530 · Hulotte, sorte de chat-huant · texte numérisé non relu

Hulotte, sorte de chat-huant

4. Après le tableau, voici les impressions auditives, les bruits et les silences de la nature. Remarquer la façon dont il donne

la sensation du silence. 11 coupe ce silence par de petits bruits qui le rendent plus profond.

Flaubert a repris ce procédé.

*Ce passage a été remanié, retouché et inséré dans le Génie du Christianisme, dans le chapitre intitule «Deux perspectives de la nature». Plus loin le texte du Génie est cité p. 401. On comparera les deux fragments pour voircommentChateaubriand se corrigeait : on recherchera ce que son goût lui a fait garder et supprimer du texte de VEssai. — Du reste il a souvent retouché ce passage descriptif. Voir diverses versions dans V. Giraud, Chateaubriands études littéraires, p. 181 sq.

Deuxième Période L APOLOGISTE DU CHRISTIANISME

LE GÉNIE DU CHRISTIANISME (1802

L'œuvre expliquée par Fauteur.

[La publication de V Essai avait rendu Chateaubriand célèbre à Londres et dans le groupe des émigrés. Il commençait à se faire d'aimables îelations, lorsqu'une lettre de sa sœur Julie, M™' de Farcy, lui apprit la mort de leur mère (1798).]

Mort de ma mère ; retour à la religion.

« Mon ami1, nous venons de perdre la meilleure des mères ; je t'annonce à regret ce coup funeste. Quand tu cesseras d'être l'objet de nos sollicitudes, nous aurons cessé de vivre. Si tu savais combien de pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre respectable mère, combien elles paraissent déplorables à tout ce qui pense et fait profession non seulement de piété mais de raison ; si tu le savais, peut-être cela contribuerait-il à t'ouvrir les yeux, à te faire renoncer à écrire; et si le ciel, touché de nos vœux, permettait notre réunion, tu trouverais au milieu de nous tout le bonheur qu'on peut goûter sur la terre ; tu nous donnerais ce bonheur, car il n'en est point pour nous tan-

i. Ce premier alinéa est la lettre de sa sœur, lettre touchante, très noble et très délicate.

Mm9 de Farcy n'aimait pas la

littérature, où elle voyait un grand danger pour les âmes, celles des écrivains et celles des lecteurs.

CHATEAUBRIAND

dis que tu nous manques et que nous avons lieu d'être inquiètes de ton sort1. »

Ah ! que n'ai-je suivi le conseil de ma sœur I Pourquoi ai-je continué d'écrire ? Mes écrits de moins dans mon siècle, y aurait-il eu quelque chose de changé aux événements et à l'esprit de ce siècle 2 ?

Ainsi, j'avais perdu ma mère; ainsi, j'avais affligé l'heure suprême de sa vie ! Tandis qu'elle rendait le dernier soupir, loin de son dernier fils, en priant pour lui, que faisais-je à Londres ? Je me promenais peut-être par une fraîche matinée3, au moment où les sueurs de la mort couvraient le front maternel et n'avaient pas ma main pour les essuyer j

La tendresse filiale que je conservais pour Mme de Chateaubriand était profonde4. Mon enfance et ma jeunesse se liaient intimement au souvenir de ma mère. L'idée d'avoir empoisonné les vieux jours de la femme qui me porta dans ses entrailles me désespéra : je jetai au feu avec horreur des exemplaires de VEssai, comme l'instrument de mon crime ; s'il m'eût été possible d'anéantir l'ouvrage, je l'aurais fait sans hésiter ; je ne me remis de ce trouble que lorsque la pensée m'arriva5 d'expier mon premier ouvrage par un ouvrage religieux : telle fut l'origine du Génie du Christianisme.

Ma mère, ai-je dit dans la première préface de cet ouvrage6, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une partie de ses enfants, expira enlin sur un grabat où ses malheurs l'avaient reléguée. Le souvenir de mes égarements répandit sur ses derniers jours une grande amertume ; elle chargea, en mourant, une de mes sœurs de me rappeler à cette religion dans laquelle j'avais été élevé. Ma sœur me manda le dernier vœu de ma mère. Quand la lettre me parvint au delà des mers, ma

4. Elle est inquiète du sort/natériel de son frère, dont elle a deviné la détresse, et aussi de son sort moral, de son avenir religieux.

2. Cette modestie apparente est une forme de l'orgueil. Chateaubriand, lorsqu'il écrivait ces lignes, savait bien que, sans ses écrits, il y eût eu quelque chose de changé à l'esprit du siècle.

3. Depuis que son livre l'avait mis en vue, il avait changé ses heures de promenade en sortant

plus volontiers le jour que la nuit.

4. Sans doute, mais sa mère n'avait pas beaucoup compté dans sa vie (voir plus haut, pp.

38 et suiv., la peinture de son enfance). Dire que sa jeunesse se liait intimement au souvenir de sa mère est exagéré.

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