Platon, oui, mais La Fontaine n'est guère à sa place ici
3. Portrait aimable, élogieux dans l'ensemble et doucement ironique.
4. Chateaubriand avait connu Fontanes en Angleterre; c'est Fontanes qui le fit revenir en France et l'introduisit dans le cercle de Mme de Beaumont. Sur leur amitié à Londres, cf. Mémoires d'Outre- Tombe (Première partie, Livre IX). En voici un passage :
Nous allions nous promener dans la campagne ; nous nous arrêtions sous
quelques-uns de ces larges ormes répandus dans les prairies. Appuyé contre le tronc de ces ormes, mon ami me contait son ancien voyage en Angleterre avant la Révolution et les vers qu'il adressait alors à deux je unes ladiès, devenues vieilles à l'ambre des tours de Westminster ; tours qu'il retrouvait debout comme il les avait laissées, durant qu'à leur base s'étaient ensevelies les illusions et les heures de sa jeunesse Nous rentrions de nuit à
Londres, aux rayons défaillants des étoiles, submergées l'une après l'autre dans le brouillard de la ville. Nous regagnions notre demeure, guidés par d'incertaines lueurs qui nous traçaient à peine la route à travers la fumée de charbon rougissant autour de chaque réverbère : ainsi s'écoule la vie du poète.
j chose de bon partout et dans tout écrivain ; Fontanes, au ^ contraire, avait horreur de telle ou telle doctrine, et ne pouvait prononcer le nom de certains auteurs. Il était ennemi juré des principes de la composition moderne : trans- : porter sous les yeux du lecteur l'action matérielle, le crime besognant ou le gibier avec sa corde, lui paraissait des énormités1; il prétendait qu'on ne devait jamais apercevoir , l'objet que dans un milieu poétique, comme sous un globe : de cristal. La douleur s'épuisant machinalement par les yeux ne lui semblait qu'une sensation du Cirque ou de la Grève2. Il ne comprenait le sentiment tragique qu'ennobli par l'admiration et changé, au moyen de l'art, en une pitié 5 charmante3. Je lui citais des vases grecs : dans les arabes- ; ques de ces vases, on voit le corps d'Hector traîné au char 4 d'Achille, tandis qu'une petite ligure, qui vole en l'air, représente l'ombre de Patrocle, consolée par la vengeance > du fils de Thétis. « Eh bien ! Joubert, s'écria Fontanes, que \ dites-vous de cette métamorphose de la muse ? Gomme ces Grecs respectaient l'âme ! » Joubert se crut attaqué et il mit ; Fontanes en contradiction avec lui-même en lui reprochant son indulgence pour moi. (Ibid. Deuxième partie, Livre Ier.)
[Toutes ces amitiés furent profitables à Chateaubriand. Elles lui permirent de travailler en paix à son grand ouvrage sur le christianisme ; elles lui apportèrent des encouragements et parfois, semble-t-il, d'utiles indications.
1. Ceci est dirigé contre le romantisme. On verra plus loin (Essai sur la littérature anglaise) les condamnations portées par Chateaubriand contre cette école moderne. Il aimait à dire que Fontanes lui avait appris « à dissimuler la difformité des objets par la manière de les éclairer» et à mettre la langue classique dans la bouche de ses personnages romantiques. Il a dit ailleurs ( Mémoires, Première partie, LivrelX) :
Si quelque chose au monde devait être antipathique à M. de Fontanes, c'était ma manière d'écrire. Eu moi commençait, avec l'école dite romantique, une révolution dans la littérature française : toutefois mon ami, au lieu de se révolter contre ma barbarie, se passionna pour elle. Je voyais bien de l'ébahissement sur son visage quand je lui lisais des fragments des Natchez,
d'Atala, de René; il ne pouvait ramener ces productions aux règles communes de la critique, mais il sentait qu'il entrait dans un monde nouveau. . ., il comprenait une langue qu'il ne parlait pas. . ., Tl m'apprit à respecter l'oreille, il m'empêcha de tomber dans l'extravagance d'invention et le rocailleux d'exécution de mes disciples.