PREMIÈRE PARTIE DOGMES ET DOCTRINE
[Chateaubriand démontre dans le détail la beauté des dogmes chrétiens. Il parle d'abord des mystères (Trinité, Incarnation) et des sept sacrements :]
L'Extrême-Onotion.
Venez voir le plus beau spectacle2 que puisse présenter la terre ; venez voir mourir le lidèle. Cet homme n'est plus l'homme du monde3, il n'appartient plus à son pays, toutes ses relations avec la société cessent. Pour lui le calcul par le temps finit et il ne date plus que de la grande ère de l'éternité. Un prêtre assis à son chevet le console. Ce ministre saint s'entretient avec l'agonisant de l'immortalité de son âme ; et la scène sublime que l'antiquité entière n'a présentée qu'une seule fois, dans le premier de ses philosophes mourants4, cette scène se renouvelle chaque jour sur l'humble grabat du dernier des chrétiens5 qui expire.
Enfin le moment suprême est arrivé ; un sacrement6 a ouvert à ce juste les portes du monde, un sacrement va les clore ; la religion le balança dans le berceau de la vie, ses beaux chants et sa main maternelle l'endormiront encore dans le berceau de la mort7. Elle prépare le baptême de cette seconde naissance8 ; mais ce n'est plus l'eau qu'elle
1. Ainsi il y a deux tendances dans l'ouvrage : une partie proprement religieuse où l'auteur démontre la beauté de sa religion (elle comprend les parties I et IV de l'ouvrage) ; une partie critique où il établit la beauté des œuvres que sa religion a inspirées (parties III et IV du livre).
2. La mort du fidèle est un beau spectacle, et Chateaubriand va en montrer la beauté poétique et même il va dramatiser cette scène (voir la fin du tableau).