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Ici Chateaubriand passe en revue les Oraisons funèbres

6. C'est le fameux passage sur les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint. (Péroraison.)

7. Henriette d'Angleterre, ou Madame. Son Oraison funèbre est en effet la plus émue, la plus pathétique du recueil.

LE GÉNIE DU CHRISTIANISME

mère1 ; quand, se retirant à Chantilly avec Achille en repos, il rentre dans le ton évangélique et retrouve les grandes pensées, les vues chrétiennes qui remplissent les premières oraisons funèbres ; lorsqu'après avoir mis Gondé au cercueil il appelle les peuples, les princes, les prélats, les guerriers au catafalque du héros; lorsqu'enfin, s'avançant luimême avec ses cheveux blancs, il fait entendre les accents du cygne, montre Bossuet un pied dans la tombe et le siècle de Louis, dont il a Pair de faire les funérailles, prêt à s'abîmer dans l'éternité, à ce dernier effort de l'éloquence humaine les larmes de l'admiration ont coulé de nos yeux et le livre est tombé de nos mains2. (IV, 4,)

[Un genre littéraire auquel Chateaubriand s'arrête longuement, c'est Vhistoire. Il commence par établir qu'en théorie le christianisme est favorable à son développement.]

Du christianisme dans la manière d'écrire l'histoire.

Si le christianisme a fait faire tant de progrès aux idées philosophiques, il doit être nécessairement favorable au génie de l'histoire, puisque celle-ci n'est qu'une branche de la philosophie morale et politique3. Quiconque rejette les notions sublimes que la religion nous donne de la nature et de son auteur se prive volontairement d'un moyen fécond d'images et de pensées.

En effet, celui-là connaîtra mieux les hommes, qui aura longtemps médité les desseins de la Providence4; celui-là aura démasqué la sagesse humaine, qui aura pénétré les ruses de la sagesse divine. Les desseins des rois, les abo-

1. C'est la partie de l'oraison où il raconte la vie militaire de Condè. Le passage le plus célèbre est le récit de la bataille de Rocroy.

2. L'admiration de Chateaubriand est très justifiée : il n'y a rien de plus beau que cette péroraison de V Oraison funèbre de Condè. Le ton de Chateaubriand n'est pas seulement ému mais oratoire, comme pour imiter la grande et belle manière de celui qu'il loue si bien.

3. Ceci paraît étrange sous la plume de Chateaubriand. On répète volontiers qu'il a créé l'histoire pittoresque, dans ses Mar-

tyrs, laissant à d'autres le soin de l'histoire philosophique et morale. Mais il ne faut pas oublier que lui-même tenait beaucoup a la valeur philosophique de ses tableaux d'histoire. L'histoire moderne, au lendemain de la Révolution, ne pouvait être qu'une histoire à thèse. Elle fut cela tout d'abord. La vieille France que ressuscite Chateaubriand dans le Génie, c'est la France monarchique et chrétienne.

4. C'est l'idée de Bossuet(voir le Discours sur l'Histoire universelle) ; aussi Chateaubriand faitil un grand éloge de « Bossuet historien ».

CHATEAUBRIAND

minations des cités, les voies iniques et détournées de la politique, le remuement des cœurs par le fil secret des passions, ces inquiétudes qui saisissent parfois les peuples, ces transmutations de puissance du roi au sujet, du noble au plébéien, du riche au pauvre : tous ces ressorts resteront inexplicables pour vous, si vous n'avez, pour ainsi dire, assisté au conseil du# Très-Haut, avec ces divers esprits de force, de prudence, de faiblesse et d'erreur, qu'il envoie aux nations qu'il veut ou sauver ou perdre1.

Mettons donc l'éternité au fond de l'histoire des temps2 ; rapportons tout à Dieu, comme à la cause universelle. Qu'on vante tant qu'on voudra celui qui, démêlant les secrets de nos cœurs, fait sortir les plus grands événements des sources les plus misérables ; Dieu attentif aux royaumes des hommes, l'impiété, c'est-à-dire l'absence des vertus morales, devenant la raison immédiate des malheurs des peuples : voilà, ce nous semble, une base historique bien plus certaine que la première.

Et pour en montrer un exemple dans notre révolution3, qu'on nous dise si ce furent des causes ordinaires qui, dans le cours de quelques années, dénaturèrent nos affections et affectèrent4 parmi nous la simplicité et la grandeur particulières au cœur de l'homme. L'esprit de Dieu s'étant retiré du milieu du peuple5, il rie resta de force que dans la tache originelle, qui reprit son empire, comme au jour de Gain et de sa race. Quiconque voulait être raisonnable sentait en lui je ne sais quelle impuissance du bien; quiconque étendait une main pacifique voyait cette main subitement séchée6 : le drapeau rouge flotte aux remparts des cités, la guerre est déclarée aux nations ; alors s'accomplissent les paroles du prophète : « Les os des rois de Juda, les os des prêtres, les os des habitants de Jérusalem seront jetés hors de leur sépulcre7 ». Coupable envers les souvenirs, on foule

d. 11 y a ici un écho de Racine :

. . . Cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avant- (Athalie, I, 2.) [coureur.

2. Formule d'un raccourci saisissant; il y en a beaucoup de ce genre dans l'œuvre de Chateaubriand.

3. Chateaubriand parle de la Révolution française ? comme Bossuet parle de la révolution d'Angleterre (dans V Oraison funèbre d'Henriette de France), pour montrer que cette révolution,

née de l'irréligion, est incompréhensible si l'on n'admet pas les desseins d'une Providence.

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