Jérémie
LE GÉNIE DU CHRISTIANISME 123
aux pieds les institutions antiques; coupable envers les espérances, on ne fonde rien pour la postérité1; les tombeaux et les enfants sont également profanés Tandis
que cet esprit de perte dévore intérieurement la France, un esprit de salut la défend au dehors. Elle n'a de prudence et de grandeur que sur sa frontière ; au dedans tout est abattu, à l'extérieur tout triomphe. . . .
Une telle combinaison de choses n'a point de principe naturel dans les événements humains. L'écrivain religieux peut seul découvrir ici un profond conseil2 du Très-Haut : si les puissances coalisées n'avaient voulu que faire cesser les violences de la Révolution et laisser ensuite la France réparer ses maux et ses erreurs, peut-être eussent-elles réussi. Mais Dieu vit l'iniquité des cours, et il dit au soldat étranger : Je briserai le glaive dans ta main et tu ne détruiras point le peuple de saint Louis3.
Ainsi la religion semble conduire à l'explication des faits les plus incompréhensibles de l'histoire4. (III, 1.)
[Comment se fait-il alors que les peuples modernes et chrétiens n'aient pas réussi dans l'histoire? Comment se fait-il en particulier que la France, la fille aînée de l'Eglise, n'ait produit que des mémoires ? Une cause générale c'est.... le christianisme lui-même qui a détruit en partie ce qu'il édifiait par ailleurs. Le christianisme a adouci les mœurs, perfectionné l'homme moral, fait triompher les vertus qui, comme la pudeur ou la charité, produisent un effet moins important, dans la vie politique, que les vertus ou les vices des anciens. Donc les sujets modernes sont moins beaux, au point de vue historique, que les sujets antiques. Et voici une autre raison, particulière à la France : ]
Pourquoi les Français n'ont que des mémoires5.
Le Français6 a été dans tous les temps, même lorsqu'il était barbare, vain, léger et sociable. Il réfléchit peu sur
1. L'antithèse est très bien exprimée, mais elle est injuste.
On ne saurait reprocher à la Révolution de ne pas s'être occupée de la postérité : au contraire, elle a tout fait pour réglementer cette postérité. C'est une autre question de savoir comment elle l'a réglementée.