‹ Morceaux choisisChapitre 101 sur 226 · Tout ceci se ressent de la politesse du grand siècle · texte numérisé non relu

Tout ceci se ressent de la politesse du grand siècle

Voir passim La Bruyère : De la Société et de la Conversa-

tion; La Rochefoucauld, etc.

2. Que de fois M"' de Berny dut rappeler Balzac à cette reserve I

de ne me faire aucune illusion en vous voyant par avance comme je souhaite que vous soyez : simple dans vos manières, doux de ton, lier sans fatuité, respectueux près des vieillards, prévenant sans servilité, discret surtout. Déployez voire esprit, mais ne servez pas d'amusement aux autres ; car sachez bien que, si votre supérioi-ite froisse un homme médiocre, il se taira, puis il dira de vous : « Il est très amusant ! w terme de mépris. Que votre supériorité soit toujours léonine ^ Ne cherchez pas d'ailleurs à complaire aux hommes. Dans vos relations avec eux, je a'ous recommande une froideur qui puisse arriver jusqu'à cette impertinence^ dont ils ne peuvent se fâcher; tous respectent celui qui les dédaigne, et ce dédain vous conciliera la faveur de toutes les femmes, qui a'ous estimeront en raison du peu de cas que vous ferez des hommes 3. Ne souffrez i jamais près de vous des gens déconsidérés, quand même] ils ne mériteraient pas leur réputation, car le monde nous demande également compte de nos amitiés et de nos haines; à cet égard, que vos jugements soient longtemps] et mûrement pesés, mais qu'ils soient irrévocables. Quandj les hommes repoussés iiar vous auront justifié votre répulsion, votre estime sera recherchée; ainsi vous inspirerez] ce respect tacite qui grandit un homme iiarmi les hommes. Vous voilà donc armé de la jeunesse qui plaît, de la grâce! qui séduit, de la sagesse qui conserve les conquêtes. Toutî ce que je viens de vous dire peut se résumer par un vieux.?, mot : Noblesse oblige!

« Maintenant, appliquez ces préceptes à la politique des affaires. Vous entendrez plusieurs personnes disant que la linesse est l'élément du succès, que le moyen de percer la foule est de diviser les hommes pour se faire faire place. Mon ami, ces principes étaient bons au moyen-âge, quand les princes avaient des forces rivales à détruire les unes par les autres ; mais, aujourd'hui, tout est à jour, et ce système vous rendrait de fort mauvais services. En effet, vous rencontrerez devant vous, soit un homme loyal et vrai, soit un ennemi traître, un homme qui procédera par la calomnie, par la médisance, par la fourberie. Eh bien, sachez que vous n'avez pas de plus puissant auxiliaire que celui-ci, l'ennemi de cet homme est lui-même ; vous pou-.

1. Balzac a voulu, et on peut presque dire atteint cette supériorité. (Voir sur son caractère la Notice p. 22 et passim).

2. La mesure est facile à dépasser; Balzac s'en est aperçu, ou

du moins ceux qu'il rencontrait.

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