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NOTICE BIOGRAPHIQXIE ET LITTÉRAIRE 2f>
leurs assailli d'images trop réellement cruelles, on admet que le despotisme créateur de l'imagination n'ait pas faibli. Et l'on peut aussi concevoir un certain acharnement de la pensée.
En effet, on dirait que Balzac jette un constant défi à toutes les idées, aux plus difficiles, aux plus abstruses de préférence. Il est en duel avec son temps. Ecrasé par les conditions sociales, qui veulent, — il l'a dit avec une autre fougue et une autre âpreté que Chatterton, — « le sang et la cervelle de l'artiste », — au moins, par cette pensée qu'il offre à l'art en perpétuel holocauste, il dominera, il possédera son temps. Et pour établir son empire, sa pensée fera, en tout sens, d'immenses chevauchées à travers toutes les questions : c'est un pillage, c'est une razzia d'idées. Ainsi, il agira, et ne pensera que pour agir ; car il croit en l'efficacité des idées. Jamais il ne se demande : à quoi bon penser? que savons-nous ? et que restera-t-il de nos pensées ? — Balzac ignore cette forme du mal' du siècle qu'est le tourment intellectuel. Intelligence forte et saine, et d'ailleurs brouillonne, doué d'une autorité d'affirmation indéfinie, il fait une consommation d'idées formidable. Mais encore, regardons d"un peu plus près, non pas quelles furent ses idées, mais comment il pense, et essayons de voir jouer son mécanisme intellectuel.
Son premier trait, c'est la curiosité de tout ce qui est vivant. Regardez ses yeux, sur le portrait d'Achille Devéria, — et voyez-le comme nous le montre M°"" Ancelot auprès de la duchesse d'Abranlès, qui avait connu l'empereur. L'idée qu'elle l'avait vu, qu'elle lui avait parlé, enfin qu'elle avait familièrement vécu avec les grands acteurs de cette prestigieuse époque, ravissait Balzac. Il semblait que le moindre mot échappé de ses lèvres fût une révélation ; auprès d'elle, « il avait l'air du plus passionné des amants. » — Et il est ainsi toujours, d'une verve d'observation que tout surexcite.
Le second trait, »— qui est bien loin d'aller toujours avec le premier, — c'est une rare faculté de s'abstraire, d'élaborer intérieurement les éléments donnés par l'observation, enfin de créer, avec du réel, de l'imaginaire. Cet observateur aux yeux si grands ouverts sur le papillottement des choses, et qui veut forcer la réalité par-delà ses plus fuyants indices, nous ne sommes pas trop surpris de reconnaître qu'il est possédé par un démon intérieur. Et cela lui donne quelquefois les allures d'un demi-fou. Il a raconté à Gozlan que souvent « il s'était trouvé le matin en robe de chambre et en pantoufles, nu-tête, sur la place de la Concorde, après avoir marché toute la nuit à travers bois, plaines, villages, prairies et chemins '. « La méditation trop concentrée produisait