‹ Morceaux choisisChapitre 116 sur 226 · Faute de goût. Ce ne sont · texte numérisé non relu

Faute de goût. Ce ne sont

pas des comparaisons de cette sorte qui font sentir la grandeur du caractère de Chesnel.

LE CABINET DES ANTIQUES

Ces paroles frappèrent vivement l'âme timorée de Madame du Croisier. Chesnel pensa soudain à s'assurer de l'abbé Couturier,. le directeur de la conscience de Madame du Croisier. Il savait quelle opiniâtreté mettent les gens dévots dans le triomphe de leurs idées une fois qu'ils se sont avancés pour leur parti, il voulut engager le plus promptement possible l'Eglise dans cette lutte en la mettant de son côté; il alla donc à l'hôtel d'Esgrignon, réveilla Mademoiselle Armande, lui apprit les événements de la nuit, et la lança sur la route de l'évôché pour amener le prélat lui-même sur le champ de bataille.

— Mon Dieu, tu dois sauver la maison d'Esgrignon ! s'écria Chesnel en revenant chez lui à pas lents. L'affaire devient maintenant une lutte judiciaire. Nous sommes en présence d'hommes qui ont des passions et des intérêts, nous pouvons tout obtenir d'eux. Ce du Croisier a protitc de l'absence du procureur du roi qui nous est dévoué, mais qui, depuis l'ouverture des Chambres, est à Paris. Qu'ont-ils donc fait pour empaumer' le premier substitut, •qui a donné suite à la plainte sans avoir consulté son chef? Demain matin, il faudra pénétrer ce mystèi-e, étudier le terrain, et peut-être, après avoir saisi les fils de cette trame, retournerai-je à Paris alin de mettre en jeu les hautes puissances par la main de Madame de Maufrigneuse.

Tels étaient les raisonnements du pauvre vieil athlète, qui voyait juste, et qui se coucha quasi mort sous le poids de tant d'émotions et de tant de fatigues.

[Cet effort a épuisé Chesnel. Il meurt, tandis que le comte, dernier symbole, épouse la nièce de du Croisier : c'est le prix que le terrible banquier libéral a exigé.

La moralité historique de cette œuvre, c'est la duchesse de Maufrigneuse qui la tire : « Vous êtes donc fous, ici ?. . . il n'y a plus de noblesse, il n'y a plus que de l'aristocratie », une aristocratie personnelle, dont Balzac lui-même était très jaloux.]

1. Recevoir dans la paume de la main ; empaumer une affaire = s'en bien rendre maî-

tre, la posséder et la diriger ; empaumer quelqu'un — dominer son esprit.

L'ceiivi'C cxpliciiiée.

[C'est une des œuvres les plus lentement conçues et les plus] difficilement exécutées de Balzac. Dès la publication de lai première partie {Les Deux Poètes, 1837), la conception primitive! s'était développée : « Il ne s'agissait d'abord, dit Balzac dans sa] Préface (XXII, 390) que d'une comparaison entre les mœurs dej la province et les mœurs de la vie parisienne;. . . mais en peignant avec complaisance l'intérieur d'un ménage et les révolu-J lions d'une pauvre imprimerie de province,. . . le cham.p s'est! agrandi malgré l'auteur. . . Ainsi les Illusions perdues ne doivent! plus seulement concerner un jeune homme qui se croit un grandi poète et la femme qui l'entretient dans sa croyance et le jette] au milieu de Paris, pauvre et sans protection. Les rapports qui! existent entre Paris et la province, sa funeste attraction, ont! montré à l'auteur le jeune homme du 19e siècle sous une force] nouvelle : il a pensé soudain à la grande plaie de ce siècle, aul journalisme, qui dévore tant d'existences, tant de belles pensées,! et qui produit d'épouvantables réactions dans les modestes régions de la vie de province. »

Deux histoires se font contraste dans Les Deux Poètes (1837). La scène est à Angoulême^ David Séchard (voir Préface de lai troisième partie, 1844; T. XXII, p. 570) est un type de mélan-| colie profonde, c'est une âme de poète aux prises avec les] difficultés matérielles; son père, vieil imprimeur, est un avarej fieffé, qui songe à faire une bonne affaire en lui cédant sonl fonds, ses machines surannées, sa clientèle en baisse. (Ici très] pittoresque peinture d'une antique imprimerie). David a donc] devant lui une vie mesquine, sans beauté; mais c'est un éner-f gique; aimé, dit Balzac (ibid.) « par une femme d'un caractère; simple et fier, il accepte la vie calme et pure de la province, en, reléguant le sceptre de ses espérances, de sa fortune. » C'est j donc un idéaliste résigné. Balzac s'est complu dans la peinture]

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