‹ Morceaux choisisChapitre 135 sur 226 · Marchand de soieries Au Cocon d'or · texte numérisé non relu

Marchand de soieries Au Cocon d'or

4. Gendre et successeur du précédent. — M"' Camusot de Blarville (voir Cousin Pons, ici p. 481 sqq.) est sa bru.

selle de Fontaine^ sa contenance aristocratique; l'orgueilleuse lille ne put s'empêcher de sourire en lui entendant dire à Matifat :

— Ne te jette pas sur les glaces, mon gros ! c'est mauvais genre.

[Birotteau est allé trop vite; ses spéculations ont mal tourné, il est grugé, il va faire la culbute. Il souffre une véritable agonie à l'idée d'être mis en faillite. Il va demander de l'aide aux puissants banquiers Keller-, dont l'un, François, orateur célèbre du centre gauche, est le gendre du sénateur Malin de Gondreville. (Voir Une Ténébreuse a/faire, ici, p. 349 sqq.).]

Un banquier politique.

Le lendemain, après avoir étudié pendant toute la nuit tout ce qu'il dcAait dire et ne pas dire à l'un des grands hommes de la haute banque, César arriva rue du Houssaye, et n'aborda pas sans d'horribles palpitations l'hôtel du banquier libéral, qui appartenait à cette opinion accusée, à si juste titre, de vouloir le renversement des Bourbons. Le parfumeur, comme tous les gens du petit commerce parisien, ignorait les mœurs et les hommes de la

haute banque Mais, connu comme adjoint et comme

homme politique, il crut n'avoir qu'à se nommer et entrer; il ignorait l'alTluence quasi royale qui distinguait l'audience de ce banquier. Introduit dans le salon qui précédait le cabinet de l'homme célèbre à tant de titres, Birotteau s'y vit au milieu d'une société nombreuse composée de députés, d'écrivains, de journalistes, d'agents de change, de hauts commerçants, de gens d'affaires, d'ingénieurs,

1. Une des pestes les mieux qaaViiiées delà Comédie humaine, vaniteuse et sans cœur ; elle refusera d'épouser Longiieville, jeune homme plein d'énergie et de talents, de fort bonne race, mais qui n'avait pas cru déchoir en acceptant une situation dans le commerce (voir Le Bal de Sceaux)-, de dépit elle épousera un vieil amiral, — puis, en secondes noces, Charles de Vandenesse (le frère de Félix, voir Le Lys), — et elle fera

tout ce qu'elle pourra pour per- ' dre sa oelle-sœur, éprise de 1 Nathan (voir Une Fille d'Eve).

— La présence de quelques nobles cnez Birotteau s'explique par les grands services qu'il a rendus à la cause en des temps troublés.

2. Il est très probable qu'ici Balzac a pensé au grand banquier Lafïilte, dont la maison était, sous la Restauration, le rendez-vous du parti libéral.

CESAR BIROTTKAU

surtout de familiers qui traversaient les groupes et frappaient d'une façon particulière à la porte du cabinet où ils entraient par privilège.

— Que suis-je au milieu de cette machine ? se dit Birotteau, tout étourdi par le mouvement de cette forge intellectuelle où se manutentionnait le pain quotidien de l'opposition, où se répétaient les rôles de la grande tragicomédie jouée par la gauche.

Il entendait discuter à sa droite la question de l'emprunt pour l'achèvement des principales lignes de canaux, proposé par la direction des ponts et chaussées, et il s'agissait déminions! A sa gauche, des journalistes à la curée de l'amour-proijre du banquier s'entretenaient de la séance d'hier et de l'improvisation du patron. Durant deux heures d'attente, Birotteau aperçut trois fois le banquier politique, reconduisant à trois pas au delà de son cabinet des hommes considérables. François Keller alla jusqu'à l'antichambre pour le dernier, le général Foy'.

— Je suis perdu ! se dit Birotteau, dont le cœur se serra. ■Quand le banquier revenait à son cabinet, la troupe des

courtisans, des amis, des intéressés l'assaillait Les

conférences duraient cinq minutes, dix minutes, un quart d'heure. Les uns s'en allaient contrits, les autres aflichaient un air satisfait ou prenaient des airs importants. Le temps s'écoulait, Birotteau regardait avec anxiété la pendule. Personne ne faisait la moindre attention à cette douleur cachée qui gémissait sur un fauteuil doré au coin de la cheminée, à la porte de ce cabinet où résidait la panacée universelle, le crédit-! César pensait douloureusement qu'il avait été un moment chez lui roi, comme cet homme était roi tous les matins, et il mesurait la profondeur de l'abîme oxi il était tombé. Amère pensée ! Combien de larmes rentrées durant cette heure passée là !.. . Combien de fois Birotteau ne supplia-t-il pas Dieu de lui rendre cet homme favorable ! car il lui trouvait, sous une grosse enveloppe de bonhomie populaire, une insolence, une tyrannie colérique, une brutale envie de dominer', qui épouvantaient son âme douce. Enfin, quand il n'y eut plus que dix ou douze personnes, Birotteau se résolut, quand la porte

Page 1