Voir Une Fille (VEve
6. Balzac connaissait le tempérament italien non seulement par les livres et par la conversalion de Stendhal, mais par ses l)ropres observations : d avait vu l'Italie plusieurs fois, et notamment en 1837 et 1838. En 1839, la même année que Béatrix, il commence à publier sa si curieuse nouvelle musicale de Massimila Boni. — Il y a un terrible trait de jalousie italienne dans Autre étude de femme.
7. Carlone, Piola, sont les noms de deux dj'nasties de peintres et graveurs italiens.
8. L'un des plus èminents musiciens de la génération qui prépara Rossini. Il vécut surtout à Naples. Il a composé plus de cent opéras (1741-1813).
apparences de la force ; puis il est d'une vanité qui lui fait jouer les sentiments les plus éloignés de son cœur. Il se donne pour uii artiste qui reçoit ses inspirations du ciel. Pour lui, l'art est quelque chose de saint et de sacré. Il est fanatique, il est sublime de moquerie avec les gens du monde ; il est d'une éloquence qui semble partir d'une con- A iction profonde. C'est un voyant, un démon, un dieu, un ange. Enfin, quoique prévenu, Calyste, vous serez sa dupe. Cet homme méridional, cet artiste bouillant est froid comme une corde à puits. Kcoulez-ie : l'arlisLe est un missionnaire ', l'art est une religion qui a ses prêtres et doit avoir ses martyrs. Une fois parti, Gennaro arrive au patiios le plus échevelé que jamais professeur de philosophie allemande ait dégurgitéà son auditoire. Vous admirez ses convictions, il ne croit à rien. En vous enlevant au ciel par un chant qui seml)le un fluide mystérieux et qui verse l'amour, il jette sur vous un regard extatique ; mais il surveille votre admiration, il se demande : « Suis-je bien un dieu pour eux ? « A.U même moment, parfois il se dit en lui-même : « J'ai mangé trop de macaroni - ». Vous vous croyez aimée, il vous hait, et vous ne savez pourquoi ; mais je le savais, moi ; il avait vu la veille une femme, il l'aimait par caprice, et m'insultait de quelque faux amour, de caresses hypocrites, en me faisant payer cher sa fidélité forcée. Enfin il est insatiable d'appiaudissainents, il singe tout et se joue de tout; il feint la joie aussi bien que la douleur ; mais il réussit admirablement. 11 plaît, on l'aime, il peut être admiré quand il le veut. Je l'ai laissé haïssant sa voix, il lui devait plus de succès qu'à son talent de compositeur; et il préfère être homme de génie comme Rossini * à être un exécutant de la force de Rubini. J'avais fait la faute de m'attacher à lui, j'étais résignée à parer cette idole jusqu'au bout. Conti, comme beaucoup d'art istes, est friand ; il aime ses aises, ses jouissances ; il est coquet, recherché, bien mis ; eh bien, je flattais toutes ses passions, j'aimais cette
f. C'est le cas de rappeler les symphonies humanitaires de Liszt, son projet de « mettre en hymnes la Révolution» i Mo- SELLY, George Sand). En cela d'ailleurs il obéit aux suggestions de G. Sand. (Voir dans Consuelo, Lucrezia Floriani, sa conception du musicien -missionnaire).