‹ Morceaux choisisChapitre 147 sur 226 · On a bien retenu que Camille Maupin est le pseudonyme · texte numérisé non relu

On a bien retenu que Camille Maupin est le pseudonyme

3. M°" de Rochetide, dont se ! littéraire de M'" des Touches.

— Moi, reprit Claude, moi. . .

Il ne continua pas. Il s'assit et s'appuya la tête avec une pi'ofonde mélancolie sur un coussin.

— Je suis ennuyé de la vie et je n'ai pas le courage de la quitter, dit-il après un moment de silence. Je voudrais mètre trompé dans ce que je viens de vous dire; mais, depuis (juelques jours, plus d'une clarté vive a lui. Je ne me suis pas promené dans les roches du Groisic • pour mon plaisir, sur mon âme ! L'amertume de mes paroles à mon l'ctour, quand je vous ai trouvé causant avec Camille, prenait sa source au fond de mon amour-propre blessé. Je m'expliqiierai tantôt avec Camille. Deux esprits aussi clairvoyants que le sien et le mien ne sauraient se tromper. Entre deux duellistes de profession, le combat n'est pas de longue durée. Aussi puis-je d'aA'ance vous annoncer mon départ. Oui, je quitterai les Touches, demain peutêtre, avec Conti. Certes il s'y passera, quand nous n'y serons plus, d'étranges, de terribles choses peut-être, et j'aurai le regret de ne pas assister à ces débats de passion, si rares en France et si dramatiques. Vous êtes bien jeune pour une lutte si dangereuse : vous m'intéressez. Sans le ])rofond dégoût que m'inspirent les femmes, je resterais pour Aous aider à jouer cette partie : elle estdillicile, vous pouA ez la perdre, vous avez affaire à deux femmes extraordinaires, et vous êtes déjà trop amoureux de l'une pour vous servir de l'autre. Béatrix doit avoir de l'obstination dans le caractèi-e, et Camille a de la grandeur. Peut-être, comme une chose frêle et délicate, serez-Aous brisé entre ces deux écueils, entraîné par les torrents de la passion. Prenez garde.

La stupéfaction de Calyste en entendant ces paroles permit à Claude Vignon de les dire et de quitter le jeune Breton, qui demeura comme un voyageur à qui, dans les Alpes, un guide a démontré la profondeur d'un abîme en y jetant une pierre. Apprendre de la bouche même de Claude que lui, Calyste, était aimé de Camille au moment où il se sentait amoureux de Béatrix pour toute sa vie! il y avait, dans cette situation un poids trop fort pour une jeune àme^ si naïve. Pressé par un regret immense- qui l'accablait dans le passé, tué dans le présent par la dilliculté de sa

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1. Le Croisic est un vieux port charmant, aux bords de l'Océan, tout près de Guérande. Balzac y avait séjourné en 1834 et c'est ne là qu'est datée sa nouvelle Un Drame au bord de la mer.

Il y a conduit son Louis Lambert. (Voir p. 116.)

â. C'est en effet par désespoir d'être jamais aimé de M"" des Touches que Calyste s'est rabattu sur son amitié.

position entre Béatrix qu'il aimait, entre' Camille qu'il n'aimait plus et par laquelle Claude le disait aimé, le pauA're enfant se désespérait, il demeurait indécis, perdu dans ses pensées. Il cherchait inutilement les raisons qu'avait eues Félicité- de rejeter son amour et de courir à Paris y chercher Claude Vignon. Par moments, la voix de Béatrix arrivait pure et fraîche à ses oreilles et lui causait ces émotions violentes qu'il avait évitées en quittant le petit salon. A plusieurs reprises, il ne s'était plus senti maître de réprimer une féroce envie de la saisir et de l'emporter. Qu'allait-il devenir ? Reyiendrail-il aux Touches? En se sachant aimé de Camille, comment pourrait-il y adorer Béatrix ? Il ne trouvait aucune solution à ces difïicultés. Insensiblement, le silence régna dans la maison. Il entendit sans y faire attention le bruit de plusieurs portes qui se fermaient. Puis, tout à coup, il compta les douze coups de minuit à la pendule de la cliambre voisine, oïi la voix de Camille et celle de Claude le réveillèrent de l'engourdissante contemplation de son avenir et où brillait une lumière au milieu des ténèbres. Avant qu'il se montrât, il put écouter de terribles ^ paroles prononcées par Vignon.

— Vous êtes arrivée à Paris éperdument amoureuse de Calystc, disait-il à Félicité ; mais vous étiez épouvantée des suites d'une semblable passion à votre âge, elle vous menait dans un abîme, dans un enfer, au suicide peut-être ! L'amour ne subsiste qu'en se croyant éternel, et vous aperceviez à quelques pas dans votre vie une séparation horrilîle : le dégoîit et la vieillesse terminant bientôt un poème sublime ^. Vous vous êtes souvenue d'Adolphe, épouvantable dénoviment des amours de Madame de Staël et de Benjamin Constant, qui cependant étaient bien plus en rapport d'âge ^ que vous ne l'êtes avec Calyste. Vous m'avez alors pris comme on prend des fascines pour élever des retranchement^ entre les ennemis et soi. Mais, si vous vouliez me faire aimer les Touches, n'était-ce pas pour y

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