‹ Morceaux choisisChapitre 154 sur 226 · LE CURÉ DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE CURÉ DE VILLAGE

AiinlyHC.

[Presque tout entier composé en 1839, complété et remanié n 1841, remanié de nouveau en 1845-6, ce roman est le type le la grande œuvre à moitié manquée, mais très-belle par fragnenis. Elle est de la même veine, idéaliste, que Le Médecin de Campagne; Balzac v a répandu, non sans quelque surabondance, les vues d'économie sociale, des dissertations sur l'obstruction les carrières, et l'erreur des «grandes écoles». Ces abus sont ompensés d'abord par le vif intérêt du drame, puis par la icrupukuse documentation. Balzac, après avoir montré, dans Le. dédecin de Campagne, comment un apôtre économiste refait un ays, montre ici, de la façon la plus attachante, comment un ngénieur rural, modifiant par des travaux exactement décrits le me des eaux dans une région du Limousin, peut arriver à la ransformer. Cette partie technique se laisse lire avec plaisir. ,e fâcheux est qu'il manque à ce livre presque tout ce qui conerne le Curé ; Balzac n'a pu combler cette lacune. Tel était 'exemplaire qu'il envoyait en 184 1 « à H?nri de France avec ces aots : Hommage d'un sujet fidèle », telle est demeurée, sous ce apport, l'œuvre que nous lisons. La voici sous son aspect éfînitif :

Les Sauviat, Auvergnats d'origine, marchands de ferraille et e chaudronnerie à Linjoges, âpres, actifs et d'ailleurs très honlêtes et religieux, ont une fille, Véronique, qu'ils élèvent avec sndresse et fermeté. Ame profonde, silencieuse, passionnée avec andeur, Véronique épouse le banquier Graslin, ami de son 'ère, brave homme prosaïque et d'une figure peu gracieuse. Elle emble la plus digne des épouses, tient à Limoges un salon très ouru, qu'elle préside avec intelligence ; personne ne soupçonne u'elle est la maîtresse d'un ouvrier, Tascheron, qui l'aime avec ne ardeur concentrée. Il veut fuir avec elle, et pour se prolurer de l'argent il tue. Découvert, il est guillotiné; mais nul .e soupçonne le mobile qui a pu pousser au crime une nature

très honnête. Véronique dissimule ses tortures. Son fils naît le jour où meurt Tascheron, qui en est le père.

Devenue veuve, et non contente des macérations auxquelles elle s'est condamnée pour expier, et pour racheter l'âme du criminel, elle quitte Limoges, et s'établit dans un pays pauvre et perdu, à Montégnac. Autant qu'il dépendra d'elle, la misère morale et le dénuement physique disparaîtront du pays. Elle a pour collaborateurs le curé Bonnet (devenu son directeur de conscience, après avoir, par son éloquente piété, adouci l'âme farouche de Tascheron), un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées dégoûté de son métier, d'autres encore, mais surtout Farrabesche, ancien réfractaire, compromis dans une affaire de Chauffeurs^ envoyé au bagne d'où il vient de sortir, d'ailleurs âme sirnple et foncièrement belle, avide de réhabilitation et de réparation ; 'Véronique se voue à son relèvement, avec d'autant plus d'ardeur émue qu'il lui semble ainsi accomplir un devoir envers le souvenir de Tascheron, mort sans avoir reçu sinon le pardon chrétien, du moins le pardon social.

Usée par les remords et le chagrin, Véronique reçoit le coup suprême, quand elle rencontre la sœur de Tascheron, Denise, qui, saisie de nostalgie, est revenue d'Amérique, où elle avait fui, avec toute sa famille, après l'exécution du coupable. Denise, qui, seule avec l'abbé Bonnet avait su attendrir l'humeur de son frère dans sa prison, est belle, gracieuse, et très-élevée de cœur. L'émotion de Véronique est telle, devant ce témoin des derniers jours de son amant, qu'elle se sent mourir; cependant, elle a le temps de marier Denise avec son ingénieur, et elle meurt, théâtralement hélas ! après s'être publiquement confessée.]

Fig. /7. -

Le manuscrit de Béatrix (suite).

MASSIMILA DONI (1839)

Annlyse.

[Balzac écrivait à l'Etrangère le 24 mai 1837 : « Je viens achever une œuvre qui s'appelle Massimiîa Doni et dont la ène est à Venise. Si je puis réaliser toutes mes idées, ce sera, rtes, un livre aussi étourdissant que La Peau de Chagrin, mieux rit, plus poétique peut-être... Massimiîa Doni et Gambara 'Ht, dans les Etudes philosophiques, l'apparition de la musique, l's la double forme d'exécution et de composition, soum.ises à la ôme épreuve que la pensée dans Louis Lambert, c'est-à-dire cuvre et l'exécution tuées par la trop grande abondance du incipe créateur, ce qui m'a dicté le Chef-d'œuvre inconnu pour peinture. » Il aurait pu ajouter à cette série La Recherche de ■il'solu. Toutes ces oeuvres témoignent de la persistance d'une ènie idée, et de l'influence fécondante qu'elle a exercée sur magination de Balzac.

Le Chef-d'œuvre inconnu (183 1), c'était l'histoire d'un peintre 1 17e siècle, victime de l'intensité avec laquelle il se figure son éal artistique; il y a chez lui rupture d'équilibre entre la vie térieure et le sens commun. Il cache h. tous les yeux un chefœuvre qu'il ne se lasse pas de retoucher; un jour, il consent le laisser contempler par l'un de ses amis, et par un débutant, ji se trouve être Poussin; tous deux ne distinguent sur la iile qu'un informe barbouillage, d'où émerge seulement un ed divinement peint. Seul le vieux Frenhofer voit, avec les tu\ de l'imagination, fa figure surhumaine de beauté et de vie j'ii a voulu réaliser. C'est un halluciné, un fou, qui, réveillé t su folie par ces deux profanes, ne leur pardonne pas de lui /oir ravi sa chimère.

Gambara (1837) était « le Lotiis Lambert de la musique», mais ansposé dans un ton moins subHme. Il y a du grotesque dans )n histoire. Chassé d'Italie par la guerre, réfugié en Allemagne, ais à Paris, dans un appartement misérable, ce génie théoricien d'admirables idées, il déborde de projets grandioses, et quand

parle, son enthousiasme contagieux élève ses auditeurs à

l'empyrée des contemplations musicales. Mais s'H se met à jouer, c'est un infernal tintamarre où personne ne distingue ni une mélodie, ni un accord. Cependant, quand il a bu, il joue, avec une perfection céleste, des improvisations ou des réminiscences ravissantes. Ce grand artiste, inventeur du panharmonicon, chante avec sa femme des duos en plein vent.

Grand amateur de musique, mais fort ignorant, bon tout au plus à commenter dans le feu de la conversation un opéra de Rossini, devant George Sand qui en était, assure-t-il, émerveillée, Balzac, pour écrire Massimila Doni se mit à apprendre la théorie musicale, et se fit jouer et rejouer, non sans maintes explications, par un vieux musicien allemand, le Moïse de Rossini, dont il donnera ici une longue analj'se. Son œuvre se ressent des séjours qu'il venait de faire en Italie, et aussi, croyonsnous, de ses entretiens avec Stendhal, ou de la lecture de ses ouvrages.

C'est une très curieuse peinture de la société italienne à Venise sous la domination autrichienne. Balzac ne traite jamais un sujet sans l'avoir étudié à fond, en lui-même et en tous ses alentours, mais aussi en le milieu et le moment où il veut le situer. (Pour la peinture des dihtlanli et de tout le monde musical vénitien, cf. Consuelo, de George Sand).

Massimila Doni, très noble Florentine, est mariée au duc Cataneo, laid et vicieux, mais elle n'est sa femme que de nom, et elle aime, à Venise, Emilie Memmi, très pauvre gentilhomme vénitien, plus noble qu'aucun roi, et d'ailleurs très timide ea amour. Il a pour Massimila une platonique adoration, il vit en plein idéal, et il est si bien enchaîné à son rêve que, voulûtil en déchoir, il en reste esclave; la présence de Massimila paralyse sa fougue amoureuse. Mais il rencontre Clarisse Tinti, a prima donna assoluta » au théâtre de la Fenice; séduit par sa beauté, infidèle à Massimila, sa rupture avec l'idéal le délie aussi de sa timidité envers Massimila; et quand il aura traversé cette expérience, il osera prier la duchesse, devenue veuve, d'être sa femme.]

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