Cliché de style que Balzac n'a pas eu le temps d'effacer
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une larg:e gratification. Ainsi la chasse à l'homme est supérieure à l'autre chasse de toute la distance qui existe entre les hommes et les animaux. D'ailleurs, l'espion a besoin d'élever son rôle à toute la grandeur et à l'importance des intérêts auxquels il se dévoue. Sans tremper dans ce métier, chacun peut donc concevoir que Tàme y dépense autant de passion que le chasseur en met à poursuivre le gibier. Ainsi, plus ils avançaient Aers la lumière, plus ces deux hommes étaient ardents ; mais leur contenance, leurs yeux restaient calmes et froids, de même que leurs soupçons leurs idées, leur plan restaient impénétral)les.
— Personne n'a la clef du coffret ? demanda le cynique Peyrade en interrogeant l'assemblée autant par le mouvement de son gros nez rouge que par sa parole.
Le Provençal remarqua, non sans un mouvement de crainte, qu'il n'y avait plus de gendarmes. Corentin et lui se trouvaient seuls. Corentin tira de sa poche un petit poignard et se mit en devoir de l'enfoncer dans la fente de la boite. En ce moment, on entendit d'abord sur le chemin, puis sur le petit pavé de la pelouse, le bruit horrible d'un galop désespéré; mais ce qui causa bien plus d'efïroi fut la chute et le soupir du cheval qui s'abattit des quatre jambes à la fois au pied de la tourelle du milieu. Une commotioii pareille à celle que produit la foudre ébranla tous les spectateurs quand on vit Laurence, que le frôlement de son amazone avait annoncée; ses gens s'étaient vivement mis en haie pour la laisser passer. Malgré la rapidité de ss course, elle avait ressenti la douleur que devait lui causeï la découverte de la conspiration : toutes ses espérances écroulées ! elle avait galopé dans des ruines' en pensant à la nécessité d'une soumission au gouvernement consulaire. Aussi, sans le danger que couraient les quatre gentilshommes et qui fut le topique- à l'aide duquel elle dompta ss fatigue et son désespoir, lut-elle tombée évanouie. Elle avail presque tué sa jument pour venir se mettre entre la niorl et ses cousins. En apercevant cette héroïque fille 3, pâle et les traits tirés, son voile d'un côté, sa cravache à la main,
1. Danx les ruinps de ses es- l'emploi qu'il fait du mot moxa
pèrances .' C'est de mauvais i (= petit c.vlindre de coton qu'on
style. faisait brïiler sur la peau pour
i. Topique = médicament ap- ' produire une dérivation),
pliqué sur une partie du corps. 3. Elle ressemble, autant qu'à
Balzac a abusé de cette compa- Diana Vernon. aux héroïnes de
raison médicale. Cf. ailleurs la Fronde.
UNE TKNÉBREUSE AFI'AIRE 31)1
sur le seuil d'où son regard brûlant embrassa toute la scène et la pénétra, chacun comprit, au mouAcment imperceptible qui remua la- lace aigre et trouble de Corentin, que les deux véritables adversaires étaient en présence. Un terrible duel allait commencer. En vojaut cette cassette aux mains de Corentin, la jeune comtesse leva sa cravache et sauta sur lui si vivement, elle lui appliqua sur les mains un si violent coup, que la cassette tomba à terre; elle la saisit, la jeta dans le milieu de la braise et se plaça devant la cheminée dans une attitude menaçante, avant que les deux | agents fussent revenus de leur surprise. Le mépris llaniboyait dans les yeux de Laurence, son front jiàle et ses lèvres dédaigneuses insultaient à ces hommes encore plus que le geste autocratique avec lequel elle a^ait traité Corentin en bête venimeuse. Le bonhomme d'Hauteserre se sentit . chevalier, il eut la face rougie de tout son sang, et regretta de ne pas avoir une épée. Les serviteurs tressaillirent d'abord de joie. Cette vengeance tant appelée, venait de foudroyer l'un de ces hommes. Mais leur bonheur fut refoulé dans le fond des âmes par une atfreuse crainte : ils entendaient toujours les gendarmes allant et venant dans les greniers. L'espion', substantif énergifjue sous lequel se confondent toutes les nuances (jui distingueut les gens de police, car le public n'a jamais aouIu spécilier dans la langue les di\ ers caractères de ceux qui se mêlent de cette apothicairerie nécessaire aux gouvernements, l'espion donc a ceci de magnifique et de curieux, qu'il ne se fâche jamais ; il a l'humilité chrétienne des prêtres, il a les yeux faits au mépris, et l'oppose • de son côté comme une barrière au peuple de niais qui ne le comprennent pas-; il a le front d'airain pour les injures, il marche à son but comme un animal dont la carapace solide