‹ Morceaux choisisChapitre 161 sur 226 · Encore une digression. Bal- ] des grands ambitieux (comme · texte numérisé non relu

Encore une digression. Bal- ] des grands ambitieux (comme

zac intervient souvent dans son Latt'emaset Laubardemontpour

récit, il commente, il cause avec Richelieu). En général ils se

le lecteur, il bavarde. Cette di- [ sont faits peuple à leur égard,

gression est d'ailleurs intéres- } et les ont exécrés. Balzac, sans

santé, et l'on ne peut dire qu'elle j assumer le paradoxe de leur

ralentisse le rframt'. Mais un con- réhabilitation, était cependant

teur comme Flaubert aurait es- j un partisan troj) résolu de l'au-

sayé de suggérer ces rétiexions, torité lorte et de l'arbitraire

au lieu de les imposer. Balzac fait la leçon.

2. On sent tout ce qu'il y a de romantique en cette manière de subliniiser l'espion. Les romantiques (Hugo. A. Dumas père, etc.) ont souvent attribué une grandeur sinistre aux hommes qui furent les implacables agents

bienfaisant pour ne pas penser que le fait du prince, la raison d'Etat justifient beaucou [> de moyens. Un espion du pouvoir d'ailleurs, est énergique, utile et il vit dang'ereusement: voilà ce qui explique l'intérêt que lui porte Balzac.

ne peut être entamée que pai" le canon ; mais aussi, comme l'animal, il est d'autant plus furieux, quand il est atteint, qu'il a cru sa cuirasse impénétrable. Le coup de cravache sur les doigts fut pour Corenlin, douleur à part, le coup de canon c{ui troue la carapace; de la part de cette sublime et noble lille, ce mouvenu^nt plein de dégoût l'humilia, non pas seulement aux regards de ce petit monde, mais encore à ses propres yeux. Peyrade, le Provençal, s"élança sur le fojer. il reçvit un coup de pied de Laurence ; mais il lui prit le pied, le lui leva et la força, par pudeur, de se renverser sur la bergère où elle dormait naguère. Ce fut le burlesque au milieu de la terreur, contraste fréquent clans les choses humaines ^ Peyrade se roussit la main pour s'emparer de la cassette en feu ; mais il l'eut, il la posa par terre et s'assit dessus. Ces petits événements se passèrent avec rapidité, sans une parole. Corentin, remis de la douleur causée par le coup de cravache, maintint Mademoiselle de Cinq-Cjguc en lui prenant les mains.

— Ne m'obligez pas, belle citoyenne, à employer la force contre vous, dit-il avec sa flétrissante courtoisie.

L'action de Peyrade eut pour résultat d'éteindre le feu par une compression qui supprima l'air.

— Gendarmes, à nous ! cria-t-il en gardant sa position bizarre.

— Promettez-vous d'être sage? dit insolemment Corentin à Laurence en ramassant son poignard et sans commettre la faute de l'en menacer.

— Les secrets de cette cassette ne concernent pas le gouvernement, répondit-elle avec un mélange de mélancolie dans son air et dans son accent. Quand vous aurez lu les lettres qui y sont, vous aurez, malgré votre infamie, honte de les avoir lues. . . Mais avez-vous encore honte de quelque chose ? ajouta-t-elle après une pause.

Le curé jeta sur Laurence un regard comme pour lui dire : « Au nom de Dieu, caimez-vous! »

Peyrade se leva. Le fond de la cassette, en contact avec les charlîons et presque entièrement briilé, laissa sur le tapis une empreinte roussie. Le dessus de la cassette était déjà charbonné, les côtés cédèrent. Ce grotesque Scsevola, qui venait d'olfrir au dieu de la police, à la peur-, le fond de sa culotte abricot, ouvrit les deux côtés de la boite

'1. Se rappeler la préface de Croimi'ell : Balzac a affirmé que le roman pouvait seul réussir en ce mélange de grotesque et

d'horreur sublime.

■2. La peur que les gouvernements oui sans cesse des conspirateurs.

comme s'il s'agissait d'un livre, et lit glisser sur le tapis de la table à jouer trois lettres et deux mèches de cheveux. II allait sourire en regardant Corentin, quand il s'aperçut que les cheveux étaient de deux blancs différents. Corentin quitta Mademoiselle de Cinq-Cygne pour venir lire la lettre d'où les cheveux étaient tombés.

Laurence aussi se leva, se mit auprès des deux espions et dit :

— Oh ! lisez à haute voix, ce sera votre punition. Comme ils lisaient des yeux seulement, elle lut elle-même

la lettre suivante :

« Chère Laurence,

« Nous avons connu votre belle conduite dans la triste journée de notre arrestation, mon mari et moi. Nous savons que vous aimez nos jumeaux chéris ^ autant et tout aussi également que nous les aimons nous-mêmes ; aussi est-ce •vous que nous chargeons d'un dépôt à la l'ois précieux et triste pour eux. M. l'exécuteur vient de nous couper les cheveux, car nous allons mourir dans quelques instants, et il nous a promis de vous faire tenir les deux seuls souvenirs de nous qu'il nous soit possible de donner à nos orphelins bien-aimés. Gardez-leur donc ces restes de nous, vous les leur donnerez en des temps meilleurs. Nous avons mis là un dernier baiser pour eux, avec notre bénédiction. Notre dernière pensée sei*a d'abord pour nos fils, pviis pour vous, eniin pour Dieu ! Aimez-les bien.

« Berthe de Cinq-Cygne.

« Jean de Simeuse. »

Gliacun eut les larmes aux yeux, à la lecture de celte lettre.

Laurence dit aux deux agents, d'une voix ferme, en leur jetant un regard pétrifiant :

— Vous avez moins de pitié c{ue M. Vexécuteur ! Corenlin mit tran(iuillement les cheveux dans la lettre,

et la lettre de côté sur la table, en y plaçant un panier plein de liclies pour qu'elle ne s'envolât point. Ce sang-froid au milieu de l'émotion générale était affreux. Peyrade dépliait les deux autres lettres.

— Oh ! quant à celles-ci, dit Laurence, elles sont à peu près pareilles. Vous avez entendu le testament, en voici

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