‹ Morceaux choisisChapitre 165 sur 226 · Nouvel exemple de cette tance qui devait d'abord se · texte numérisé non relu

Nouvel exemple de cette tance qui devait d'abord se

nfluence si fréquemment cons- ! fondre avec celle à^ Ursule Mi-

atée. rouët.

372 IIONOIIK DE BALZAC

est bien obscure et bien mal faite. — Il n'en reste pas moins que Balzac voulait unir alors, au roman d'un héritage, celui d'une nature vigoureuse, puissante, et pervertie parce qu'elle est oisive.

Mais il voulait aussi achever la peinture du célibataire. En 1839 ^^ roman s'appelle, dans les plans de Balzac, Le Bonhomme Rouget, et quand il le reprend enfin en 1840-42, c'est pour clore la série des Célibataires, commencée en 1832 par Le Curé de Tours (étude de prêtre ambitieux, dans un milieu provincial, où les haines politiques attisent les passions privées), — continuée en 1840 par Pierrette (où Balzac a peint une horrible vieille fille, desséchée, brûlée d'envie, empoisonnée de jalousie, devenue, avec l'inconsciente complicité de son frère, vieux garçon abruti par son métier, le bourreau d'une exquise jeune fille, orpheline, qu'elle a recueillie sans l'aimer, par devoir de famille, et qui meurt de ses persécutions). — Pierrette nous montrait d'ignobles figures; la Rabouilleuse est plus atroce. Il est impossible de ne pas noter une progression dans le pessimisme et l'âpreté de l'observation balzacienne, à partir de 1838. Cette progression ne s'arrêtera pas. Désormais, toute une vermine sociale grouillera dans la Comédie humaine.

Le sujet, c'est d'abord l'immonde décrépitude morale et physique où tombe un vieux garçon d'Issoudun, J.-J. Rouget, sous la tyrannie de Flore Brazier, sa servante-maîtresse. La menace de l'abandon le terrifie, le paralyse; sa lâcheté charnelle est telle qu'il tolère dans sa propre maison l'amant de Flore, Maxime Gilet, — lequel d'ailleurs se donne pour un frère naturel de Rouget et n'attend que sa mort pour recueillir intégralement sa succession. Ce Gilet est un soudard de l'Empire.

Mais c'est ici qu'intervient un second exemplaire, beaucoup plus poussé, de ces mauvais sujets dont la guerre pouvait faire des héros, et dont la paix fit des drôles, — Philippe Bridau, ancien colonel de l'Empire, très brave, complètement dénué de sens moral, et d'ailleurs achevé par l'oisiveté où le laisse la Restauration'. Il y a quelque chose de l'énormité rabelaisienne dans cette espèce de Panurge guerrier, dans ce scélérat de grande envergure, capable des plus tortueuses lâchetés, et des actions les plus follement audacieuses. Balzac montre en lui (et c'est à ses yeux une vérification de la loi des milieux, — vérification arbitraire, bien entendu), comment les circonstances, selon ce qu'elles sont, peuvent faire du même homme un héros ou un chenapan; et il pousse jusqu'aux dernières outrances l'avilissertient de Bridau, sa brutalité, sa scélératesse agressive ou sour- 1

Page 1