Vieil espagnol, prisonnier
de guerre fixé à Issoudun, il y fait un commerce de grains.
3. Allusion à l'un des plus mauvais tours des chevaliers de la Dèsœuvrance. Fario a déjà essayé de poignarder Max.
d'où jaillirent comme deux douches de feu, de haine e de vengeance, éblouirent Max. Le colonel alla droit à soi adversaire en se mettant en garde de manière à saisi l'avantage. Les experts dans l'art de tuer savent que, d deux adversaires, le plus habile peut prendre le haut di pavé, pour employer une expression qui rende par un image l'effet de la garde haute. Cette pose, qui permet ei quelque sorte de voir venir, annonce si bien un duellisU du premier ordre, que le sentiment de son infériorité pé nélra dans l'àme de Max et y produisit ce désarroi de foi ces qui démoralise un joueur alors que, deA^ant un maîtr ou devant un homme heureux, il se trouble et joue plus ma qu'à l'ordinaire.
— Ah ! le lascar ^ se dit Max, il est de première force, j( suis perdu!
Max essaya d'un moulinet en manœuvrant son sabn avec une dextérité de bàtonniste : il voulait étourdir Phi lippe et rencontrer son sabre, afin de le désarmer ; mai il s'a[)erçut au premier choc que le colonel avait un poi gnet de fer, et flexible comme un ressort d'acier. Maxene dut songer à autre chose, et il voulait réfléchir, le mal heureux! tandis que Philippe, dont les yeux lui jetaiei des éclairs plus vifs que ceux de leurs sabres parait toute les attaques avec le sang-froid d'un maître garni de sofll plastron dans une salle. ™
Entre des hommes aussi forts que les deux combattants, il se passe un phénomène à peu près semblable à celui qui a lieu entre les gens du peuple au terrible combat dit de la savate, La victoire dépend d'un faux mouvement, d'une erreur de ce calcul, rapide comme l'éclair, auquel on doit se livrer instinctivement. Pendant un temps, aussi court pour les spectateurs qu'il semble long aux adversaires, la lutte consiste en une observation où s'absorbent les forces de l'àme et du corps, cachées sous des feintes dont la lenteur et l'apparente prudence semblent faire croire qu'aucun des deux antagonistes ne veut se battre. Ce moment, suivi d'une lutte rapide et décisive, est terrible pour les connaisseurs. A une mauvaise parade de Max, le colonel lui lit sauter le sabre de la main.
— Ramassez-le! dit-il en suspendant le combat, je ne suis pas homme à tuer un ennemi désarmé.
Ce fut le sublime de l'atroce. Cette grandeur annonçait
1. Un lascar, c'est un matelot hindou, de la caste des parias, embarqué sur un bâtiment eu-
ropéen. Puis, le mot a signifié un homme dégourdi, malin et
brave.
tant de supériorité, qu'elle fut prise pour le plus adroit de tous les calculs par les spectateurs. En effet, quand Max se remit en garde, il avait perdu son sang-froid, et se trouva nécessairement encore sous le coup de cette garde haute qui vous menace tout en couvrant l'adversaire ; il Voulut alors réparer sa honteuse défaite par une hardiesse, il ne songea plus à se garder, prit son sabre à deux mains et fondit rageusement sur le colonel pour le blesser à mort en lui laissant prendre sa vie. Si Pliilippe reçut un coup de sabre qui lui coupa le front et une partie de la figure, il fendit obliquement la tète de Max par un terrible retour du moulinet qu'il opposa pour amortir le coup d'assommoir que Max lui destinait. Ces deux coups enragés terminèrent le combat à la neuvième minute. Fario descendit et vint se repaître de la vue de son ennemi dans l?s convulsions de la mort, car, chez un homme de la force de Max, les muscles du corps remuèrent effroyablement. On transporta Philippe chez son oncle.
Ainsi périt un de ces hommes destinés à faire de grandes choses, s'il était resté dans le milieu qui lui était propice ; un homme traité par la nature en enfant gâté, car elle lui donna le courage, le sang-froid, et le sens politicjue à la César Borgia. Mais l'éducation ne lui avait pas communiqué cette noblesse d'idées et de conduite sans laquelle rien n'est possible dans aucune carrière. Il ne fut pas regretté, par suite de la perlidie avec laquelle son adversaire, qui valait moins que lui, avait su le déconsidérer. Sa lin mit n terme aux exploits de l'ordre de la Désœuvrance, au çrand contentement de la ville d'issoudun. Aussi Philippe ae fut-il pas inquiété à raison de ce duel, qui parut d'aileurs un effet de la vengeance divine, et dont les circonstances se racontèrent dans toute la contrée avec d'unaaimes éloges accordés aux deux adversaires.
— Ils auraient dû se tuer tous les deux, dit M. Mouilleon', c'eût été un bon débarras pour le gouvernement.
[Mais Philippe Bridau vivra jusqu'en 1839. Il fait épouser la Rabouileuse au bonhomme Rouget ; et quand elle est veuve, il l'épouse à son our. A l'avènement de Charles X, il rentre dans l'armée, est fait comte le Brambourg, réduit sa femme à la plus honteuse condition et la :ue à petit feu, et cherche à entrer par un second mariage dans une lamille de la grande noblesse. Il échoue, perd une partie de sa fortune l.ux journées de juillet 1830, reprend du service sous Louis-Philippe, :t va se faire tuer en Afrique.]