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2. Hulot est le type de rofflcier républicain ; il restera tel sous l'Empire ; il deviendra ce-

pendant comte et maréchal de France. Nous le retrouvons dans La Cousine Bette. Voir p. 471 sqq.

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connaître cet oflîcier ; mais il lit à plusieurs reprises de vains efforts pour en' distinguer les traits, que lui dérobaient toujours les bonnets rouges et les chapeaux à grands bords. Seulement, il aperçut Marche-à-Terre-, qui, placé à côté de son général, répétait les ordres d'une voix rauque, et dont la carabine ne restait jamais inactive. Le commandant s'impatienta de cette contrariété renaissante. 11 mit l'épée à la main, anima ses réquisitionnaires, chargea sur le centre des chouans avec une telle furie, qu'il troua leur masse et put entrevoir le chef, dont malheureusement la ligure était entièrement cachée par un grand feutre à cocarde blanche. Mais l'inconnu, surpris dune si audacieuse attaque, fit un mouvement rétrograde en relevant son chapeau avec brusquerie : alors, il fut permis à Hulot de prendre à la hâte le signalement de ce personnage. Ce jeune chef ^, auquel Hulot ne donna pas plus de vingt-cinq ans, portait une veste de chasse en drap vert. Sa ceinture blanche contenait des pistolets. Ses gros souliers étaient ferrés comme ceux des chouans. Des guêtres de chasseur montant jusqu'aux genoux et s'adaptant à une culotte de coutil très grossier complétaient ce costume, qui laissait voir une taille moyenne, mais svelte et bien prise. Furieux de voir les bleus arrivés jusqu'à sa personne, il abaissa son chapeau et s'avança Aers eux ; mais il fut promptement entouré par Marche-à-Terre et par quelques chouans alarmés. Hulot crut apercevoir, à travers les intervalles laissés par les têtes qui se pressaient autour de ce jeune homme, un large cordon rouge sur une veste entr'ouverte. Les yeux du commandant, attirés d'abord par cette royale décoration, alors complètement oubliée, se portèrent soudain sur un visage qu'il perdit bientôt de vue, forcé par les accidents du combat de veiller à la sûreté et aux évolutions de sa petite troupe. Aussi, à peine vit-il des yeux étincelants dont la couleur lui échappa, des cheveux blonds et des traits assez délicats, brunis par le soleil. Cependant, il fut frappé de l'éclat d'un cou nu. dont la blancheur était rehaussée par une cravate

i. En = de l'officier. C'est un ; Cf. Crouzet. ... Gr.Fr., § 154.

archaïsme aujourd'hui d'emplo- 2. Marche-à-Terre est « taillé

ver en pour les personnes, jl/ais à coups de hache » : il semble.

au I'-' siècle on employait le pro- sous « sa noueuse écorce », une

nom en aussi bien que de lui, sorte de « demi-dieu barbare «.

d'elle, d'eux, d'elles en par- Il symbolise, pour Balzac, le g-t^-

lant des personnes (de même y nie de la Bretagne,

pour à lui, à elle, etc.). ; 3. C'est le marquis de Montau-

Son époux en (de sa femme) cherchait i ^^"' '^ ^'"'f' l'un .des chefs du i, oii V luc^^uciv. V , mouvement rovaliste, et le he-

(La Fontain-k.) "-'^ ^^^^- i ros de l'aventure.

noire, lâche et négligemment nouée '. L'attitude fougueuse ;t animée du jeune chef était militaire, à la manière de ceux [jui A eulent dans un combat une certaine poésie de convention. Sa main, bien gantée, agitait en l'air une épée qui flamboyait au soleil. Sa contenance accusait tout à la fois de l'élégance et de la force. Son exaltation consciencieuse, relevée encore par les charmes de la jeunesse, par des manières distinguées, faisait de cet émigré une gracieuse image ie la noblesse française - ; il contrastait vivement avec Hulot, cpii, à quatre pas de lui, offrait à son tour une image rivante de cette énergique République pour laquelle ce vieux soldat combattait, et dont la ligure sévère, l'uniforme bleu à revers rouges usés, les épauletles noircies et pendant lerrière les épaules peignaient si bien les besoins et le L-araclère^.

La pose gracieuse et l'expression du jeune homme n'échappèrent pas à Hulot, qui s'écria en voulant le joindre :

— Allons, danseur d'Opéra, avance donc, (jue je te démolisse !

Le chef royaliste, courroucé de son désavantage momentané, s'avança par un mouvement de désespoir; mais, au moment où ses gens le virent se hasardant ainsi, tous se ruèrent sur les bleus. Soudain une voix douce et claire^ domina le bruit du combat :

— Ici, saint Lescure^ est mort ! Ne le vengerez-vous pas? A ces mots magiques, l'effort des chouans devint tex-rible,

et les soldats de la République eurent gi-and'peine à se maintenir sans rompre leur petit ordre de bataille.

— Si ce n'était pas un jeune homme, se disait Hulot en rétrogradant pied à pied, nous n'aurions pas été attaqués. A.-t-on jamais au les chouans JiArant bataille"? Mais tant mieux, on ne nous tuera pas comme des chiens le long de la route.

i. Sur la bravoure élég-aute | me, un roi, des privilèges!» des cliefs royalistes cf. Barbey I 4. Celle du Gars. d'Aurevilly : Le Chevalier dea - t ^ \ r a v Touches, qui procède plus ou , ?• ^ '^", ^^f cliels des > enmoins des C/iouans. 'li-ens ; blesse mortellement eu

2. Remarquer, toujours, la ten- octobre 93, et mort le 3 novemdance de Balzac à créer des ly- 'Ji"^'- — Les royalistes lavaient pes symboliques. canonise ; c était un beau carac-

3. Cette opposition se retrou- ; tere. vera partout. Plus loin l'héroïne C. Mot de mépris. Les Chouans

du drame, Marie de Verneuil, comparant les ofiBcicrs républicains aux officiers royalistes, s'écriera : « Oh ! là est la nation, la liberté. — Kt là est un h oin-

ne livraient pas de batailles rangées ; ils faisaient la guerre d'embuscade, favorisés par un pays très accidenté, et coupé de haies et de fossés.

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Puis, élevant la voix de manière à faire retentir les bois :

— Allons, vivement, mes lapins ! Allons-nous nous laisser embêter par des brigands ' ?

Le verbe par lequel nous remplaçons ici l'expression dont se servit le bra^e commandant n'en est qu'un faible équivalent ; mais les Aétérans sauront y substituer le véritable, qui certes est d'un plus haut goût soldatesque.

— Gérard, Merle, reprit le commandant, rappelez vos hommes, formez-les en bataillon, reformez-A ous en arrière, tirez sur ces chiens-là et linissons-en !

L'ordre de Hulot fut difiicilement exécuté ; car, en entendant la voix de son adversaire, le jeune chef s'écria :

— Par sainte Anne d'Auray-, ne les lâchez pas ! Egaillezvous 3, mes gars I

Quand les deux ailes commandées par Merle et Gérard se séparèrent du gros de la mêlée, chaque petit bataillon fut alors suivi jiar des chouans obstinés et bien supérieurs' en nombre. Ces vieilles peaux de'bique entourèrent de toutes parts les soldats de Merle et de Gérai'd, en poussant de nouveau leurs cris sinistres et pareils à des hurlements.

— Taisez-vous donc. Messieurs, on ne s'entend pas tuer ! s'écria Beau Pied^

Cette ijlaisanterie ranima le courage des bleus. Au lieu de se battre sur un seul point, les républicains se défendirent sur trois endroits difl'érents du plateau de la Pèlerine =>, et le bruit de la fusillade éveilla tous les échos de ces vallées naguère si paisibles. La victoire aurait pu rester indécise pendant des heures entières, ou la lutte se serait terminée faute de combattants. Bleus et chouans déployaient une égale valeur. La furie allait croissant de part et d'autre, lorsque, dans It lointain, un tambour résonna faiblement ; et, d'api'ès la direction du bruit, le corps qu'il annonçait devait traverser la vallée du Couësnon.

— C'est la garde nationale de Fougères ! s'écria Gudin d'une voix forte ; Vannier laura rencontrée.

1. C'était le mot couram- listes la même j;aieté devant la ment employé pour désigner } raorl. et c'est à dessein, puisqu'il les Chouans. voulait peindre en eux des frè-

2. Sainte-Anne, près dAuray. ; res ennemis. (Cf. L'œuvre expliest un des lieux de pèlerinages quce.) bretons les plus réputés. 5. IBalzac a expliqué que la

3. Vieux mol français = se dis- montagne de la Pèlerine se trouperser. ve à égale distance entre Fou-

4. Sergent républicain.— Trait gères et Ernée : du sommet on de bravoure gouailleuse. Balzac aperçoit la vallée du Couësnon,i a donné aux Bleus et aux Roja- et. à l'horizon, Fougères.

[La victoire est restée aux Républicains. Le commandant Hulot gagne Mayenne sans encombre ; de là il est envoyé à Alençon ; c'est dans cette ville, à l'hôtel des Trois-Mores que Marie de Verneuil, le marquis déguisé et Hulot lui-même se rencontrent à la même table. Hulot a des soupçons, mais M"° de Verneuil, qui- aime déjà le marquis, le sauve de ses mains. Elle-même tombe, avec un détachement de Bleus, dans le piège organisé par M""" du Gua. Il y a là une très belle scène, trop longue pour que nous puissions la citer. Les Bleus sont massacrés ; M"° de Verneuil, insultée, abandonnée par le Gars, qui vient d'apprendre la mission d'espionnage dont Fouché l'a chargée, jure au commandant Hulot de lui livrer celui qu'elle aime d'un amour outragé, désespéré. A l'attaque de Fougères, elle fait faire prisonnier un certain M. de Bauvan, celui qui l'a perdue dans l'esprit du Gars. Elle lui rend la liberté, à la condition qu'il la réhabilitera aux yeux de tous les Chouans, dans une réunion qui doit avoir lieu au château de Saint-James, et où le Gars doit assister. C'est ce qui est fait. M"*" de Verneuil reconquiert le marquis. Ils ont leur premier rendez-vous dans la maison du Chouan Galope-Chopinc ; c'est là qu'elle lui raconte sa vie passée; enfin elle arrive à le convaincre qu'il porte les armes contre la France et que son devoir serait de faire sa soumission, et de fuir avec elle au bout du monde. Le Gars manque être pris dans la maison de Galope-Chopine, qui est soupçonné par les Chouans d'avoir été le complice, inconscient ou non, des Bleus. D'où la terrible scène que voici : J

La justice des Chouans.

A peine son iils et sa femme avaient-ils disparu derrière le toit du hangar, que Galope-Chopine entendit deux hommes sautant le dernier des échaliers' en enfilade, et insensiblement il vit, à travers un brouillard assez épais, des formes anguleuses se dessinant comme des ombres indiâtinctes -.

1. Mot de pays, soigneusement 1 chinchoire pour tabatière; — sans

recueilli par Balzac. Il le définit conapter mahumétisches pour ira-

« un tronc ou une forte branche fidèles, etc.

dont l'un des bouts, percé de "2. C'est la manière dont les part en part, s'emmanche dans Chouans apparaissent, comme une autre pièce de bois informe les Indiens de Gooper. On ne qui lui sert de pivot... L'autre sait pas d'où ils sortent. Marextrémité [de cette barrière pri- che-à-Terre, ailleurs, à la lueur mitive] repose dans un trou fait de la lime, ramassé comme un i'ilaparliemférieurc de lahaie». g-nome, appartient à la féerie Cf. ailleurs, le gars, vieux mot plus qu'à la réalité ; parmi les celtique, sur lequel Balzac pro- I truisses ébranchées, on le disdigue les explications, à la ma- ' tingueà peine. Il rampe comme niére de W. Scott, — ffoJain. un serpent, s'évanouit comme pour désigner laccord d'une ri- la fumée ; il a toutes les allures chc toilette et de la beauté, — - du sauvage.

— C'est Pille-Miche et Marche-à-Terre ! se dit-il mentalement.

Et il tressaillit. Les devix chouans montrèrent dans la petite covir leurs visages ténébreux, qui ressemblaient assez, sous leurs grands chapeaux usés, à ces figures que des graveurs ont faites avec des paysages'.

— Bonjour,Galope-Chopine, dit gravement Marche-à-Terre.

— Bonjour, Monsieiir Marchc-à-Terre, répondit humblement le mari de Barbette. Voulez-Aous entrer ici et vider quelques pichets? J'ai de la galette froide et du beurre fraîcliement liattu.

— Ce n'est pas de refus, mon cousin, dit Pille-Miche.

Les deux chouans entrèrent. Ce début n'avait rien d'effrayant pour Galope-Ghopine, qui s'empressa d'aller à sa grosse tonne emplir trois pichets, pendant que Marche-à- Terre et Pille-Miche, assis de chaque côté de la longue table sur les bancs luisants, se coupaient des galettes et les garnissaient d'un beurre gras et jaunâtre qui, sous le couteau, laissait jaillir de petites bulles de lait-. Galope-Chopine posa les pichets pleins de cidre et couronnés de mousse devant ses hôtes, et les trois chouans se mirent à manger ; mais, de temps en temps, le maître du logis jetait un regard de côté sur Marche-à-Terre en s'empressant de satisfaire sa soif.

— Donne-moi ta chinchoire, dit Marche-à-Terre à Pille- Miche.

Et, après en avoir secoué fortement plusieurs chinchées dans le creux de sa main, le Breton aspira son tabac en homme qui voulait se préparer à quelque action grave.

— Il fait froid, dit Pille-Miche en se levant pour aller fermer la partie supérieure de la porte.

Le jour, terni par le lirouillard, ne pénétra plus dans la chambre que par la petite fenêtre, et néclaira que faiblement la table et les deux bancs ; mais le feu y répandait des lueurs rougeàtrcs ^. En ce moment, Galope-Chopine, qui -, avait achevé de remplir une seconde fois les pichets de sesj hôtes, les mettait devant eux ; mais ils refusèrent de boire, i jetèrent leurs larges chapeaux et prirent tout à coup un airj solennel. Leurs gestes et le regard par lequel ils se consul-

1. Balzac veut parler de ces paysag:es dont les lijjnes ont été combinées de telle sorte, qu'u- A-ec un peu d'attention, et sous xui certain ang:le, on y distingue un visage.

2. Noter le réalisme précis de] la description, et chercher pourquoi Balzac insiste sur ces détails au début d'une scène de' sauvagerie.

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