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C. Fourchon fait le coup de la loutre à tous les Parisiens

LES PAYSANS

m'ont déjà pris votre argent, que j'en ai pleuré dans le chemin en venant. Demandez à Charles'. . . Je ne veux pas les assiner pour dix. francs et publier leurs méfaits au tribiinaii. Dès que j'ai quelques sous, ils me les volent en me faisant boire... C'est dur, d'en être réduit à aller prendre un verre de vin ailleurs que chez ma lille- ! Mais voilà les enfants d'aujourd'hui !.. C'est ce que nous avons gagné à la Révolution ; il n'y a plus que pour les enfants, on a supprimé les pères! Ah! j'éduque Mouche tout autrement; il m'aime, le petit guerdin ! dit-il en donnant une tape à son petit-Iils.

— Il me semble que vous en faites un petit voleur tout comme les autres, dit Sibilet, car il ne se couche jamais sans avoir un délit sur la conscience. «

— Ah ! mùsieu Sibilet, il a la conscience pus tranquille que la voiiV . . . Pauvre enfant ! que f[u'il prend donc? Un peu Aliarbe ; ça vaut mieux que d'étrangler un homme ! Dame, il ne sait pas, comme vous, les mathématiques, il ne connaît pas core la soustraction, l'addition, la multiplication. . . Vous nous faites ben du mal, allez ! Vous dites que nous sommes des tas de brigands, et vous êtes cause ed' la division entre notre seigneur que voilà, qu'est un brave homme, et nous autres, qui sommes de braves gens... El gnia pas un pus brave pays que celui-ci. Voyons ! est-ce que nous avons des rentes ? est-ce qu'on ne va pas quasiment nu, et Mouche aussi ? Nous couchons dans de beaux draps, lavés tous les matins par la rosée, et, à moins qu'on ne nous envie l'air que nous respirons et les rayons du soleil eq' nous buvons, je ne vois pas ce qu'on peut nous vouloir ôter ! . . . Les bourgeois volent au coin du feu, c'est plus profitant que de ramasser ce qui traîne au coin des bois. Il n'y a ni gardes champêtres ni gardes à cheval pour môsieu Gaubertin^ qui est entré ici nu comme un var, et qu'a deux millions! C'est bientôt dit: « Voleurs! » V'ià quinze ans que le père Guerbel,^ el parcepteur de Soulanges, s'en va ed' nos villages à la nuit avec sa l'ecette, et qu'on ne lui a pas core demandé deux liards. Ce n'est pas le fait d'un i^ays ed'

1. Valet de pied, qui est l'allié des paysans : « Sortie du peuple, la livrée lui reste attachée. »

2. Sa fille est une coquine, d'une beauté campagnarde, de très mauvaises mœurs ; elle tient le cabaret du pays, et elle extorque de l'argent à son pi re, au besoin elle le lui

prend dans sa poche.

3. Gaubertin, régisseur depuis 2.3 ans de la terre des Aiguës, a été d'abord conservé par Montcornet quand celui-ci est devenu propriétaire, puis, surpris à voler, il a été chassé à coups de cravache. Il se vengera. Par sa parenté, il tient tout le pays.

voleurs ! Le vol ne nous enrichit guère. Montrez-moi donc qui de nous ou de vous auV bourgeois ont (f quoi viv' à rien faire ?

— Si vous aviez travaillé, vous auriez des rentes, dit lé curé 1. Die\i bénit le travail.

— Je ne veux pas vous démentir, môsieu l'abbé, car a'ous êtes plus savant que moi, et vous saurez peut-être m'expliquer c'te chose-ci. Me voilà, n'est-ce pas? moi. le paresseux^ le fainéant, l'ivrogne, le propre à rien de pare Fourchons qu'a eu de l'éducation, qu'a éié farmier, qu'a tombé dans le malheur et ne s'en est pas erlevé ! . . . Eh bien, que difïérence y a-t-il donc entre moi et ce brave, c't honnête père Niseron^, un vigneron de soixante et dix ans, car il a mon âge, qui, pendant soixante ans, a pioché la terre, qui s'est lev( tous les matins avant le jour pour aller au h\bour, qui s'est fait un corps ed' fer, et eune belle àme ? Je le vois tout aussi pauvre que moi. La Péchina, sa petite-fille, est en service chez marne Michaud^, tandis que mon petit Mouche est li-i bre comme l'air! Ce pauvre bonhomme est donc récompensé de ses vartus de la même manière que je suis puni de mes vices ? Il ne sait pas ce qu'est un verre de vin, il est sobre comme un apôtre, il enterre les morts, et moi, jt fais danser les vivants. 11 a mangé de la vache enragée, etj moi, je me suis rigolé comme une joyeuse créature du diable. Nous sommes aussi avancés l'un que l'autre, nous avons la même neige sur la tète, le même avoir dans nos poches, et je lui fournis la corde^ pour sonner la cloche. Il est républicain, et je ne suis pas même publicain. V'W tout. Que le pésan vive de bien et de mal faire, à couf idée, il s'en va comme il est venu, dans des haillons, et vous dans de beau linge !. . .

Personne n'interrompit le père Fourchon, qui paraissait devoir son éloquence au vin bouché ; d'abord, Sibilet vou> lut lui couper la parole, mais un geste de Blondet rendit le régisseur muet. Le curé, le général et la comtesse comprirent, aux regards jetés par l'écrivain, qu'il voulait étudie! la question du paupérisme sur le vif'\ et peut-être prendn sa revanche avec le père Fourchon.

— Et comment entendez-vous l'éducation de Mouche î

1. L'abbé Brossette, royaliste ; intelligent et bon. C'estlui qui devenucuré à Paris, contribuera beaucoup à ramener Calyste du Guénic à sa femme. (Voir Béatrix).

t. Voir son portrait, p. 432.

3. La femme du garde généra des Aiguës, qui sera tue par 1< gendre de Fourchon.

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