A ses moments perdus, Four clion est aussi cordier
a. C'est le procédé de Balzac,
LES PAYSANS 447
Comment vous y pi-enez-vous pour le rendre meilleur que vos filles ? demanda Blondet.
— Lui parle-t-il seulement de Dieu ? dit le curé.
— Oh ! non, non, môsieu le curé, je ne lui disons pas de craindre Dieu, mais Vz lioumes ! Dieu est bon, et nous a promis, selon i^oiis aiiV, le royaume du ciel, puisque les riches gardent celui de la terre. Je lui dis : « Mouche, crains la prison ! c'est par là qu'on sort pour aller à l'échafaud. Ne vole rien, fais-toi donner ! Le vol mène à l'assassinat, et l'assassinat appelle la justice t?d' z'koiimes. El' rasoir de la justice, v'ià ce qu'il faut craindre, il garantit le sommeil des riches contre les insomnies des pauvres. Apprends à lire. Avec de l'instruction, tu trouveras des moyens d'amasser de l'argent à couvert de la loi, comme ce beau M. Gaube^tin ; tu seras régisseur, quoi ! comme M. Sibilet, à qui M. le comte laisse prendre ses rations . . Le lin est d'être à côté des riches, il y a des miettes sous leurs tables. Via ce que j'appelle eune fiare éducation, et solide. Aussi, le petit mâtin est-il toujours du coûté de la loi. .. Ce sera ein bon su-
■jet, il aura soin de moi.
— Et qu'en ferez-vous ? demanda Blondet.
— Un domestique pour couxmencer, répondit Fourchon, parce qu'en voyant les maîtres ecV près, il s'achèvera ben, allez ! Le bon exemple lui fera faire fortune la loi en main, comme vous auV ! . . . Si môsieu le comte le mettait dans ses écuries, pour apprendre à jjanser les chevaux, le petit garçon serait bien content,. . . vu que, s'il craint Vz houmes, il ne craint pas les bêles.
— Vous avez de l'esprit, père Fourchon, reprit Blondet, vous savez bien ce que vous dites, et vous ne parlez pas sans raison.
— Oh ! ma^ne, si, car elle est au Grand-î-vevt, ma raison, avec mes deux pièces ed' cent sous.
— Gomment un homme comme aous s'est-il laissé tomber dans la misère ? Car, dans l'état actuel des choses, un paysan n'a qu'à s'en prendre à lui-même de son malheur ; U est libi'e, il peut devenir riche. Ce n'est plus comme autrefois. Si le paysan sait amasser un pécule, il trouve de la terre à vendre, il peut l'acheter, il est son maître !
— J'ai vu l'ancien temps et je vois le nouveau, mon cher savant môsieu, répondit Fourchon ; l'enseigne est changée, c'est vrai, mais le vin est toujours le même'! Aujord'hui
l. D''Ayenel, Louis X m et Ri- | baud. Histoire Générale, T. V, chelieu, dans Lavisse et Ram- \ p. 322 : « A la mort de Concini
n'est que le cadet d'hier. x\llez ! mettez ça dans t'oiif joiirniaii ! Est-ce que nous sommes aflfranchis ? Nous appartenons toujours au même village, et le seigneur est toujours là: je l'appelle travail. . . La houe, qui est toute notre chevance', n"a pas quitté nos mains. Que ce soit pour un seigneur ou pourTimpùt, qui prend le plus clair de noiiC avoir, faut toujours dépenser nonV vie en sueurs. . .
— Mais vous pouvez choisir un état, tenter ailleurs la fortune ? dit Blondet.
— Vous me parlez d'aller quérir la fortune ?. . . Où donc irais-je ? Pour franchir mon département il me faut un passe-port qui me coîite quarante sous- ! V'ià quarante ans que je n'ai pu me voir une gueuse ed' pièce de quarante; sous sonnant dans ma poche avec une voisine. Pour aile devant soi, faut autant d'écus que l'on trouve de villages, et il n'y a pas beaucoup de Fourchons qui aient de quoi visiter six Alliages ! Il n'y a que la conscription qui nous tire ed' nos communes. Et à quoi nous sert l'armée ? A faire vi vre le colonel par le soldat, comme le bourgeois vit par le paj'san. Gompte-t-on, sur cent, un colonel sorti de nos lianes ? C'est là, comme dans le monde, un enrichi sur cent aut' qui tombent. Faute de quoi tombent-ils?. . . Dieu le sait et Vz usuriers aussi ^ ! Ce que nous avons de mieux à faire est donc de rester dans nos communes, où nous sommes parqués comme des moutons par la force des choses, comme nous l'étions par les seigneurs. Et je me moque bien de ce qui m'y cloue ! Cloué par la loi de la nécessité, cloué par celle de la seigneurie, on est toujours condamné à perpétuité à remuer la tarre. Là où nous sommes, nous la creusons la tarre et nous la bêchons, nous la fumons et nous la travaillons pour vous auV, gu'étes nés riches, comme nous sommes nés pauvres. La masse sera toujours la même, elle reste ce qu'elle est. . . Les gens de cheux nous qui s'élèvent ne sont pas si nombreux que ceux de cheux vous qui dé' gringolent ! . . . Nous savons ben ça, si nous ne sommes pai savants ; faut pas nous faire nouV procès à tout moment! Nous vous laissons tranquilles, laissez-nous vivre. . . Autre ment, si ça continue, vous serez forcés de nous nourrir dan vos prisons, où l'on est ben mieux que su nouV paille Vous voulez rester les maîtres, nous serons toujours ennC'
(1617), on ne tarda pas à s'apercevoir que selon le mot du duc de Bouillon, la taverne était restée la même, et que le bouchon seul avait changé. »