‹ Morceaux choisisChapitre 203 sur 226 · Allusion A l'abbaye de 3. ÎSI°"^ Amphoux, de Marseille · texte numérisé non relu

Allusion A l'abbaye de 3. ÎSI°"^ Amphoux, de Marseille

Thélème, imaginée par Rabelais.

Annette est la servante du ménage, très fine mouche. — Jean fut jadis frère convers ; c'est le factotum de Rigou.

fabriqua jadis des liqueurs illustres. Cf. Eugène Sue : Les sept Péchés capitaux : «...Au point de vue de la charité, la gourmandise pourrait avoir les plus heureux résultats.— Allons, soit,

4o8 HONORÉ DE BALZAC

le reste de ses jours, au dépeçage d'un château de Bourgogne.

Rigou mangeait et buvait comme Louis XIV, un des plus grands consommateurs connus, ce qui trahit les dépenses d'une vie plus que voluptueuse. Discret et liabile dans sa prodigalité secrète, il disputait ses moindres marchés comme savent disputer les gens d'Eglise. Au lieu de prendre des précautions infinies pour ne pas être trompe dans ses acquisitions, le rusé moine gardait un échantillon et se laissait écrire les conventions ; mais, quand son vin ou ses provisions voyageaient, il prévenait qu'au plus léger vice des choses, il refuserait d'en prendre livraison.

Jean, directeur du fruitier, était dressé à savoir conserver les produits du plus beau frnitage connu dans le dépai-tement. Rigou mangeait des poires, des pommes et quelquefois du raisin à Pâques.

Jamais prophète, susceptible de passer dieu, ne fut plus aveuglément obéi que ne l'était Rigou chez lui, dans ses moindres caprices. Le mouvement de ses gros sourcils noirs plongeait sa femme, Annette et Jean dans des inquiétudes mortelles ; il retenait ses trois esclaves par la multiplicité minutieuse de leurs devoirs, qui leur faisait comme une chaîne. A tout moment, ces pauvres gens se voyaient sous le coup d'un travail obligé, d'une surveillance ; mais ils avaient fini par trouver une sorte de plaisir dans l'accomplissement de ces travaux constants, ils ne s'ennuyaient point. Tous trois, ils avaient le bien-être de cet homme pour seul et unique texte de leurs préoccupations.

Profond comme un moine, silencieux comme un bénédictin en travail d'histoire, rusé comme un prêtre, dissimulé comme tout avare, se tenant toujours dans les limites du droit, cet homme eût été Tibère à Rome, Richelieu sous Louis Xlll, Fouché, s'il avait eu l'ambition d'aller à la Convention ; mais il eut la sagesse d'être un Lucullus sans faste, un Aoluptueux avare. Pour occuper son esprit, il jouissait d'une haine taillée en plein drap. Il tracassait! le général comte de ]\Iontcornet. 11 faisait mouvoir lesi paysans par le jeu de fils cachés dont le maniement l'amusait comme une partie déchecs où les pions vivaient, où les cavaliers couraient à cheval, où les fous comme!

reprit r.ibbè en liaussant les é- \evTe (T exquise crème de cannelle\ pailles, tout en sirotant uu petit de M'"' Aniphoiix (1788). . . »

LES PAYSANS 450

Fourchon ' babillaient, oii les tours féodales brillaient au soleil, où la reine faisait malicieusement échec au roi. Tous les jours, en se levant, de sa fenêtre cet homme % oyait les faites orgueilleux des Aiguës, les cheminées des pavillons, les superbes portes, et il se disait : « Tout cela tombera ! je sécherai ces ruisseaux, j'abattrai ces ombrages. » Enfin il avait sa grande et sa petite victime. S'il méditait la ruine du château, le renégat se flattait de tuer l'abbé Brossette à coups d'épingle.

Pour achever de peindre cet ex-religieux, il suffii-a de dire qu'il allait à la messe en regrettant que sa femme vécût, et manifestait le désir de se l'éconcilier avec l'Eglise aussitôt son veuvage venu. Il saluait avec déférence l'abhé Brossette en le rencontrant, et lui parlait doucement, sans jamais s'emporter. En général, tous les gens qui tiennent à l'Eglise, ou qui en sont sortis, ont une patience d'insecte : ils la doivent à l'obligation de garder un décorum, éducation qui manque depuis vingt ans à l'immense majorité des Français, même à ceux qui se croient bien élevés. Tous les conventuels que la Révolution a fait sortir de leurs monastères et qui sont entrés dans les affaires ont montré, par leur froideur et leur réserve, la supériorité que' donne la discipline ecclésiastique à tous les enfants de l'Eglise, même à ceux qui la désertent.

[Ce personnage est l'artisan de la spoliation du comte de Montcornet. Excités en secret par lui et par Gaubertin, les paysans détruisent sournoisement ses arbres. Une ligue se forme contre le garde Michaud, avec la complicité du régisseur Sibilet, traître vendu à Rigoii. Finalement, ce brave homme est assassiné la nuit ; son meurtrier ne sera jamais découvert. Cette catastrophe ne décide pas encore le comte à quitter le pays ; il s'entête, il dépensera ce qu'il faudra en surveillance, pour avoir raison de ses ennemis, dût-il s'y ruiner à moitié. Mais un jour, au détour d'une allée, il se trouve brusquement en face d'un certain Bonnébault, un chenapan, autrefois soldat, qui le guettait pour le tuer et qui, pour la troisième fois, n'a pas eu le courage de tirer sur un ancien serviteur de l'Empereur. Le cùmte en a assez ; il vend sa terre à perte. Rigou a les vignes, (jaubertin les bois, la bande noire prend le reste.]

Page 1