L.'eeuvi'e ex^plic|iiée
[Après l'immense effort de sa vie, Balzac éprouve de plus en plus une impatience trépidante de toucher au port. M™^ Hanska était veuve depuis le i" novembre 1841 ; il ne devait l'épouser que le 14 mars 1850. Pendant ces neuf années, sa grande préoccupation est sans doute d'accomplir son œuvre, mais aussi de payer ses dettes, de liquider tout le passé, de recommencer enfin, après un si long corps à corps avec tant de difficultés, une vie neuve et sereine. Plusieurs fois, il interrompt son labeur pour aller voir a son étoile». Déjà, de juillet à octobre 1843, il a fait un séjour à Saint-Pétersbourg, auprès d'elle; il devait la revoir à Dresde en octobre 1844, mais ce ne tut qu"au printemps de 1845; après quelques semaines de furieux travail à Paris, il la retrouve encore en Allemagne, et part pour l'Italie avec elle, sa fille et son gendre, le comte Mniszech. Ensemble, ils voient Gênes, Rome et Naples. Aussi, en 1845, Balzac avait peu produit; il n'a pu venir à bout de la deuxième partie des Paysans, c( bien que ce fût une nécessité absolue devant laquelle tout devait céder, relativement à la liitèrature et à la réputation de loyauté [qu'il a] pour les engagements de plume ». (A FEtrangêre, 15 février 1845). Entre le désespoir de ne pas voir M^ne Hanska, et « le chagrin littéraire, financier, celui d'amourpropre », c'est ce dernier qu'il a choisi. Et puis la nature (( regimbait », elle avait « assez de travail » (10 avril 1845).
Il faut que 1846 soit une revanche. Pendant l'hiver de 1845 à 1846, entre de grands travaux de correction sur ses œuvres antérieures, il se met sérieusement aux Petites Misères de la vie conjugale. Mais (17 décembre 1845) ^^ spleen, compliqué de nostalgie, le reprend : « C'est la mort de l'âme, la mort de la volonté, l'affaissement de l'être tout entier. » Il lui semble qu'il ne pourra reprendre ses travaux qu'après avoir « arrêté, arrangé sa vie. » Il se distrait, il lit les Trois Mousquetaires, il prend du haschich avec Gautier, à l'hôtel Pimodan (le 22 décembre). Finalement, en mars, n'y tenant plus, le voilà qui part pour Rome; il y passe quelques semaines d'enchantement, entre les