Cf. plus loin, Le Cousin Pons, p. 482 sqq
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navrant » ; Balzac en est « ravi ». Et voici que se dégage La Cousine Bette, un roman terrible, « car le caractère principal sera un composé de sa mère, de M™e Valmore, et de la tante de Mme Hanska'. »
Mais il semble que de nouveau, l'accablante chaleur aidant, sa puissance d'invention subisse un temps d'arrêt. Il relit W. Scott. Le 8 octobre, Le Constitutionnel commence la publication de La Cousine Bette, et Balzac s'échappe quelques jours à Wiesbaden, où M"ie Hanska prend les eaux. Une acclamation universelle accueille son oeuvre ; quand il rentre à Paris il trouve le monde, les journaux retournés en sa faveur (i8 octobre 1846) : « Ceux qui luttaient ne luttent plus, ceux qui m'étaient les plus hostiles, comme par exemple Soulié, me reviennent. » Balzac travaille « comme un nègre ». Il « se sent jeune, plein d'énergie et de talent ». Il pense à la petite maison de Beaujon, qu'il acquiert, qu'il remplit d'objets d'art, qu'il prépare pour l'Etrangère. Les tracas financiers ne chôment pas. Mais « sa foi, sa croyance en elle » lui donnent « une patience, une lucidité, un talent, à surprendre les plus téméraires et les plus hardis lutteurs. » Il le dit, et c'est vrai. Il n'a rien fait de plus vigoureux, de plus surabondant que Les Parents pauvres, ni de plus âprement triste. Il se grise de son effort ; il en arrive à croire que La Cousine Bette a été improvisée en six semaines (novembre 1846), alors qu'elle a paru en deux mois, et qu'il y a travaillé du commencement d'août à la fin de novembre : « Vingt chapitres ont été écrits currente caJamo, faits la veille pour le lendemain sans épreuves. » C'est là-dessus qu'il a passé six seinaines, depuis son retour de Wiesbaden, et déjà c'est un joli tour de force; le docteur Nacquard est effrayé de ces <■' débauches de cervelle », Balzac, d'ailleurs, se sent a atteint » ; la mémoire des noms lui échappe. Voilà plus de quatorze ans qu'il a éprouvé les premiers symptômes de l'épuisenent, auquel, dans trois ans, il succombera.
La Correspondance ne nous apprend rien de plus sur la composition de ces deux romans; elle ne nous explique pas pourquoi Le Cousin Pons, très avancé alors que La Cousine Bette n'était qu'une esquisse, fut publié après elle-. Mais elle nous montre que ces deux oeuvres, Balzac se les est arrachées à une époque où il commençait à ressentir profondément les effets
1. Voir plus loin, p. 466 sqq. | voir en trouver d'autres raisons:
2. Peut-être à cause du type | elles reg'arderaient seulement du Président Camusot de INÏar- « Tart littéraire )•, s'il faut en
ville, qu'il ne voulait pas l'aire reparaître trop vite après Splendeurs et Misères des Courtisanes, où il jouait déjà un rôle très
croire V Aeertissement inséré par Balzac dans Le Constitutionnel du 18 mars 1847 (cité par M. de Lovenjoul : Histoire des œui'res
important. Mais on doit pou- | de Balzac, p. 126).
LA COUSINE BETTE
d'un surmenage ancien. Elles attestent cependant sa maîtrise; — Le Cousin Pons surtout est, avec Eugénie Grandet et La Recherche de V Absolu, le roman le plus serré, le plus solidement composé de la Comédie humaine.]
LA COUSINE BETTE
Analyse et Extraits*
[Lisbeth Fischer est la cousine germaine de la charmante Adeline Fis< cher, qui a épousé le baron Hulot d'Erv-y, aujourd'hui directeur au ministère de la guerre et grand officier de la Légion d'honneur. Elle a reçu et conservé une éducation paysanne. Elle est restée dans une situation inférieure : c'est la parente pauvre. ]
Un caractère de vieille fille ^
La cousine Bette présentait dans les idées celte singularité qu'on remarque chez les natures qui se sont développées fort tard, chez les sauvages, qui pensent beaucoup et parlent peu. Son intelligence paysanne avait d'ailleurs acquis, dans les causeries de l'atelier-, par la fréquentation des ouvriers et des ouvrières, une dose du mordant parisien. Cette fille, dont le caractère ressemblait prodigieusement à celui des Corses, travaillée inutilement par les instincts des natures fortes, eût aimé à protéger iin homme faible^; mais, à force de vivre dans la capitale, la capitale l'avait changée à la surface. Le poli parisien faisait rouille sur cette àme vigoureusement trempée. Douée d'une finesse devenue profonde^ comme chez tous les gens voués à un célibat réel, avec le tour piquant qu'elle imprimait à ses idées, elle efit paru redoutable dans toute autre situation. Méchante, elle efit brouillé la famille la plus unie.
Pendant les premiers temps, quand elle eut quelques es-
1. Titre auquel Balzac ajoute « plus commun qu'on ne pense ».
2. Elle a été ouvrière chez « les fameux Pons frères, brodeurs
de la Cour impériale », lesquels sont apparentés au cousin Pons.
Il n'est pas d'autre lien entre les deux romans.