‹ Morceaux choisisChapitre 207 sur 226 · Voir p. 4G6 sqq · texte numérisé non relu

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pérances dans le secret desquelles elle ne mit personne, elle s'était décidée à porter des corsets, à suivre les modes, et obtint alors un moment de splendeur pendant lequel le baron la trouva naariable. Lisbeth fut alors la brune piquante de l'ancien roman français. Son regard perçant, son teint olivâtre, sa taille de roseau pouvaient tenter un major en demi-solde; mais elle se contenta, disait-elle en riant, de sa propre admiration. Elle finit d'ailleurs par trouver sa vie heureuse, après en avoir élagué les soucis matériels, car elle allait dîner tous les jours en ville, après avoir travaillé depuis le lever du soleil. Elle n'avait donc qu'à pourvoir à son déjeuner et à son loyer; puis on l'habillait et on lui donnait beaucoup de ces provisions acceptables, comme le sucre, le café, le vin, etc.

En 1837, après vingt-sept ans de vie, à moitié payée par la famille Hulot et par son oncle Fischer, la cousine Bette, résignée à ne rien èti-e, se laissait traiter sans façon; elle se refusait elle-même à venir aux grands dîners, en préférant l'intimité qui lui permettait d'avoir sa valeur et d'éviter des souffrances d'amour-propre. Partout, chez le général Hulot', chez Crevel-, chez le jeune Hulot, chez Rivet, successeur des Pons, avec qui elle s'était raccommodée et qui la fêtait, chez la baronne, elle semblait être de la maison. Enlin, partout elle savait amadouer les domestiques en leur payant de petits pourboires de temps en temps, en causant toujours avec eux pendant quelques instants aA'ant d'entrer au salon. Cette familiarité, par laquelle elle se mettait franchement au niveau des gens, lui conciliait leur bienveillance subalterne, très essentielle aux parasites. « C'est une bonne et brave iille ! » était le mot de tout le monde sur elle. Sa complaisance, sans bornes quand on ne l'exigeait pas, était d'ailleurs, ainsi que sa fausse bonhomie, une nécessité de sa position. Elle avait fini par comprendre la vie en se voyant à la merci de tout le monde; et, voulant plaire à tout le monde, elle riait avec les jeunes gens à qui elle était sympathique par une espèce de patelinage qui les séduit toujours, elle devinait et épousait leurs désirs, elle se rendait leur interprête, elle leur paraissait être une bonne conlidente, car elle n'avait pas le droit de les gronder. Sa discrétion absolue lui méritait la confiance des gens d'un âge mùr, car elle possédait, comme

^. Il s'agit du frère du baron (voir Les Chouans, et p. 471 sqq.) qui n'est plus général, mais maréchal.

2. Ancien commis et successeur de Birotteau, type de parvenu. Sa fllle a épouse le fils du baron Hulot.

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Ninon', des qualités d'homme. En général, les confidences vont plutôt en bas qu'en haut. On emploie beaucoup plus ses inférieurs que ses supérieurs dans les affaires secrètes; ils deviennent donc les complices de nos pensées réservées, ils assistent aux délibérations; or, Richelieu se regarda comme arrivé quand il eut le droit d'assistance au conseil. On croyait cette pauvre fille dans une telle dépendance de tout le monde, qu'elle semblait condamnée à un mutisme absolu. La cousine se surnommait elle-même le confessionnal de la famille.

Avec le temps, la cousine Bette avait contracté des manies de vieille fille, assez singulières. Ainsi, par exemple, elle voulait, au lieu d'obéir à la mode, que la mode s'ap* pliquât à ses habitudes et se pliât à ses fantaisies toujours arriérées. Si la baronne lui donnait un joli chapeau nouveau, quelque robe taillée au goût du jour, aussitôt la cousine Bette retravaillait chez elle, à sa façon, chaque chose, et la gâtait en s'en faisant un costume qui tenait des modes impériales et de ses anciens costumes lorrains. Le chapeau de trente francs devenait une loque, et la robe un haillon. La Bette était, à cet égard, d'un entêtement de mule; elle voulait se plaire à elle seule et se croyait charmante ainsi; tandis que cette assimilation, harmonieuse en ce qu'elle la faisait vieille fille de la tête aux pieds, la rendait si ridicule, qu'avec le meilleur vouloir personne ne pouvait l'admettre chez soi les jours de gala.

Cet esprit rétif, capricieux, indépendant, l'inexplicable sauvagerie de celte fille, à qui le baron avait par quatre fois trouvé des partis (un employé de son administration, un major, un entrepreneur des vivres, un capitaine en retraite), et qui s'était refusée à un passementier, devenu riche depuis, lui méritait le surnom de Chèvre que le baron lui donnait en riant. Mais ce surnom ne répondait qu'aux bizarreries de la surface, à ces variations que. nous nous offrons tous les uns aux autres en état de société. Cette fille, qui, bien observée, eût présenté le côté féroce de la classe paysanne, était toujours l'enfant qui voulait arracher le nez de sa cousine-, et qui peut-être, si elle n'était devenue raisonnable, l'aurait tuée en un paroxysme de jalousie. Elle ne domptait que par la connaissance des lois et

1. Tout le monde connaît Ni- j armes de son esprit, non de l'Enclos, chez qui lo 2. Cette féroce jalousie renaî-

jeune Voltaire Ut les premières | tra dans la suite.

du monde cette rapidité naturelle avec laquelle les gens de la campagne, de même que les sauvages, passent du sentiment à l'action. En ceci peut-être consiste toute la diflférence qui sépare l'honime naturel de l'homme civilisé. Le sauvage n'a que des sentiments, l'homme civilisé a des sentiments et des idées. Aussi, chez les sauvages, le cerveau reçoit-il, pour ainsi dire, peu d'empreintes, il appartient alors tout entier au sentiment qui l'envahit, tandis que, chez l'homme civilisé, les idées descendent sur le cœur qu'elles transforment; celui-ci est à mille intérêts, à plusieurs sentiments, tandis que le sauvage n'admet qu'une idée à la fois. C'est la cause de la supériorité momentanée de l'enfant sur les parents et qui cesse avec le désir satisfait; tandis que, chez l'homme voisin de la nature, cette cause est continue. La cousine Bette, la sauvage Lorraine, quelque peu traîtresse, appartenait à cette catégorie de caractères, plus communs chez le peuple qu'on ne pense, et qui peut en expliquer la conduite pendant les révolutions.

[Rue du Doyenné, où elle habite, elle a fait la connaissance d'un Livonien exilé, Wenceslas Steinbeck, elle l'a empêché de se tuer, elle l'a obligé à travailler ; c'est un artiste, sans volonté ni caractère, elle le tient en tutelle ; elle est jalouse comme une tigresse de quiconque voudrait lui en disputer la possession. Son instinct de protection et de domination, toutes ses tendresses refoulées, elles les a reportées sur lui'. Or, elle a découvert qu'Hortense Hulot, la fille du baron, aime secrètement Steinbock.]

La muse geôlière-.

Elle trouva, travaillant à la lueur d'une petite lampe dont la clarté s'augmentait en passant à travers un globe

i. Quelque chose ici de cet instinct qui porte un être fort et battu par la vie à triompher en la personne d'un faible dont il arrang'e le deslin : cf. l'association Vautrin-Rubempré.

"2. C'est ici (mais ailleurs encore) que Balzac pense à sa mère, qui le talonnait, lui demandait compte de son temps, trouvait toujours que son talent ne rapportait pas assez, qu'il n'en réglait pas le rende-

ment d'une manière assez serrée, qui était nicapable enfin de comprendre les caprices de l'inspiration artistique, le besoin de liberté, de loisir, même de flânerie si fort chez Balzac entre ses crises de travail.

« Ma mère est là, qui compte mes lignes », disait-il à M»' Carraud le 1"' juin 1832, — et à sa mère en juillet 1833 : « Mais, ma pauvre uicre... je ne puis envoyer de manuscrit... que le

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plein d'eau, le héros des rêves d'Hortense, un pâle jeune homme blond, assis à une espèce d'établi couvert des outils du ciseleur, de cire rouge, d'ébauchoirs, de socles dégrossis, de cuivres fondus sur modèle, vêtu d'une blouse, et tenant un petit groupe en cire à modeler qu'il contemplait avec l'attention d'un poète au travail.

— Tenez, Wenceslas, voilà ce que je vous apporte, ditelle en plaçant son mouchoir sur un coin de l'établi.

Puis elle tira de son cabas avec précaution les friandises et les fruits.

— Vous êtes bien bonne, mademoiselle, répondit le pauvre exilé d'une voix triste.

— Ça vous rafraîchira, mon pauvre enfant. Vous vous échauffez le sang à travailler ainsi, vous n'étiez pas né poiA* un si rude métier. . .

Wenceslas Steinbock regai-da la vieille fille d'un air étonné.

— Mangez donc, reprit-elle brusquement, au lieu de me contempler comme une de vos ligures quand elles vous plaisent.

En recevant cette espèce de gourmade en paroles, l'étonnement du jeune homme cessa, car il reconnut alors son mentor femelle dont la tendresse le surprenait toujours, tant il avait l'habitude d'être rudoyé. Quoique Steinbock eîit vingt-neuf ans, il paraissait, comme certains blonds, avoir cinq ou six ans de moins ; et, à voir cette jeunesse, dont la fraîcheur avait cédé sous les fatigues et les misères de l'exil, unie à cette ligure sèche et dure, on aurait pensé que la nature s'était trompée en leur donnant leurs sexes. Il se leva, s'alla jeter dans une vieille bergère Louis XV couverte en velours d'Utrecht jaune, et parut vouloir s'y reposer. La vieille lîlle prit alors une prune de reine-claude et la présenta doucement à son ami'.

1" août!... Ce n'est ni l'imaçi- 1 ves de rudoyante humeur et de nation, ni le courage gui me tendresse de M""" de Balzac mère, manquent... je ne puis plus I Le moindre témoignage de dourien donner! >> Et il lui fait le ceur maternelle émouvait Balcompte, en petit garçon, de tout zac. Finalement, c'est Tamertuce qu'il a fait. Etc. — En Stcin- me qui semble l'emporter (voir

bock, Balzac a peint, à l'exclu- | le terrible passage d'une Lettre sion du côté énergique de son " '""' caractère, le côté voluptueux,

badaud, paresseux dont ses lettres et ses œuvres parlent souvent : l'artiste enfant.

le terrible passage d'une fl l'Etrangère, II, 71). Mais a son lit de mort, ce n'est pas par sa femme, c'est par sa mère que Balzac sera soigné : — il y aurait une étude, une nouvelle âpre et

1. On pourra suivre à travers tendre à écrire sur ce cas la correspondance les alteinati- i complexe de maternité. L'âme

— Merci, dit-il en prenant le fruit.

— Etes-vous fatigué ? demanda-t-elle en lui donnant un autre fruit.

— Je ne suis pas fatigué par le travail, mais fatigué de la vie, répondit-il.

— En voilà, des idées ! dit-elle avec une sorte d'aigreur. N'avez-vous pas un bon génie qui veille sur vous ? repritelle en lui présentant les sucreries et lui voyant manger tout avec plaisir. Voyez, en dînant chez ma cousine, j'ai pensé à vous. . .

— Je sais, dit-il en lançant sur Lisbeth un regard à la fois caressant et plaintif, que, sans vous, je ne vivrais plus depuis longtemps ; mais, ma chère demoiselle, les artistes ont besoin de distraction. . .

— Ah ! nous y voilà ! . . . s'écria-t-elle en l'interrompant, en se mettant les poings sur les hanches et arrêtant sur lui des yeux ilamboyants. Vous voulez aller perdre votre santé dans les infamies de Paris, comme tant d'ouvriers qui Unissent par aller mourir à l'hôpital ! Non, non, faites-vous une fortune, et, quand vous aurez des rentes, vous vous amuserez, mon enfant, vous aurez alors de quoi payer les médecins et les plaisirs, libertin que vous êtes.

Wenceslas Steinbock, en recevant cette bordée accompagnée de regards qui le pénétraient d'une flamme magnétique, baissa la tête. Si le médisant le plus mordant eût pu voir le début de cette scène, il aurait déjà reconnu la fausseté des calomnies lancées par les époux Olivier i sur la demoiselle Fischer. Tout, dans l'accent, dans les gestes et dans les regards de ces deux êti'es, accusait la pureté de leur vie secrète. La vieille fille déployait la tendresse d'une brutale mais réelle maternité. Le jeune homme subissait comme un fils respectueux la tyrannie d'une mère. Cette alliance bizarre paraissait être le résultat d'une volonté puissante agissant incessamment sur un caractère faible, sur cette inconsistance particulière aux Slaves-, qui, tout en leur laissant un courage héroïque sur les champs de bataille, leur donne un incroyable décousu dans la conduite, une mollesse morale dont les causes devraient occuper les

de Balzac s'y verrait à plein.

Parmi les mères ou sœurs de grands hommes, la figure irritée de celle-ci ne ressemblerait à aucune autre. — Je crois d'ailleurs que cette page nous en apprend long.

1. Concierges qui soupçonnent Bette d'être « l'amoureuse » de Wenceslas.

2. On peut noter passim chez Balzac cette psychologie des races où Stendhal, son précurseur en cela, excellait.

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physiologistes, car les physiologistes sont à la politique ce que les entomologistes sont à l'agriculture.

— Et si je meurs avant d'être riche ? demanda mélancoliquement Wen'ceslas.

— Mourir?. . . s'écria la vieille lille. Oh ! je ne vous laisserai point mourir. J'ai de la vie pour deux, et je vous infuserais mon sang, s'il le fallait.

En entendant cette exclamatioh violente et naïve, des larmes mouillèrent les paupières de Steinbock.

— Ne vous attristez pas, mon petit Wenceslas, reprit Lisbeth émue. Tenez, ma cousine Hortense a trouvé, je crois, votre cachet assez gentil. Allez, je vous ferai bien vendre votre groupe en bronze, vous serez quitte envers moi, vous ferez ce que vous voudrez, vous deviendra libre! Allons, riez donc!...

— Je ne serai jamais quitte envers vous, mademoiselle, répondit le pauvre exilé.

— Et pourquoi donc?... demanda la paysanne des Vosges en prenant le parti du Livonien contre elle-même.

— Parce que vous ne m'avez pas seulement nourri, logé, soigné dans la misère ; mais encore vous m'avez donné de la force ! Vous m'avez créé ce que je suis, vous avez été souvent dure, vous m'avez fait souffrir. . .

— Moi? dit la vieille lîlle. Allez-vous recommencer vos bêtises sur la poésie, sur les arts, et faire craquer vos doigts, vous détirer les bras en parlant du beau idéal, de vos folies du Nord? Le beau ne vaut pas le solide, et le solide, c'est moi ! Vous avez des idées dans la cervelle ? la belle aft'aire ! et moi aussi, j'ai des idées... A quoi sert ce qu'on a dans l'àme, si l'on n'en tire aucun parti ? Ceux qui ont des idées ne sont pas alors si avancés que ceux qui n'en ont pas, si ceux-là savent se remuer... Au lieu de penser à vos rêveries, il faut travailler. Qu'avez-vous fait depuis que je suis partie ?. . .

— Qu'a dit votre jolie cousine?

— Qui vous a dit qu'elle fût jolie ? demanda vivement Lisbeth avec un accent où rugissait une jalousie de tigre.

— Mais vous-même.

— C'était pour voir la grimace que vous feriez ! Avezvous envie de courir après les jupes ? Vous aimez les femmes, eh bien, fondez-en, mettez vos désirs en bronze ; car vous vous en passerez encore pendant quelque temps, d'amourettes, et surtout de ma cousine, cher ami. Ce n'est pas du gibier pour votre nez.

Il est facile maintenant de comprendre l'espèce d'attachement extraordinaire que mademoiselle Fischer avait conçu pour son Livonien : elle le voulait heureux, et elle le voyait dépérissant, s'étiolant dans sa mansarde. On conçoit la raison de cette situation affreuse. La Lorraine surveillait cet enfant du Xord avec la tendresse d'une mère, avec la jalousie d'une femme et l'esprit d'un dragon ; ainsi elle s'arrangeait pour lui rendre toute folie, toute débauche impossible, en le laissant toujours sans argent. Elle aurait voulu garder sa victime et son compagnon pour elle, sage comme il était par force, et elle ne comprenait pas la barbarie de ce désir insensé, car elle avait pris, elle, l'habitude de toutes les privations. Elle aimait assez Steinbeck pour ne pas l'épouser, et l'aimait trop pour le céder à une autre femme ; elle ne savait pas se résigner à n'en être que la mère, et se regardait comme une folle quand elle pensait à l'autre rôle. Ces contradictions, cette féroce jalousie, ce bonheur de posséder un homme à elle, tout agitait démesurément le cœur de cette lille. Eprise réellement depuis quatre ans, elle caressait le fol espoir de faire durer cette vie inconséquente et sans issue, où sa persistance devait causer la perte de celui qu'elle appelait son enfant. Ce combat de ses instincts et de sa raison la rendait injuste et tyrannique. Elle se vengeait sur ce jeune homme de ce qu'elle n'était ni jeune, ni belle, ni riche ; puis, après chaque vengeance, elle arrivait, en reconnaissant ses torts en ellemême, à des humilités, à des tendresses inlinies. Elle ne conccA ait le sacrifice à faire à son idole qu'après y avoir écrit sa puissance à coups de hache. C'était entin la Tempête de Shakespeare renversée, Caliban maître d'Ariel et de Prospero •. Quant à ce malheureux jeune homme à pensées élevées, méditatif, enclin à la paresse, il offrait dans les yeux, comme ces lions encagés au Jardin des plantes, le désert que sa protectrice faisait en son àme. Le travail forcé que Lisbeth exigeait de lui ne défrayait pas les besoins de son cœur. Son ennui devenait une maladie physique, et il mourait sans pouvoir demander, sans savoir se procurer l'argent d'une folie souvent nécessaire. Par certaines journées d'énergie, où le sentiment de son malheur acci'oissait son exaspération, il regardait Lisbeth, comme

1. Cf. aussi le beau drame phi- ! outrage. Ariel et Prospère, c'est

losophique de Renan. Calioan est le symbole de la basse envie, du plat prosaïsme qui veut tout avilir et que toute beauté

la liberté de l'esprit agile, le symbole de toutes les aristocraties du cœur et de l'intelligence. Le rapprochement n'est pas très exact.

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un voyageur altéré, qui, traversant une côte aride, doit regarder une eau saumàtre. Ces fruits amers de l'indigence et de cette réclusion dans Paris étaient savourés comme des plaisirs par Lisbeth. Aussi prévoyait-elle avec terreur que la moindre passion allait lui enlever son esclave. Parfois elle se reprochait, en contraignant par sa tyrannie et ses reproches ce poète à devenir un grand sculpteur de petites choses, de lui avoir donné les moyens de se passer d'elle.

[Steinhock échappe à la cousine Bette et épouse Hortense Hulot. La vengeance de Bette est atroce ; non seulement elle brouille le jeune ménage, mais elle favorise les débauches du baron Hulot, qui tourne au vieillard libertin. Par ses affreuses manigances, elle le conduit au dernier degré de l'avilissement, elle fait de lui l'esclave grotesque d'un j t'emme profondément perverse. Le baron Hulot se ruine, la désolation, le déshonneur entrent dans la famille, — Hulot en arrive à être concussionnaire'. Il est appelé par le ministre de la guerre, le vieux Cottin, prince de Wissembourg. ]

Un concussionnaire.

En ce moment même-, le baron Hulot quittait les bureaux de la guerre et se rendait au cabinet du maréchal prince de Wissembourg, qui l'avait fait demander. Quoiqu'il n'y eût rien d'extraordinaire à ce que le ministre mandat un de ses directeurs généraux, la conscience de Hulot était si malade, qu'il trouAa je ne sais quoi de sinistre et de froid dans la figure de Mitouflet^.

— Mitouflet, comment va le prince ? demanda-t-il en fermant son cabinet et rejoignant l'huissier qui s'en allait en avant.

— Il doit avoii*-une dent contre vous, monsieur le baron, répondit l'huissier, car sa voix, son regard, sa ligure, sont à l'orage. . .

1. Nous n'essaj'ons pas de rendre ici le touffu de l'intrigue et le grouillement des personnages : il a fallu 40 pages in-S» à M. Barrière pour résumer La Cousine Bette.

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