‹ Morceaux choisisChapitre 209 sur 226 · Titre du maréchal Hulot · texte numérisé non relu

Titre du maréchal Hulot

3. C'est l'ignoble mari de la femme qui a ruiné le baron Hulot.

qui sonnait la charge au fort des batailles ; vous recevrez avis de votre changement dans deux heures... Allez.

— Je préfère donner ma démission, dit insolemment Marneffe; car c'est trop d'être ce que je suis, et battu; je ne serais pas content, moi !

Et il sortit.

— Quel impudent drôle ! dit le prince.

Le maréchal Hulot, qui pendant cette scène était resté debout, immobile, pâle comme un cadavre, examinant son frère à la dérobée, alla prendre la main du prince et lui répéta :

— Dans quarante-huit heures, le tort matériel sera réparé ; mais l'honneur ! . . . Adieu, maréchal ! c'est le dernier coup qui tue. .. Oui, j'en mourrai, lui dit-il à l'oreille.

— Pourquoi diantre es-tu venu ce matin ? répondit le prince ému.

— Je venais pour sa femme, répliqua le comte en montrant Hector; elle est sans pain..., surtout maintenant.

— Il a sa retraite !

— Elle est engagée!

— Il faut avoir le diable au corps ! dit le prince en haussant les épaules. Quel philtre vous font donc avaler ces femmes-là pour vous ôter l'esprit ? demanda-t-il à Hulot d'Ervy. Comment pouviez-vous, vous qui connaissez la minutieuse exactitude avec laquelle l'administration française écrit tout, verbalise sur tout, consomme des rames de papier pour constater l'entrée et la sortie de quelques centimes, vous qui déploriez qu'il fallût des centaines de signatures pour des riens, pour libérer un soldat, pour acheter des étrilles, comment pouviez-vous donc espérer de cacher un vol pendant longtemps? Et Jes journaux ! et les envieux ! et les gens qui voudraient voler! Ces femmes-là vous ôtent donc le bon sens ? elles vous mettent donc des coquilles de noix sur les yeux ? ou vous êtes donc fait autrement que nous autres ? Il fallait quitter l'administration, du moment que vous n'étiez plus un homme, mais un tempérament ! Si vous avez joint tant de sottises à votre crime, vous finirez. .., je ne veux pas vous dire où. . .

— Promets-moi de t'occuper d'elle, Cottin?... demanda le comte de Forzheim, qui n'entendait rien et qui ne pensait qu'à sa belle-sœur.

— Sois tranquille ! dit le ministre.

— Eh bien, merci, et adieu! — Venez, monsieur, dit-il à son frère.

LA COUSINE BETTE 477

Le prince regarda d'un œil en apparence calme les deux frères, si différents d'attitude, de conformation et de caractère, le .brave et le lâche, le voluptueux et le rigide, l'honnête et le concussionnaire, et il se dit :

— Ce lâche ne saura pas mourir ! et mon pauvre Hulot, si probe, a la mort dans son sac, lui !

Il s'assit dans son fauteuil et reprit la lecture des dépêches d'Afrique par un mouvement qui peignait à la fois le sang-froid du capitaine et la pitié profonde que donne le spectacle des champs de bataille ! car il n'y a rien de plus humain en réalité que les militaires, si rudes en apparence, et à qui l'habitude de la guerre communique cet absolu glacial, si nécessaire sur les champs de bataille.

[Le maréchal Hulot meurt. A la suite d'événements compliqués, la famille du baron se reconstitue ; le baron lui-même, des bas-fonds où il a vécu quelques temps en proie à ses vices de vieillard, remonte à la surface ; le père prodigue est réhabilité. La cousine Bette en meurt de dépit. Mais Hulot n'est pas guéri ; sa femme le surprend, meurt à son tour de tristesse, et il se marie avec une souillon. Le roman finit en étude pathologique. ]

Analyse et Extrait».

[ Sylvain Pons, né en 1785, prix de Rome sous l'Empire pour la composition musicale, avait été célèbre aux environs de 1810 pour ses romances. Il a gardé de son séjour en Italie, l'amour des œuvres d'art, la passion de collectionner. Maintenant, il court le cachet, pauvre avec un véritable musée de tableaux dont la valeur n'a fait que s'accroître. Depuis 1854, il vit fraternellement avec un vieux musicien allemand, Schmucke. Nous sommes en 1844, Pons approche de la soixantaine. C'est une belle âme, mais il est gourmand.]

La fin d'un grand-prix de Rome'.

Cet homme, plein de délicatesse, dont l'àme vivait par une admiration infatigable pour la magnificence du travail humain, cette belle lutte avec les travaux de la nature, était l'esclave de celui des sept péchés capitaux que Dieu doit punir le moins sévèrement : Pons était gourmand. Son peu de fortune et sa passion pour le bric-à-brac lui commandaient un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine, que le célibataire avait tout d'abord tranché la question en allant dîner tous les jours en ville. Or, sous l'Empire, on eut bien plus que de nos jours un culte pour les gens célèbres, peut être à cause de leur petit nombre et de leur peu de prétentions politiques. On devenait poète, écrivain, musicien à si peu de frais ! Pons, regardé comme le rival probable des Nicolo, des Paër et des Berton-, reçut alors tant d'invitations, qu'il fut obligé

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