‹ Morceaux choisisChapitre 210 sur 226 · Titre de Balzac. I Saxe par Napoléon I", se main · texte numérisé non relu

Titre de Balzac. I Saxe par Napoléon I", se main

2. Isonard, dit Nicolo (177.5- tint en faveurjusquesousLouis- 1818) a fait Le Baiser et la Qiiit- \ Philippe. — Berton (1766-i8U) a tance, L'Intrigue aux Fenêtrea, \ beaucoup écrit pour le théâtre et etc.-^ Paër (1/^71-1839), amené de j lui directeur de l'opéra italien.

de les écrire sur un agenda, comme les avocats écrivent leurs causes. Se comportant d'ailleurs en artiste, il offrait des exemplaire^ de ses romances à tous ses amphitryons, il touchait le forte chez eux, il leur apportait des loges à Feydeau S théâtre pour lequel il travaillait ; il y organisait des concerts ; il jouait même quelquefois du violon chez ses parents en improvisant un petit bal. Les plus beaux hommes de la France échangeaient en ce temps-là des coups de sabre avec les plus beaux hommes de la coalition ; la laideur de Pons s'appela donc originalité, d'après la grande loi promulguée par Molière dans le fameux couplet d'Éliante-. Quand il avait rendu quelque service à quelque belle dame, il s'entendit appeler quelquefois un homme charmant, mais son bonheur n'alla jamais plus loiti que cette parole.

Pendant cette période, qui dura six ans environ, de 1810 à 1816, Pons contracta la funeste habitude de bien dîner, de voir les personnes qui l'invitaient se mettant en frais, se procurant des primeurs, débouchant leurs meilleurs vins, soignant le dessert, le café, les liqueurs, et le traitant de leur mieux, comme on traitait sous l'Empire, où beaucoup de maisons imitaient les splendeurs des rois, des reines, des princes dont regorgeait Paris. On jouait beaucoup alors à la royauté, comme on joue aujourd'hui à la Chambi'e en créant une foule de sociétés à présidents, vice-présidents et secrétaires ; société linière, vinicole, séricicole, agricole, de l'industrie, etc. On est arrivé jusqu'à chercher des plaies sociales pour constituer les guéi'isseurs en société ! Un estomac dont l'éducation se fait ainsi, réagit nécessairement sur le moral et le cori^ompt en raison de la haute sapience culinaire qu'il acquiert. La Volupté, tapie dans tous les plis du cœur, y parle en souveraine, elle bat en brèche la volonté, l'honneur, elle veut à tout prix sa satisfaction. On n'a jamais peint les exigences de la gueule, elles échappent à la critique littéraire par la nécessité de vivre; mais on ne se ligure pas le nombre des gens que la table a ruinés

Lorsque, d'invité perpétuel, Pons arriva, par sa décadence comme artiste, à l'état de pique-assiette, il lui fut impossible de passer de ces tables si bien servies au brouet lacédémonien d'un restaurant à quarante sous. Hélas ! il lui prit des frissons en pensant que son indépendance tenait à de si

1. L'Opéra-Comique s'établit | t. Yoir Le Misanthrope, A. Il, rue Feydeau en 1800. | se. 4.

grands sacrifices, et il se sentit capable des plus grandes lâchetés pour continuer à bien vivre, à savourer toutes les primeurs à leur date, enfin à gobichonner {raotpopulaire, mais expressif) de bons petits plats soignés. Oiseau picoreur,s'enfuyant le gosier plein, et gazouillant un air pour tout remercîment, Pons éprouvait d'ailleurs un certain plaisir à bien vivre aux dépens de la société qui lui demandait, quoi ? de la monnaie de singe. Habitué, comme tous les célibataii*es qui ont le chez soi en horreur et qui vivent chez les autres, à ces formules, à ces grimaces sociales par lesquelles on remplace les sentiments dans le monde, il se servait des compliments comme de menue monnaie ; et, à l'égard des personnes, il se contentait des étiquettes sans plonger une main curieuse dans les sacs.

Cette phase assez supportable dura dix autres années; mais quelles années ! Ce fut un automne pluvieux. Pendant tout ce temps, Pons se maintint gratuitement à table, en se rendant nécessaire dans toutes les maisons où il allait. Il entra dans une voie fatale en s'acquittant d'une multitude de commissions, en remplaçant les portiers et les domestiques dans mainte et mainte occasion. Préposé bien des achats, il devint l'espion honnête et innocent détaché d'une famille dans une autre ; mais on ne lui sut aucun gré de tant de courses et de tant de làciietés.

— Pons est un garçon, disait-on, il ne sait que faire de son temps, il est trop heureux de trotter pour nous... Que deviendrait-il ?

Bientôt se déclara la froideur que le vieillard répand autour de lui. Cette bise se communique, elle produit son elïet dans la température morale, surtout lorsque le vieillard est laid et pauvre. N'est-ce pas être trois fois vieillard? Ce fut l'hiver de la vie, l'hiver au nez rouge, aux joues hâves, avec toute sorte d'onglées !

De 1836 à 1843, Pons se vit invité rarement. Loin de rechercher le parasite, chaque famille l'acceptait comme on accepte un impôt; on ne lui tenait plus compte de rien, pas même de ses services réels. Les familles où le bonhomme accomplissait ses évolutions, toutes sans respect pour les arts, en adoration devant les résultats, ne prisaient que ce qu'elles avaient conquis depuis 1830 : des fortunes ou des positions sociales éminentes. Or, Pons n'ayant pas assez de hauteur dans l'esprit ni dans les manières pour imprimer la'crainte que l'esprit ou le génie cause au bourgeois, avait naturellement fini par devenir moins que rien, sans être néanmoins tout à fait méprisé. Quoiqu'il éprouvât dans ce

monde de vives souflVances, comme tous les gens timides, il les taisait. Puis il s'était habitué par degrés à comprimer ses sentiments, ^ se taire de son cœur un sanctuaire oii il se retirait. Ce phénomène, beaucoup de gens superficiels le traduisent par le mot égoïsme. La ressemblance est assez grande entre le solitaire et l'égoïste, pour que les médisants paraissent avoir raison contre l'iiomme de cœur, surtout à Paris, où personne dans le monde n'observe, où tout est rapide comme le flot, où tout passe comme un ministère !

Le cousin Pons succomba donc sous un acte d'accusation d'égoïsme porté en arrière contre lui, car le monde finit toujours par condamner ceux qu'il accuse. Sait-on combien une défaveur imméritée accable les gens timides "i Qui peindra jamais les malheurs de la timidité! Cette situation, qui s'aggravait de jour en jour davantage, explique la tristesse empreinte sur le visage de ce pauvre musicien, qui vivait de capitulations infâmes. Mais les lâchetés que toute passion exige sont autant de liens ; plus la passion en demande, plus elle vous attaclie ; elle fait de •tous les sacrifices comme un idéal trésor négatif où l'homme voit d'immenses richesses. Après avoir reçu le regard insolemment protecteur d'un bourgeois raide de bêtise, Pons dégustait comme une Acngeance le verre de vin de Porto, la caille au gratin qu'il avait commencé de savourer, se disant à lui-même :

— Ce n'est pas trop payé !

[Voici un exemple des avanies que subit Pons. Il apporte à M"° Camusot de Marville, sa cousine éloignée, un charmant éventail ; c'est une manière de s'acquitter des nombreuses invitations qu'il accepte depuis longtemps chez elle. On le croit pauvre, on ne soupçonne pas encore la valeur de l'héritage que sa galerie de tableaux doit constituer; on le traite eu maniaque et en gêneur; en entrant, il a surpris un geste d'impatience. ]

Le collectionneur.

Le cousin Pons, à qui le mouvement d'épaules de la présidente ' n'avait pas échappé, fut si cruellement atteint.

l.M"» Camusot de Marville est une intrigante fieffée : elle a su tirer parti de l'affaire d'Esgri-

gnon (voir La Vieille Fille) et elle a déjà fait de son mari le Président de la Cour i-oyale de Paris.

HONORK DE BALZAC

qu'il ne trouva pas un compliment à dire, et il se contenta de ce mot profond :

— Vous êtes toujours charmante, ma petite cousine' ! Puis, se tournant vers la mère et la saluant :

— Chère cousine, l'eprit-il, vous ne sauriez m'en vouloir de venir un peu plus tôt que de coutume, je vous apporte ce que vous m'avez fait le plaisir de me demander. . .

El le pauvre Pons, qui sciait en deux le président, la présidente et Cécile chaque fois qu'il les appelait cousin ou cousine, tira de la poche de côté de son habit une ravissante petite boite oblongue en bois de Sainte-Lucie^, divinement sculptée.

— Ah ! je l'avais oublié ! dit sèchement la présidente. Celte exclamation n'étail-elle pas atroce? n'ôtail-elle pas

tout mérite au soin du parent dont le seul tort était d'être un parent pauvre ?

— Mais, reprit elle, vous êtes bien bon, mon cousin. Vous dois je beaucoup d'argent pour celle petite bêtise?

Celte demande causa comme un tressaillement intérieur au cousin, il avait la prétention de solder tous ses dîners par l'offrande de ce bijou.

— J'ai cru que vous me permettiez de vous l'offrir, dit-il d'une voie émue.

— Comment! comment ! reprit la présidente; mais, entre nous, pas de cérémonies, nous nous connaissons assez pour laver notre linge ensemble. Je sais que vous n'êtes pas assez riche pour faire la guerre à vos dépens. N'est-ce pas déjà beaucoup que vous ayez pris la peine de perdre votre temps à courir chez les marchands ?. . .

— Vous ne voudriez pas de cet éventail, ma chère cousine, si vous deviez en donner la valeur, répliqua le pauvre homme offensé, car c'est un chef d'œuvre de Watteau, quij l'a peint des deux côtés ; mais soyez tranquille, ma cousine, j je n'ai pas payé la centième partie du prix d'art^.

d. M"= de Marville.

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