‹ Morceaux choisisChapitre 35 sur 226 · L.'oetivi'e cxplif|iiée · texte numérisé non relu

L.'oetivi'e cxplif|iiée

[Balzac a voulu, dans cette œuvre parue en 1832 (complétée en 1835, et encore remaniée jusqu'en 1846) « lutter avec Gœthe et Byron, avec Faust et Mantred » (à sa sœur, août 1832). Il ne prétendait à rien moins «qu'à jeter un jour ou l'autre la science dans des voies nouvelles » en proposant une Théorie de la volonté mystico-physiologique. L'enthousiasme de la composition passé, son œuvre lui apparut comme 'c le plus triste des avortons « (à l'Etrangère, février 1833) ^^ •! pleura de désespoir [ibid.,24 février) sur les fautes qu'un ami, logicien et grammairien, lui fît découvrir à travers ces pages tant travaillées.

C'est une monographie d'intelligence ; très contesté — non sans raisons, — l'essai de Balzac n'en est pas moins un très curieux document sur sa propre évolution intellectuelle. Louis Lambert, où il a mis beaucoup de lui-même, devient fou par excès de pensée, et meurt. Cette œuvre demanderait toute une étude que nous ne pouvons présenter ici ; — et nous nous bornons à donner les pages suivantes, à cause de leur valeur d'autobiographie.

Les oratoriens avaient des collèges célèbres, avant la Révolution, à La Flèche, à Pont-Levoy, à Sorrèze, à Juilly, à Tournon et à Vendôme. Balzac explique comment « l'abolition des corps enseignants, décrétée par la Convention, influa très peu sur l'institution de Vendôme ».

D'après le registre de sortie du collège, communiqué à Champfîeury (Bal:iac au Collège)^, Balzac entra au pensionnat le 22 juin 1807', et en sortit le 22 août 181 3, à quatorze ans. Il était atteint, nous dit Mme Surville (Baliac, p. 20) « d'une espèce de coma », dont on ne s'expliquait pas la cause, mais qui provenait de fatigues intellectuelles. « Devenu maigre et chétif, Honoré ressemblait à ces somnambules qui dorment les yeux ouverts. » Tel Louis Lambert.

Balzac acheva ses études à Paris, d'abord chez M. Lepitre ; il a raconté ses souvenirs d'alors au commencement du Lys dansi la Vallée.]

l. Voir DE LovEXJOUL, Histoire des Oeuvres de Balzac, p. 401, une note du directeur du collège de

Vendôme qui permet d'établir!

le caractère autobiographique' très précis de Louis Lambert.

Analyse et Exti>aits.

Le Collège de Vendôme.

Souvenirs d'exfaxce.

Situé au milieu de la ville, sur la i)etite rivière du Loir, qui en Ijaigne les bâtiments, le collège forme une vaste enceinte soigneusement close où sont enfermés les établissements nécessaires à une institution de ce genre : une chapelle, un théâtre, une intirmerie, une boulangerie, des jardins, des cours d'eau. Ce collège, le plus célèbre foyer d'instruction que possèdent les provinces du centre, est alimenté par elles et par nos colonies. L'éloignement ne permet donc pas aux parents d'y venir souvent voir leurs enfants.

La règle interdisait, d'ailleurs, les vacances externes. Une fois entrés, les élèves ne sortaient du collège qu'à la fin de leurs études. A l'exception des promenades faites extérieurement sous la conduite des Pères, tout a^ait été calculé pour donner à cette maison les avantages de la discipline conventuelle. De mon temps, le correcteur était encore un vivant souvenir, et la classique férule de cuiri y jouait aA'ec honneur son terrible rôle. Les punitions jadis inventées par la Compagnie de Jésus, et qui avaient un caractère aussi effrayant pour le moral que pour le physique, étaient demeurées dans l'intégrité - de l'ancien programme. Les lettres aux parents étaient obligatoires à certains jours, aussi bien que la confession. Ainsi nos péchés et nos sentiments se trouvaient en coupe réglée. Tout portail l'empreinte de l'uniforme monastique. Je me rappelle, entre autres vestiges de l'ancien institut, l'inspection que nous subissions tous les dimanches 3. Nous étions en grande tenue, rangés comme des soldats, attendant les deux directeurs, qui, suivis des fournisseurs et des maîtres, nous examinaient sous le triple rapport du costume, de l'hygiène et du moral.

Les deux ou trois cents élèves que pouvait loger le collège étaient divisés, suivant l'ancienne coutume, en quatre

Page 1