‹ Morceaux choisisChapitre 36 sur 226 · Voir p. 123. I g-ime des punitions était resté · texte numérisé non relu

Voir p. 123. I g-ime des punitions était resté

2. Mal dit, à peine français : dans son intégrité. » Balzac aurait pu dire : « Le ré- ' 3. Cf. p. 122.

HOXORE DE BALZAC

sections, nommées les minimes, les petits, les m.oyens et les grands. La division des minimes embrassait les classes désignées sous le nom de huitième et de septième ; celle des petits, la sixième, la cinquième et la quatrième ; celle des moyens, la troisième et la seconde ; enfin celle des grands, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques spéciales, la physique et la chimie. Chacun de ces collèges particuliers possédait son bâtiment, ses classes et sa cour dans un grand terrain commun sur lequel les salles d'éludé avaient leur sortie, et qui aboutissait au réfectoire. Ce réfectoire, digne d'un ancien ordre religieux, contenait tous les écoliers. Contrairement à la règle des autres corps enseignants, nous pouvions y parler en mangeant, tolérance oratorienne qui nous permettait de faire des échanges de plats selon nos goûts. Ce commerce gastronomique est constamment resté l'un des plus vifs plaisirs de notre vie collégiale. Si quelque moyen, placé en tète de sa table, préférait une portion de pois rouges à son dessert, car nous avions du dessert, la proposition suivante passait de Jjouche en bouche : « Un dessert pour des pois ! » jusqu'à ce ({u'un gourmand l'eût acceptée ; alors, celui-ci d'envoyer sa portion de pois, qui allait de main en main jusqu'au demandeur, dont le dessert arriA ait par la même voie. Jamais il n'y avait d'erreur. Si plusieurs demandes étaient semblables, chacune portait son numéro, et l'on disait: «Premiers pois pour premier dessert. » Les tables étaient longues, notre trafic perpétuel y mettait tout en mouvement; et nous parlions, nous mangions, nous agissions avec une vivacité sans exemple. Aussi le bavardage de trois cents jeunes gens, les allées et venues des domestiques occupés à changer les assiettes, à servir les plats, à donner le pain, l'inspection des directeurs, faisaient-ils du réfectoire de Vendôme un spectacle unique en son genre, et qui étonnait toujours les visiteurs.

Pour adoucir notre Aie, privée de toute communication avec le dehors et sevrée des caresses de la famille, les Pères nous permettaient encore d'avoir des pigeons et des jardins. Nos deux ou trois cents cabanes, un millier de pigeons nichés autour de notre mur d'enceinte et une trentaine de jardins formaient un coup d'œil encore plus curieux que ne l'était celui de nos repas. Mais il serait trop fastidieux de raconter les particularités qui font du collège de Vendôme un établissement à part et fertile en souvenirs pour ceux dont l'enfance s'y est écoulée. Qui de nous ne se rappelle encore a^ec délices, malgré les amertumes de la science, les bizarreries de cette vie claustrale? C'était les

LOUIS LAMBEUT

friandises achetées en fraude durant nos promenades, la permission de jouer aux cartes et celle d'établir des représentations théâtrales pendant les vacances, maraude et libertés nécessitées par notre solitude ; puis encore notre musique militaire, dernier vestige des cadets ; notre académie, notre chapelain, nos Pères professeurs ; enlin, les jeux particuliers défendus ou permis : la cavalerie de nos échasses, les longues glissoires faites en hiver, le tapage de nos galoches gauloises', et surtout le commerce introduit par la bouti({ue établie dans l'intérieur de nos cours. Cette boutique était tenue par une espèce de maître Jacques* auquel grands et petits pouvaient demander, suivant le prospectus : boîtes, échasses, outils, pigeons cravatés, pattus 3, livres de messe (article rarement vendu), canifs, papiers, plumes, crayons, encre de toutes les couleurs, balles, billes; enlin le monde entier des fascinantes fantaisies de l'enfance, et qui comprenait tout, depuis la sauce des pigeons que nous avions à tuer jusqu'aux poteries où nous conservions le riz de notre souper pour le déjeuner

du lendemain Aux académiciens étaient octroyés de

brillants privilèges ; ils dînaient souvent à la table du directeur, et tenaient par an deux séances littéraires auxquelles nous assistions pour entendre leurs œuvres. Un académicien était un petit graml homme. Si chaque Vendômien a eut être franc, il avouera que, i)lus tard, un véritable académicien de la véritable Académie française lui a paru l)ien moins étonnant (]ue ne Tétait l'enfant gigantesque illustré par la croix et par le prestigieux ruban rouge, insignes de notre académie. Il était bien diflicile d'appartenir à ce corps glorieux avant d"ètre parvenu en seconde, car les académiciens devaient tenir tous les jeudis, pendant les A'acances, des séances publiques, et nous lire des contes en vers ou en prose, des épîtres, des traités, des tragédies, des comédies ; compositions interdites à l'intelligence des classes secondaires.

[ Louis Lambert vient d'être annoncé comme un écolier de génie, protégé par M'"" de Staël, déjà poète, et digne, malgré ses quatorze ans, d'être de l'Académie du collège.]

4. Gaulois se dit de ce qui est fruste et désuet. Le mot était surtout employé au 18- siècle, pour opposer aux choses nobles et délicates les choses grossières. L'aristocratie se regardait comme issue des Francs con-

quérants : le peuple était Gaulois.

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