On se souvient du ((factoton )) de L'Avare, de Molière
3. C/-acaf(^s= qui ont un collier de plumes; pattus = qui ont des plumes jusqu'aux pattes.
Ne pouvant doi'mir, j'eus une long^ue discussion avec mon voisin de dortoir sur l'être extraordinaire que nous devions avoir parmi nous le lendemain. Ce voisin, naguère oflicier, maintenant écrivain, à hautes vues philosopliiques, Barchou de Penhoën', n'a démenti ni sa prédestination, ni le hasard qui réunissait dans la même classe, sur le même banc et sous le même toit, les deux seuls écoliers de Vendôme de qui Vendôme entende parler aujourd'iiui ; car, au moment où ce livre s'est publié-, Dul'aure, notre camarade, n'avait pas encore abordé la vie publique du parlement. Le récent traducteur de Ficlite, l'interprète et l'ami de Ballanche ^, était occupé déjà, comme je l'étais moi-même, de questions métaphysi(iues ; il déraisonnait souvent avec moi sur Dieu, sur nous et sur la nature. Il avait alors des prétentions au pyrrhonisme. Jaloux, de soutenir son rôle, il nia les facultés de Lambert ; tandis qu'ayant nouvellement lu les Enfants célèbres, je l'accablais de preuves en lui citant le petit Montcalm, Pic de la Mirandole, Pascal, enlin tous les cerveaux précoces, anomalies célèJjres dans l'histoire de l'esprit humain, et les prédécesseurs de Lamljert. J'étais alors moi-même passionné pour la lecture. Grâce à l'envie que mon père avait de me voir à l'École polytechnique, il payait pour moi des leçons particulières de mathémati(iues. Mon répétiteur, l)il>liothécaire du collège, me laissait prendre des livres sans trop regarder ceux que j'emportais de la bibliothè(|ue, lieu tran(piille où, pendant les récréations, il me faisait venir pour me donner ses leçons. Je crois qu'il était ou peu habile ou fort occupé de quelque grave entreprise, car il me permettait très volontiers de lire pendant le temps des répétitions, et travaillait je ne sais à quoi. Donc, en vertu d'un pacte tacitement convenu entre nous deux, je ne me plaignais point de ne rien apprendre, et lui se taisait sur mes emprunts de livres. Entraîné par cette intempestive passion, je négligeais mes études pour composer des poèmes ([ui devaient certes inspirer peu d'espérances, si j'en juge par ce trop
1. Il avait fait rexpèdition d'Alger. — En 183G, après avoir publié dans la Revue des Deux- Mondes des éludes sur la philosophie allemande, il donna un Basai d'une formule générale d'une philosophie de l'humanité, etc. Il était Breton (1801-1835).