Se placer comme domestique dans une maison bourgeoise
6. Cette phrase, — et tout le portrait, — est laite pour répondre à ceux qui accusent Bal-
loi- HONORÉ DE BALZAC
ornaient ce visage martial, ni le teint de brique, ni les bras nerveux, ni les haillons de la Nanon n'épouvantèrent le tonnelier, qui se trouvait encore dans l'âge où le cœur tressaille^ 11 vêtit alors, chaussa, nourrit la pauvre lille, lui donna des gages, et l'employa sans trop la rudoyer. En se voyant ainsi accueillie, la grande Nanon pleura secrètement de joie, et s'attacha sincèrement au tonnelier, qui, d'ailleurs, l'exploita féodalement. Nanon faisait tout : elle faisait la cuisine, elle faisait les buées-, elle allait laver le linge à la Loire, le rapportait sur ses épaules ; elle se levait au jour, se couchait tard ; faisait à manger à tous les vendangeurs pendant les récoltes, surveillait les halleboteurs^; défendait, comme un chien fidèle, le bien de son maître: enfin, pleine d'une conliance aveugle en lui, elle obéissait sans murmure à ses fantaisies les plus saugrenues. Lors de la fameuse année 1811*, dont la récolte coûta des peines inouïes, après vingt ans de service, Grandet résolut de donner sa vieille montre à Nanon, seul présent qu'elle reçut jamais de lui. Quoiqu'il lui abandonnât ses vieux souliers (elle pouvait les mettre), il est impossible de considérer le prolit trimestriel des souliers de Grandet comme un cadeau, tant ils étaient usés. La nécessité rendit cette pauvre lille si avare, que Grandet avait lini par l'aimer comme on aime un chien, et Nanon s'était laissé mettre au cou un collier garni de pointes dont les piqûres ne la piquaient plus. Si Grandet coupait le pain avec un peu trop de parcimonie, elle ne s'en plaignait pas ; elle participait gaiement aux profits hygiéniques que procurait le régime sévère de la maison, où jamais personne n'était malade.
zac de toujours mal écrire. Son i chement chez Gobseck à l'égard
style rend parfaitement la force, 1 de Tavoué Derville, dont il ren-
l'entètement, tout ce qui serap- dra la fortune possible; —et
porte a rexercice de la volonté. | cf. dans un ordre de caractères
C'est quand il s'essaye aux nuan- | différents, La Cousine Bette, p.
ces de la tendresse et aux déli catesses sentimentales qu'il tombe dans une afféterie ridicule et que son défaut de goût devient sensible.
1. Tressaille de pitié. — Voir dans la suite la très attentive
466 sqq.) 11 n'est pas vrai que Balzac aboutisse toujours à des simplifications excessives ; il peint des individus vivants, non des types schématiques.