‹ Morceaux choisisChapitre 54 sur 226 · Il a donné à sa fille, en · texte numérisé non relu

Il a donné à sa fille, en

guise d'étrennes, un napoléon tout neuf, qu'il « a fait venir de Paris. »

4. La passion de l'or inspire à Grandet des gentillesses puériles de jeune amoureux.

5. Balzac notera qu'en vieillissant, Grandet, qui a été un avare très positif, très intelligent, s'éprend d'un « amour phy-

IGO IIOXORK DE BALZAC

te rendrai six mille francs en livres, et tu vas les placer comme je vais te le dire. Il ne faut plus penser au douzain. Quand je te marierai, ce qui sera bientôt, je te trouverai un futur qui pouri'a foffrir le plus beau douzain dont on aura jamais parlé dans la proA'ince. Ecoule donc, lilille. Il se présente luie belle occasion : tu peux mettre tes six mille francs dans le gouvernement', et tu en auras tous les six mois près de deux cents francs d'intérêts, sans inqjôts, ni réparations, ni grêle, ni gelée, ni marée, ni rien de ce qui tracasse les revenus -. Tu répugnes peut-être à le séparer de ton or^, hein, lifille ? Apporte-le-moi tout de même. Je te ramasserai des pièces d'or, des hollandaises, des portugaises, des roupies du Mogol, des génovines*; et, avec celles que je te donnerai à tes fêtes, en trois ans tu auras rétabli la moitié de ton joli jtetit trésor en or. Que dis-tu, lilille? Lève donc le nez. Allons, va le chercher, le mignon. Tu devrais me Jjaiser sur les yeux pour te dire ainsi des secrets et des mystères de vie et de mort pour les écus. Vraiment, les écus vivent et grouillent comme des hommes : ça A'a, ça vient, ça sue, ça produit^.

Eugénie se leva, mais, api*ès avoir l'ait quelques pas vers la porte, elle se retourna brusquement, regarda son père en face'' et lui dit :

— Je n'ai plus mon' or.

— Tu n'as plus ton or ! s'écria Grandet en se dressant

sique » de l'or, à l'exclusion de ] neuves, frappées sous le règne

tout autre métal précieux, ou ! de Jean V, en 1725, valant réel-

de toute autre valeur. — Il a fait lement au change cinq lisboni-

une bonne all'aire en vendant nés, ou chacune 178 fr. 75, lui

son or a Nantes, au moment où [ disait son père. . . ; cinq géno-

le marché monétaire en était | vines ou pièces de cent livres

dépourvu. î de Gènes, autre monnaie rare

1. Façon de parler populaire. \ et valant 87 Ir. au change mais

„ ^, \ . . , 100 fr. pour les amateurs d'or...:

-i C ?,^}- "•': V»°*^''°" ^^' P'^^'^- t trois roupies au signe de la Ba-

lance, et cinq roupies au signe de la Vierge, toutes d'or pur à

— Et il traite les recenus comme si c'étaient des êtres à ménager.

3. L'avare prête instinctive- j 24 carats. Ta magnifique monment son âme aux autres : tous ' naie du Grand Mogol. . . » Balles passionnés et les maniaques zac y a mis une complaisance l'ont de même, sans parler des fastueuse de collectionneur, normaux. mais aucun de ces détails n'est

4. Balzac a donné en temps i étranger à l'intérêt du roman. uUle (au moment où Eugénie 5. Autant de mots admirables oftre son douzain a Charles) la ^^ ^-érité intense, description technique de toutes „ ,, . . ., ,.,

les espèces qui le composent 6. \ oici paraître 1 énergique

(cf. La Brl YÈHE, le portrait du et l'entetee que nous pressen-

coUeclionneur de médailles) : I tions.

«... vingt portugaises encore [ 7. C'est Balzac qui souligne.

sur ses jarrets comme un cheval qui entend tirer le canon à dix pas de lui.

— Non, je ne lai plus.

— Tu te trompes, Eugénie.

— Non.

— Far la serpette de mon père' !

Quand le tonnelier jurait ainsi, les planchers tremblaient.

— Bon saint bon Dieu ! voilà madame qui pâlit, cria Nanon.

— Grandet, ta colère me fera mourir, dit la pauvre femme -.

• — Ta ta ta ta 1 vous autres, vous ne mourez jamais dans votre famille^: — Eugénie, qu'avez-vous fait de aos pièces? cria-t-ii en fondant sur elle.

— Monsieur, dit la lille aux genoux de madame Grandet, ma mère souffre beaucoup. . . voyez. . . Ne la tuez pas.

— Grandet fut épouvanté de la pâleur répandue sur le teint de sa femme, naguère si jaune.

■ — Nanon, venez m'aider à me coucher, dit la mère d'une voix fail)le. Je meurs...

Aussitôt Nanon donna le bras à sa maîtresse, autant en lit Eugénie, et ce ne fut pas sans des peines infinies qu'elles purent la monter chez elle, car elle tombait en défaillance de marche en marche. Grandet resta seul. Néanmoins, quelques moments ajjrès, il monta sept ou huit marches, et cria :

— Eugénie, quand votre mère sera couchée, vous descendrez.

— Oui, mon père.

Elle ne tarda pas à venir, après avoir rassuré sa mère.

— Ma lille, lui dit Grandet, vous allez me dire où est votre trésor.

— Mon père, si vous me faites des présents dont je ne sois pas entièrement maîtresse, reprenez-les, répondit froidement Eugénie en cherchant le napoléon sur la cheminée et le lui présentant.

Grandet saisit vivement le naiioléon et le coula dans son gousset.

— Je crois bien que je ne le donnerai plus rien ! Pas seulement ça ! dit-il en faisant claquer l'ongle de son pouce sous sa maîtresse dent. Vous méprisez donc votre père?

l. Mot de condition, de l'ancienne condilion de Grandet, et qui reparaît dans un instant de trouble.

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