Le « Grand Claes », l'un des 1 3. Cf. passim
chefs au dire de Balzac de la ré- 4. H sasil du système de La-
volte de Gand contre Charles- , vater, qui avait Vait beaucoup
Quint, qui voulait supprimer I réfléchir Balzac. Diderot avait
ses privilèges {loiS). Il fut exé- | déjà dit que tout homme est as-
cute. I siniilable à un animal quelcon-
2. Les êtres créés par les fan- que. La Phyaiognomonie de La-
tastiques offrent souvent, en effet, celle disiiroporlion des parties inférieures du corps au buste et surtout à la tète, qui se trouve exagérément développée.
vater, publiée en 1772, fut très lue ; — sur T influence qu'elle exerça, voirBaidensperg-er : Etudes d'Histoire littéraire, '2'= série.
Balzac l'avait acquise en août 182-2.
desséchée; puis, par moments, quand il regardait dans l'espace comme pour y trouver la réalisation de ses espérances, on eût dit qu'il jetait par ses narines la llamme qui dévorait son àme. Les sentiments profonds qui animent les grands hommes respiraient dans ce pâle visage fortement sillonné de rides, sur ce front plissé comme celui d'un vieux roi plein de soucis, mais surtout dans ces j'eux étincelants dont le feu semblait également accru par la chasteté que donne la tyrannie des idées, et par le foyer intérieur d'une vaste intelligence. Les yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, paraissaient avoir été cernés uniquement par les veilles et iJar les terribles réactions d'un espoir toujours déçu, toujours renaissant. Le jaloux fanatisme qu'inspirent l'art ou la science se trahissait encore chez cet homme par une singulière et constante distraction 1 dont témoignaient sa mise et son maintien, en accord avec la magnilique monstruosité de sa phjsionomie. Ses larges mains poilues étaient sales, ses longs ongles avaient à leurs extrémités des lignes noires très foncées. Ses souliers ou n'étaient pas nettoyés ou manquaient de cordons. De toute sa maison, le maître seul pouvait se donner l'étrange licence d'être si malpropre. Son pantalon de drap noir plein de taches, son gilet déboutonné, sa cravate mise de travers et son habit verdàtre toujours décousu complétaient un fantasque ensemble de petites et de grandes choses, qui, chez tout autre, eût décelé la misère qu'engendrent les vices, mais qui, chez Balthazar Claes, était le négligé du génie. Trop souvent le vice et le génie produisent des effets semblables, auxquels se trompe le vulgaire. Le génie n'est-il pas un constant excès qui dévore le temps, l'argent, le coi-ps, et qui mène à l'hôpital plus rapidement encore que les passions mauvaises-? Les hommes paraissent même avoir plus de respect pour les vices que pour le génie, car ils refusent de lui faire crédit. 11 semi>le que les bénélices des travaux secrets du savant soient tellement éloignés, que l'état social craigne de compter avec lui de son vivant ; il préfère s'acquitter en ne lui pardonnant pas sa misère ou ses malheurs -^ Malgré
1. La distraclion des savants est bien connue ; on cite des traits célèbres d'André -^Nlarie Ampère, et Balzac en avait sûrement entendu parler.
2. Les ravages opérés par les excès intellectuels, par l'obsession de l'idée, ont toujours in-
téressé Balzac, mais surtout jusqu'en 1835. Sa théorie du génie est très contestable ; il y a des génies harmonieux et sereins.
Et à vrai dire le paroxysme n'est jamais génial.
3. Il y a dans celte allusion à l'ingratitude de la société quel-
LA RECHERCHE DE L ABSOLU
son continuel oubli du présent, si Ballhazar Glaes quittait ses mystérieuses contemplations, si quelque intention douce et sociable i-animait ce visage penseur, si ses yeux fixes perdaient leur éclat rigide pour peindre un sentiment, s'il regardait autour de lui en revenant à la vie réelle, il était dillicile de ne pas rendre involontairement hommage i à la beauté séduisante de ce visage, à l'esprit gracieux qui s'y peignait. Aussi, chacun, en le voj^ant alors, regrettait-il que cet homme n'appartînt plus au monde, en disant : « Il a dvi être bien beau dans sa jeunesse ! » Erreur vulgaire! Jamais Baltliazar Glaes n'avait été plus poétique qu'il ne l'était en ce moment. Lavater- aurait voulu certainement étudier cette tête pleine de patience, de loyauté flamande, de moralité candide, où tout était large et grand, où la passion semblait calme parce qu'elle était forte. Les mœurs de cet homme devaient être pures, sa parole était sacrée, son amitié semblait constante, son dévouement eût été complet; mais le vouloir qui emploie ces qualités au profit de la patrie, du monde ou de la famille, s'était porté fatalement ailleurs. Ce citoyen, tenu de veiller au bonheur d'un ménage, de gérer une fortune, de diriger ses enfants vers un bel avenir, vivait, en dehors de ses devoirs et de ses affections, dans le commerce de quelque génie familier. A un prêtre il eût paru plein de la parole de Dieu, un artiste l'eût salué comme un grand maître, un enthousiaste l'eût pris pour un voyant de l'Eglise swedenborgienne^.
[M""" Claes est morte de chagrin, après avoir vainement tenté d'arracher son mari à la recherche de l'absolu, — symbolisée ici dans l'effort pour fabriquer le diamant pur. Balthazar avait bien consenti à abandonner son laboratoire, mais c'est sa femme elle-même qui, le
que chose qui fait penser au atello de N'i^iiy (1832) et à son Chatterton (1S35). ^