‹ Morceaux choisisChapitre 65 sur 226 · Voir supra · texte numérisé non relu

Voir supra

3. Swedenborg' est un illuministe suédois (1688-1772). Après avoir écrit des ouvrages scientifiques fort remarquables (métaflurgie, astronomie, etc.) il se crut, vers 1745, doué de la puissance d'entrer en relations immédiates avec les angles et Dieu.

Ses œuvres mystiques avaient

de bonne heure frappé l'esprit de Balzac, — il les avait trouvées dans la bibliothèque de sa mère.

En 183i-5 (La Recherche de l'Absolu est de 1834, octobre) il publiera un roman swedenborg-ien, Séraphita, qu'il portait dans son esprit depuis novembre 1833. — Sous la Restauration, une petite église swedenborgienne avait pris naissance, dans un régiment de ligne, grâce à l'apostolat du capitaine Bernard. M"' de Saint- Amour fut la grande prêtresse du culte. Depuis, les Eglises swedenborgiennes eurent des fortunes diverses.

voyant dépérir d'ennni et de regret, l'a délié de sa parole et l'a renvoyé à ses machines. Elle morte, sa fille Marguerite est restée seule pour défendre l'avenir de sa sœur et de ses frères, l'honneur même de son père, qui se ruine et s'endette pour continuer ses expériences. Toutes les richesses de la maison, tableaux, argenterie, tulipes rares, ont été vendues. La passion dévorante de Claes fait le vide autour d'elle. Un jour Marguerite découvre que Balthazar a souscrit pour cent mille francs de lettres de change chez un fabricant de produits chimiques. Elle croit obéir aux suprêmes volontés de sa mère en engageant le combat, a toute extrémité, avec son pere.J

Les ravages d'une idée.

— Tout est dit ! s'écria Marguerite, l'heure est venue.

Elle envoya chercher son père et se promena tout agitée, à grands pas, dans le parloir, en se jiarlant à ellemême :

— Trouver cent mille francs, dit-elle, ou voir notre père en prison !... Que faire ?

Balthazar ne descendit pas. Lassée de l'attendre, Marguerite monta au laboratoire ^ En entrant, elle vit son père au milieu d'une pièce vaste, fortement éclairée, garnie de machines et de verreries poudreuses ; çà et là, des livres, des tables encombrées de produits étiquetés, numérotés. Partout, le désordre qu'entraîne la préoccupation du savant y froissait les habitudes flamandes. Cet ensemble de matras, de cornues, de métaux, de cristallisations fantasquement colorées, d'échantillons accrochés aux murs ou jetés sur des fourneaux^, était dominé par la ligure de Balthazar Claes, qui, sans habit, les bras nus comme ceux d'un ouvrier, montrait sa poitrine couverte de poils blanchis comme ses cheveux. Ses yeux, horriblement fixes, ne quittèrent pas une machine pneumatique. Le récipient de cette machine était coifl'é d'une lentille formée par de doubles verres convexes dont l'intérieur était plein d'alcool et qui réunissait les rayons du soleil, entrant alors par l'un des compartiments de la rose

1. C'est la première fois, à dessein, que Balzac introduit le lecteur dans le laboratoire de Claes.

Page 1