Par le Titien
[Marguerite se retire dans sa chambre, elle lit la lettre de sa mère dont nous avons cité quelque mots, p. 179, n. i. Arrive l'heure du dîner. ]
Balthazar descendit quelques moments a^ant le dîner, contre son habitude. Pour la première fois depuis deux ans, sa lille aperçut dans sa physiononaie les signes d'une tristesse horrible à voir : il était redevenu père, la raison avait chassé la science. Il regarda dans la cour, dans le jardin, et, quand il fut certain de se trouver seul avec sa lille, il vint à elle par un mouvement plein de mélancolie et de bonté.
— Mon enfant, dit-il en lui prenant la main et la serrant avec une onctueuse tendresse, pardonne à ton vieux père. . . Oui, Marguerite, j'ai eu tort. Toi seule as raison. Tant que je n'aurai pas trouvé^, je suis un misérable ! Je m'en irai d'ici. Je ne veux pas voir vendre "\'an Claes, dit-il en montrant le portrait du martyr. Il est mort pour la liberté-, je serai mort pour la science, lui vénéré, moi haï. ..
— Haï mon père ? Non, dit-elle en se jetant sur son sein, nous vous adorons tous. — N'est-ce pas, Félicie ? dit-elle à sa sœur, qui entrait en ce moment.
— Qu'avez-vous mon cher père ? dit la jeune lille en lui prenant la main.
— Je vous ai ruinés. . .
— Eh I dit Félicie, nos frères nous feront une fortune. Jean est toujours le premier dans sa classe.
— Tenez, mon père, reprit Marguerite en amenant Balthazar par un mouvement plein de grâce et de càlinerie filiale devant la cheminée, où elle prit quelques papiers qui étaient sous le cartel, voici vos lettres de change ^ ; mais n'en souscrivez plus, il n'y aurait plus rien pour les payer...
— Tu as donc de l'argent? dit Balthazar à l'oreille de Marguerite, quand il fut revenu de sa surprise.
Ce mot suffoqua celte héroïque lille, tant il y avait de délire, de joie, d'espérance dans la ligure de son père, qui regardait autour de lui comme pour découvrir de l'or.