‹ Morceaux choisisChapitre 8 sur 226 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

3. (4, 10 et 20 janvier 84 : Balzac et ses amis, par Louis Durand.)

HOXORE DE BALZAC

l'usurier Berlel, — quitte à le lui rapporter en diligence une foi^ Teffet obtenu.

Ce qui n'est point douteux, c'est sa soif de réputation. Selon Gozlau, cVst elle qui l'aurait lancé dans raffaire Peytel : un homme a tué sa femme, à Bourges; cet homme a été nagruère un peu connu sur le boulevard : déclarons-le innocent ! nous cueillerons les lauriers de Voltaire. C'étaient plutôt ceux de Beaumarchais ' qui l'empêchaient de dormir. Il avait comme lui un sens exalté de la dignité de l'homme de lettres, mais aussi l'ambition du tapage, l'amour des retentissants procès, qui font à un homme un piédestal de scandale d'abord, puis une auréole de probité. De bonne heure, à en croire le bibliophile Jacob -, c'est le renom qu'il se fit. Voyez-le sous la Restauration, quand on ressuscite, avec Le Poitevin-Saint-Alme, Arago, RoUe, Masson, le défunt Figaro : tempétueux journal, où personne n'est payé: les menaces, les querelles, les duels, les lettres d'injures y pleuvent dru comme grêle : Paul Lacroix est là-dedans, il l'avoue, le factotum, et, comme pas un, sait donner « le coup de lancette » aux récalcitrants ; tous les acteurs et actrices, par ses soins, ont consenti à l'abonnement. Un jour, il parle avec Le Poitevin de lord R'hoone, — c'est alors l'un des pseudonymes de Balzac :« Qu'est-ce ? s'écrie Le Poitevin: un apprenti romancier, que sa vanité féroce a perdu. . . Il se croit un Voltaire, un Jean-Jacques, un Diderot.... le diable d'homme est convaincu qu'il doit entrer dans la peau de Beaumarchais ! » Savoureuse colère : nous en recueillons les éclats, du temps où Balzac ne faisait que chétive figure. Que furent-ils, plus tard, à huis clos et dans la presse, quand, maître du succès. Balzac se carra dans son impertinence, qu'il croyait naïvement celle d'un grand seigneur, quand il eut été piqué de la tarentule delà réclame, en écrivant lui-même, en dictant des notes sibyllines, des articles qui vaticinent le renouvellement, par ses œuvres, du monde littéraire, — fondant, lui, le prochain dénonciateur des crimes de la camaraderie, la société secrète du Cheval Rouge ', dont tous les membres devaient se pousser mutuellement au pinacle, et surtout ne pas chômer de proclamer à grands fracas, dans les journaux, la gloire et le génie de Balzac, — mettant sur son coupé et sur la livrée de « ses gens « les ai'mes usurpées des Balzac d'Entragues. dont il soutenait, « titres en mains «, qu'il était l'authentique descendant, — enfin combinant des aflTaires colossales, dont la moins connue, peut-être, et non la moins étrange, est ce « compte bleu» que rappelle Desnoiresterres : les cinq mille types créés de la

1. Lemer, Op. cit., p. 106, raconte que Balzac voyait souvent, dans son enfance et sa jeunesse, chez sa grand'mère, une vieille dame qui avait beau-

coup connu Beaumarchais.

Page 1