Vigny, Samson et Dalila. \ 2. Cf. Xotice, p
soudre dans le portrait, qu'on va voir en action, du notaire Matliias, qui est, comme plus tard (voir p. 252), le juge Popinot de L'Interdiction, et plus encore le notaire Chesnel du Cabinet des Antiques (voir p. 264) un tvpe de conscience professionnelle exaltée. Il semblerait qu'à une certaine hauteur morale, les singularités de la condition s'effacent, et qu'il ne reste plus qu'une absolue noblesse d'âme, un type accompli d'humanité. Balzac prouve qu'un bon observateur peut toujours discerner, dans la manière de penser et d'agir d'un homme, si dégagée qu'elle soit de toute petitesse, le tour particulier que les habitudes de sa vie lui ont donné. Ce qui nous intéresse en Mathias, comme en Chesnel ou en Popinot, c'est de trouver tant de réalité dans des êtres d'une beauté morale parfaite, et que cette réalité, au lieu d'être plaquée, traduise vraiment cette beauté intérieure'.
Analyse et Exti>ait!!i.
[Paul de Manerville est amoureux fou de la belle Mademoiselle Natalie Evangélista et sa recherche a été agréée. Il est très riche. M"" Evangélista est plus qu'à demi-ruinée ; pleine d'astuce et d'ambition, elle rêve de briller à Paris, aux dépens de son gendre. Le contrat de mariage va être signé ; il s'agit de savoir si M™^ Evangélista, aidée par un jeune notaire qui ose soupirer pour elle, va réussir à dépouiller insidieusement le bon, le généreux, l'imprévoyant Paul de Manerville. ]
Bataille de noteiires.
La vieille école et le nouveau jeu.
Ces condottieri matrimoniaux qui s'allaient battre pour leurs clients et dont les forces personnelles devenaient si décisives en cette solennelle rencontre, les deux notaires représentaient les anciennes et les nouvelles moeurs, l'ancien et le nouveau notariat.
1. Taine (dans son article des ' zac, « les vices contribuent à
Nouveaux J^asais de Critique et faire la vertu, pareils à ces
d'Histoire) me paraît interpréter substances infectes qui servent
Balzac en un sens trop pessi- à distiller les plus précieux par-
miste, et inexact, quand il dit fums. >> C'est l'exagération et la
à propos de Popinot : dans Bal- déviation d'une idée juste.
Mailrc Mathias' était un Aieux bonhomme âgé de soixanteneuf ans-, et qui se faisait gloire de ses vingt années d'exercice en sa charge. Ses gros pieds de goutteux étaient chaussés de souliers ornés d'agrafes d'argent, et terminaient ridiculement des jambes si menues, à rotules si saillantes, que, quand il les croisait, on eût dit les deux os gravés au-dessus des ci-git. Ses petites cuisses maigres, perdues dans de larges culottes noires à boucles, semblaient plier sous le poids dun ventre rond et d'un torse développé comme l'est le buste des gens de cabinet^, une grosse boule toujours empaquetée dans un habit vert à basques carrées, que i^ersonne ne se souvenait d'avoir vu neuf. Ses cheveux, bien tirés et poudrés, se réunissaient en une petite queue de rat, toujours logée entre le collet de l'habit et celui de son gilet blanc à fleurs. Avec sa tête ronde, sa ligure colorée comme une feuille de vigne, ses yeux bleus, le nez en trompette, une bouche à grosses lèvres, un menton doublé, ce cher petit homme excitait partout où il se montrait sans être connu le rire généreusement octroyé par le Français aux créations falotes * que se permet la nature, que l'art s'amuse à charger, et que nous nommons des caricatures. Mais, chez Maître Mathias, l'esprit avait triomphé de la forme, les qualités de l'àme avaient vaincu les bizarreries du corps. La plupart des Boi'delais lui témoignaient un respect amical, une déférence pleine d'estime. La voix du notaire gagnait le cœur en y faisant résonner l'éloquence de la probité. Pour toute ruse, il allait droit au fait en culbutant les mauvaises pensées par des interrogations précises. Son coup d'œil prompt, sa grande habitude des affaires, lui donnaient ce sens divinatoire qui permet d'aller au fond des consciences et d'y lire les pensées secrètes^. Quoique grave et posé dans les affaires, ce patriarche avait la gaieté de nos ancêtres, il devait" risquer la chanson de table,
1. Comparez avec^le notaire sait à l'analyse des intérêts, il Chesnel àAns Le Cabinet des An- connaissait peu l'analyse des tiques, ici p. passions humaines ». Il n'est