‹ Morceaux choisisChapitre 91 sur 226 · Dont... de .sa = absolument i au commencement de La Fille · texte numérisé non relu

Dont... de .sa = absolument i au commencement de La Fille

incorrect. Le grammairien qui au.v\i'eu.v d'or>. Il est né pour être

veillait sur la prose de Balzac grugé.

et qui le désespérait si souvent, 3. C'est une intrigante fieffée;

n'a pas dû revoir cette page. ; créole espagnole ; elle n"a aucun

i. Paul de Manerville est le sens de la valeur de l'argent, type du bon garçon naïf et sans Mais elle veut paraître et doportée, — le « Brummel borde- miner, et elle compte sur le malais»,«lafleurdes pois». C'est en riage de sa fille pour réaliser vain que le dandy de Marsay a ses ambitions. Solonet en est voulu faire sa haute éducation épris et voudrait bien l'épou- (voir Les Jeunes Gens de Paris, i ser.

dans sa robe île velours violet. Solonet lui avait garanti le mariage, mais elle ignorait les moyens, les conditions du succès, et subissait l'horrible angoisse des alternatives. Elle dut peut-être son triomphe à la désobéissance de sa lille'. Natalie avait commenté les paroles de sa mère, dont l'inquiétude était visible pour elle. Quand elle vit le succès de sa coquetterie, elle se sentit atteinte au cœur par mille pensées contradictoires. Sans blâmer sa mère, elle fut honteuse à demi tle ce manège dont le prix était un gain quelconque. Puis elle fut prise d'une curiosité jalouse assez concevable. Elle voulut savoir si Paul l'aimait assez pour surmonter les dillicultés prévues par sa mère, et que lui dénonçait la ligure un peu nuageuse de Maître Mathias. Ces sentiments la poussèrent à un mouvement de loyauté qui, d'ailleurs, la posait bien. La plus noire perlidie n'eût pas été aussi dangereuse que le fut son innocence.

— Paul, lui dit-elle à voix basse, — et elle le nomma ainsi pour la première fois, — si quelques dillicultés d'intérêts pouvaient nous séparer, songez que je vous relève de vos engagements, et vous permets de jeter sur moi la défaveur qui résulterait d'une rupture.

Elle mit une si profonde dignité dans l'expression de sa générosité, que Paul crut au désintéressement de Natalie, à son ignorance du fait que son notaire venait de lui révéler; il pressa la main de la jeune iille et la baisa comme un homme à qui l'amour était plus cher que l'intérêt. Natalie sortit.

— Sac à papier ! Monsieur le comte, vous faites des sottises, grommela le vieux notaire en rejoignant son client.

Paul demeura songeur : il comptait avoir environ cent mille livres de rente en réunissant sa fortune à celle de Natalie ; et, quelque passionné que soit un homme, il ne passe pas sans émotion de cent à quarante-six mille livres de rente, en acceptant une femme habituée au luxe-.

— Ma Iille n'est pas là, reprit Madame Evangélista, qui s'avança royalement vers son gendre et le notaire ; pouvezvous me dire ce qui nous arrive ?

— Madame, répondit Mathias épouvanté du silence de

1. M'"'^ Evanjïélista a fait la le- gagée à être « un peu coquette »

CDU à sa tille. Prévoyant des difli- pour que tout « aille bien»,

cultes au conlrat, elle lui a dit : 2. La vieille M""= de Maulin-

« Si après t'a voir vue dans toute cour, la tante de Paul, qui a

ta gloire, son regard trahissait la moindre hésitation, et je l'observerai ! certes à l'instant je romprais tout. . . d Et elle l'a en-

négocié le mariage, lui a dit :

« Le contrat, mon enfant, le contrat est le plus saint des devoirs ».

Paul, et qui rompit la glace, il survient un empêchement dilatoire^. . .

A ce mot, maître Solonet sortit du petit salon et coupa la parole à son vieux confrère par une phrase qui rendit la vie à Paul. Accablé par le souvenir île ses phrases galantes, par son altitude amoureuse, Paul ne savait ni comment les démentir, ni comment en changer ; il aurait voulu pouvoir se jeter dans un gouffre.

— 11 est un moyen d'acquitter Madame envers sa fdle, dit le jeune notaire d'un ton dégagé. Madame Evangélista possède quarante mille livres de rente en inscriptions cinq pour cent, dont le capital sera bientôt au pair 2, s'il ne le dépasse ; ainsi nous pouvons le compter pour huit cent mille francs. Cet hôtel et son jardin valent bien deux cent mille francs. Cela posé. Madame peut transporter jiar le contrat la nue propriété^ de ces valeurs à sa fille, car je ne pense pas que les intentions de Monsieur soient de laisser sa belle-mère sans ressources. Si Madame a mangé sa fortjune, elle rend celle de sa fille, à une bagatelle près.

— Les femmes sont bien malheureuses de ne rien entendre aux affaires, dit Madame Evangélista. J'ai des nues propriétés ? Qu'est-ce que cela, mon Dieu ?

Paul était dans une sorte d'extase en entendant cette transaction. Le vieux notaire, voyant le piège tendu, son client un pied déjà pris, resta pétrifié, se disant :

— Je crois que l'on se joue de nous !

— Si madame suit mon conseil, elle assurera sa tranquillité, dit le jeune notaire en continuant. En se sacrifiant*, au moins ne faut-il pas que des mineurs la tracassent. On ne sait ni qui vit ni qui meurt! M. le comte reconnaîtra donc par le contrat avoir reçu la somme totale revenant à Mademoiselle Evangélista sur la succession de son père.

Mathias ne put comprimer l'indignation qui brilla dans ses yeux et lui colora la face.

— Et cette somme, dit-il en tremblant, est de. . . ?

— Un million cent cinquante-six mille francs, suivant l'acte. . .

1. Mot de métier = qui tend à faire traîner les choses. — Noter le savoureux contraste de ce langage avec celui de la femme du monde.

2. On dit qu'une valeur est au pair quand le taux réel se confond avec le taux nominal.

3. La nue propriété est la propriété d'un londs, dont un autre a le revenu.

4. Construction incorrecte = si elle se sacrifie, au moins ne faut-il pas. . .

RÈGLE : La fortune vient en dormant. (Crodzet..., Gr. Fr.)

— Pourquoi ne demandez-vous pas à M. le comte de faire hic et niinc le délaissement de sa fortune à sa futtire épouse ? dit Matliias. Ce serait plus franc que ce que vous nous demandez. La ruine du comte de Manerville ne s'accomplira pas sous mes yeux, je me retire.

Il lit un pas Aers la porte afin d'instruire son client de la gravité des circonstances ; mais il revint, et, s'adressant à Madame Evangélista :

— Ne croyez-pas, Madame, que je vous fasse solidaire des idées de mon confrère; je vous tiens pour une honnête femme, une grande dame qui ne sait rien des affaires.

— Merci, mon cher confrère, dit Solonet.

— Vous savez bien qu'entre nous il n'y a jamais d'injure, lui répondit Mathias.

[ Mathias explique à M'"^ Evangélista que pour Paul de Manerville, signer un pareil contrat, ce serait « se jeter pieds et poings liés dans la Gironde ». Il « fait feu de tous ses canons », en homme « qui fait les affaires de trois générations». Solonet propose que, pour arranger les choses. M"" Evangélista vive avec le jeune ménage, et, par des opérations dont il fait le détail, il assure que, finalement, l'apport de Natalie sera égal à celui de Manerville ; pour emporter l'affaire, la future bellemére offre de donner à sa fille tous ses diamants, estimés cent mille francs. Mais Mathias flaire une comédie arrangée d'avance, un piège tendu ; il voit déjà ;< fricassées » par une mère ambitieuse et prodigue. qui fera de sa fille ce qu'elle voudra, ces belles terres de la famille de Manerville, qu'il a si bien soignées. Il continue la lutte. ]

En découvrant dans l'âme de Madame Evangélista des intentions qui, sans tenir à la scélératesse, au crime, au vol, à la supercherie, à l'escroquerie, à aucun sentiment mauvais ni à rien de blâmable, comportaient néanmoins toutes les criminalités en germe, Maître Mathias n'éprouva ni douleur ni généreuse indignation. 11 n'était pas le Misanthrope, il était un vieux notaire, habitué par son métier aux adroits calculs des gens du monde, à ces habiles traîtrises plus funestes que ne l'est un franc assassinat commis [ sur la grande route par un pauvre diable, guillotiné en ' grand appareil^. Pour la haute société, ces passages de la ^j vie, ces congrès diplomatiques s<jnt comme de petits coins !] honteux oii chacun jette ses ordures. Plein de pitié pour j son client. Maître Mathias promenait un long regard sur. | l'avenir et n'j' voyait rien de bon. '

I. Ridzac si.a^nale souvent cet- tîon. — Cf. les dernières parote immoralité secrète, que dis- les de Vautrin à Rastignac, p. simule vuie façade de correc- , 204.

— Entrons donc eu campagne avec les mêmes armes, se it-il. et battons-les.

En ce moment, f'aul, Solonet et Madame Evangélista, ènés par le silence du vieillard, sentirent combien l'approation de ce censeur leur était nécessaire pour sanctionner ette transaction, et tous trois ils le regardèrent simultanéaent.

— Eh bien ! mon cher Monsieur Mathias, que pensez-vous e ceci ? lui dit Paul.

— Voici ce que je pense, répondit l'intraitable et consiencieux notaire. Vous n'êtes pas assez riche pour faire e ces royales folies. La terre de Lanstrac, estimée à trois lour cent, représente i^lus d'un million, y compris son aobilier ; les fermes du Grassol et du Guadet, votre clos ie Bellerose valent un autre million ; a'os deux hôtels et sur mobilier, un troisième million. Contre ces trois milions donnant quarante-sept mille deux cents francs de ente, "mademoiselle Natalie apporte huit cent mille francs ur le grand-livre, et supposons cent mille francs de diaiiants qui me semblent une valeur hypothétique! plus, ent cinquante mille francs d'argent, en tout un million inquante mille francs ! En présence de ces faits, mon conrère vous dit glorieusement que nous marions des forunes égales! 11 veut que nous' restions grevés de cent aille francs envers nos enfants, puisque nous reconnaîrions à notre femme, par le compte de tutelle entendu, un pport de onze cent cinquante-six mille francs, en n'en ecevant que un million cinquante mille ! Vous écoutez de lareilles sornettes avec le ravissement d'un amoureux, et ous croyez que Maître Mathias, qui n'est pas amoureux, leut oublier l'arithmétique et ne signalera pas la ditférence ui existe entre les placements territoriaux dont le capital st énorme, qui va croissant, et les revenus de la dot dont 3 capital est sujet à des chances et à des diminutions d'inérêt. Je suis assez vreux pour avoir vu l'argent décroître t les terres augmenter. Vous m'avez appelé. Monsieur le omte, pour stipuler vos intérêts : laissez-moi les défendre, lU renvoyez-moi.

[ Une seconde fois, M'"= Evangélista fait un geste de rupture ; Paul les larmes aux yeux de honte et de chagrin. ]

1. Nous = Noter ici l'habitude •rofessionnelle du notaire (qui st aussi celle de l'avoué, de

l'avocat) ; il épouse les intérêts de son client, et se confond avec sa personne.

Natalie apparut en ce moment ravissante comme une aurore, et dit d'un air' enfantin :

— Suis-je de trop ?

— Singulièrement de trop, ma fille ! lui répondit sa mère avec une cruelle amertume.

— Venez, ma clière Natalie, dit Paul en la prenant par la main et l'amenant à un fauteuil près de la cheminée» tout est arrangé ! Car il lui fut impossible de supporter le renversement de ses espérances.

Mathias reprit vivement :

— Oui, tout peut encore s'arranger.

Semblable au général qui, dans un moment, déjoue les

combinaisons préparées par l'ennemi, le vieux notaire avait vu le génie qui préside au notariat lui déroulant en carac tères légaux une conception capable de sauver l'avenir de Paul et celui de ses enfants. Maître Solonet ne connaissait pas d'autre dénoùment à ces difficultés inconciliables que la résolution inspirée au jeune homme par l'amour, et à laquelle l'avait conduit cette tempête de sentiments et d'intérêts contrariés ; aussi fut-il étrangement surpris de l'exclamation de son confrère.

Curieux de connaître le l'emède que Maître Mathias pouvait trouver à un état de choses qui devait lui paraître perdu sans ressource, il lui dit :

— Que proposez-vous ?

— Natalie, ma chère enfant, laissez-nous, dit Madame Evangélista.

— Mademoiselle n'est pas de trop, répondit Maître Ma thias en souriant; je vais parler pour elle aussi bien que pour M. le comte.

Il se lit un silence profond pendant lequel chacun, pleir, d'agitation, attendit l'improvisation du vieillard avec un^ indicible curiosité. i

— Aujourd'hui, reprit Maître Mathias après une pause la profession de notaire a changé de face. Aujourd'hui, les révolutions politiques influent sur l'avenir des familles, ce qui n'arrivait pas autrefois. Autrefois, les existences étaien; définies et les rangs étaient déterminés. . . '

1. B'un air, seulement. Elle joue son rôle dans la comédie, d'instinct. Balzac nous a prévenus ; le visage angélique de Natalie ne trompe pas un connaisseur ; dans le menton « légèrement empâté », il voit la préexistence de sentiments

dont la violence se déclarerî plus tard ; sa voix séduisant< a des tous métalliques. Elle aura de l'esprit sans intellii gence, l'envie de dominer. Sî grâce, son air de franchise rieuse cachent un tempéramen* de coquette.

— Nous n'avons pas à faire un cours d'économie politi- [ueS nous avons à faire un contrat de mariage, ditSolonet iU laissant échapper un geste d'impatience et en interrom- )ant le vieillard.

— Je vous prie de me laisser parler à mon tour, dit le )onhomme.

Solonet alla s'asseoir sur l'ottomane en disant à voix )asse à madame Evangélista :

— Vous allez connaître ce que nous nommons entre nous e galimatias.

— Les notaires sont donc obligés de suivre la marche les affaires politiques, qui maintenant sont intimement iées aux affaires des particuliers. En voici un exemple, autrefois, les familles nobles avaient des fortunes inébranables que les lois de la Révolution ont brisées et que le ;yslème actuel tend à reconstituer-, reprit le vieux notaire m se livrant aussi à la faconde du tabellionaris boa contrictor (le boa-notaire). Par son nom, par ses talents, par ,a' fortune, M. le comte est appelé à siéger un jour à la Chambre élective 3. Peut-être ses destinées le mèneront- Iles à la Chambre héréditaire ^, et nous lui connaissons issez de moyens pour justifier nos prévisions. — Ne partaçez-vous pas mon opinion, madame? dit-il à la veuve*.

— Vous avez pressenti mon plus cher espoir, dit-elle, ilanerville sera pair de F'rance, ou je mourrais de chagrin.

- Tout ce qui peut nous acheminer vers ce but...? dit naître Malhias en interrogeant l'astucieuse belle-mère par m geste de bonhomie.

— Est, répondit-elle, mon plus cher désir.

— Eh bien, reprit Matliias, ce mariage n'est-il pas une tccasion naturelle de fonder un majorai? fondation qui, erles, militera dans l'esprit du gouvernement actuel pour a nomination de mon client, au moment d'une fournée^.

1. Balzac s'empare de l'objecion, pour que le lecteur ne la asse pas. Il n'est pas invraiemblable que Mathias se livre ux considérations qui suivent,

■ et que d'ailleurs Balzac pour-

ait développer pour son compe.

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