ACTE II, SCÈNE III
PRINZIVALLE.
C'est bien et vous avez raison. — Venez, reposezvous... — C'est le lit d'un guerrier, il est âpre et farouche, étroit comme une tombe et peu digne de vous. — Reposez-vous ici, sur ces peaux d'aurochs et de béliers qui ne savent pas encore combien le corps d'une femme est doux et précieux... Mettez sous votre tête cette toison plus moelleuse... C'est une peau de lynx qu'un roi d'Afrique me donna le soir d'une victoire... {Vanna s'asseoit étroitement enveloppée de son manteau). — La clarté de la lampe vous tombe sur les yeux... Voulez- vous que je la déplace ?
VANNA
Peu importe...
PRINZIVALLE, s' agenouillant au pied de la couche et saisissant la main de Vanna.
Giovanna !... {Vanna se redresse étonnée et le regarde). — Oh ! Vanna ! ma Vanna !... — Car, moi aussi, j'avais coutume de vous appeler ainsi... Maintenant je défaille en prononçant ce nom... Il resta si longtemj)S enfermé dans mon cœur, qu'il n'en peut plus sortir sans briser sa prison... Il est mon cœur lui-même et je n'en ai plus d'autre... Chacune de ses syllabes contient toute ma vie ; et quand je les prononce, c'est ma vie qui s'écoule... Il m'était familier, je croyais le connaître, je n'en
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avais plus peur à force de le nommer ; et voilà des années qu'à chaque heure de chaque jour, je me le répétais comme un grand mot d'amour qu'il faudrait avoir le courage de prononcer enfin, ne fût-ce qu'une fois, en présence de celle qu'il évoquait en vain... Je croyais que mes lèvres en avaient pris la forme, qu'au moment espéré elles sauraient le redire avec une telle douceur, avec un tel respect, avec un abandon si profond et si humble, que celle qui l'entendrait comprendrait la détresse et l'amour qu'il contient... Mais voilà qu'aujourd'hui il n'évoque plus une ombre... Ce n'est plus le même nom. Je ne le connais plus quand il sort de ma bouche, tout coupé de sanglots et tout meurtri de craintes... J'y ai mis trop de choses ; et toute l'émotion, toute l'adoration que j'y ai renfermées viennent briser ma force et font mourir ma voix...
Qui êtes-vous ?
VANNA
PRINZIVALLE.
Vous ne me connaissez pas... Vous ne re\'X)}'ez rien ?... — Ah ! comme le temps qui passe efface des merveilles !... Mais ces niervcillcs-là, je les avais vues S(Mil... Au fait, c'est mieux peut-être qu'elles soient oubliées... Je n'aurai plus d'espoir j'aurai