‹ Morceaux choisis. Introd. par Georgette LeblancChapitre 37 sur 83 · ACTE II, SCÈNE III 2S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III 2S

PRINZIVALLE.

Guido ?..,

VANNA, retirant sa main.

Ne cherchez pas ma main. Je ne la donne pas. Je vois que mes paroles doivent être plus claires. Quand Guido m'épousa, j'étais seule, presque pauvre. Une femme seule et pauvre, surtout quand elle est belle et ne peut se plier aux mensonges habiles, devient bientôt la proie de mille calomnies... Guido n'y prit pas garde; il eut confiance en moi, et cette foi me plut. Il m'a rendue heureuse, autant que l'on peut l'être quand on a renoncé aux rêves un peu fous qui ne semblent pas faits pour notre vie humaine... Et vous verrez aussi — car je l'espère presque — que l'on peut être heureux sans passer tous ses jours dans l'attente d'un bonheur que personne n'a connu... J'aime maintenant Guido d'un amour moins étrange que celui que vous croyez avoir, mais sans doute plus égal, plus fidèle et plus sûr... Cet amour est celui que le sort m'a donné ; je n'étais pas aveugle lorsque je l'acceptai ; je n'en aurai pas d'autre ; et si quelqu'un le brise, ce ne sera pas moi... Vous vous êtes méj^ris. Si j'ai des paroles qui expliquent votre erreur, ce n'était pas pour vous, ce n'était pas pour nous que je parlais aiiisi; c'est au nom d'un amour que le cœur entrevoit à la première

aurore, qui existe peut-être, mais qui n'est pas le mien et qui n'est pas le vôtre, car vous n'avez pas fait ce qu'un tel amour aurait fait...

PRINZIVALLE.

Vous le jugez bien durement, Vanna, et sans savoir assez tout ce qu'il a subi, tout ce qu'il a dû faire, pour amener enfin cette minute heureuse qui desespérerait tous les autres amours... Mais qiiand il n'eût rien fait, quand il n'eût rien tenté, je sais bien qu'il existe, moi qui suis sa victime, moi qui le porte ici, moi dont il prend la vie et en qui il éteint tout ce qui fait la joie et la gloire des hommes... Depuis qu'il m'a saisi, je n'ai pas fait un pas, je n'ai pas fait un geste qui eût un autre but que de m'en rapprocher, ne fût-ce qu'un instant, pour interroger mon destin sans vous nuire... Ah ! croyez-moi, Vanna, et vous devez me croire, car on croit volontiers ceux qui n'espèrent et ne demandent rien... Vous voilà maintenant sous ma tente et tout à ma merci... Je n'ai qu'un mot à dire, à étendre les bras, et je possède tout ce que peut posséder un amour ordinaire... Mais aussi bien que moi vous paraissez savoir que l'amour dont je parle a besoin d'autre chose ; c'est pourquoi je demande que vous n'en doutiez plus... Cette main que je prenais parce que je pensais que vous alliez me croire, je n'y toucherai plus ni des doigts ni des lèvres, mais que du

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