‹ Morceaux choisis. Introd. par Georgette LeblancChapitre 38 sur 83 · ACTE ÎI, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE ÎI, SCENE III

moins, Vanna, quand nous nous quitterons pour ne plus nous revoir, vous soyez convaincue que c'était cet amour qui vous a tant aimée et ne s'est arrêté que devant l'impossible !..o

VANNA

C'est parce que quelque chose lui parut impossible que j'espère encore en douter... Ne croyez pas que je me fusse réjouie à le voir surmonter des obstacles affreux, ni que je sois avide d'épreuves surhumaines... On raconte que, dans Pise, une femme jeta un jour l'un de ses gants dans la fosse aux lions, derrière le campanile, et pria son amant de l'y aller chercher. L'amant n'avait d'autre arme qu'une cravache de cuir. Pourtant, il descendit, écarta les lions, prit le gant, le rendit à la femme en s'agenouillant devant elle, s'éloigna sans rien dire, et ne revint jamais... Je trouve qu'il fut trop doux ; et puisqu'il avait sa cravache, il eût dû s'en servir pour inculquer à celle qui se jouait ainsi d'un sentiment divin, une notion plus exacte et plus vive des droits et des devoirs de l'amour véritable... Je n'exige donc pas que vous me fournissiez des preuves de ce genre ; je ne demande qu'avons croire... C'est pour votre bonheur et pour le mien aussi que je voudrais douter... Il y a dans un amour exclusif comme le vôtre, quelque chose de sacré qui devrait inquiéter la femme la pdus froide et la plus vertueuse... C'est pourquoi

j'examine ce que vous avez fait et serais presque heureuse de n'y rien rencontrer qui portât le grand signe de cette passion mortelle si rarement bénie... Je serais presque sûre de ne l'y point trouver, si votre dernier acte, où vous avez jeté follement dans un gouffre, votre passé, votre avenir, votre gloire, votre vie, tout ce que vous avez, pour me faire venir une heure sous cette tente, m me forçait à dire que vous ne vous trompez peut-être pas...

PRINZIVALLE.

Ce dernier act« est le seul qui ne prouve rien...

VANNA

Comment ?...

PrvINZIVALLE.

J'aime mieux vous avouer la vérité. En vous faisant venir ici, pour sauver Pise en votre nom, je n'ai rien sacrifié...

VANNA

Je ne comprends pas bien... Vous n'avez pas trahi votre patrie ? vous n'avez pas léliuit votre passé ?

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