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pur, le doux air de la patrie, plus suave que les parfums de l'Orient ; cette terre riche et fertile, ce paysage unique, le plus beau dont l’œil humain fut jamais frappé! ce séjour charmant auquel je n'avais rien trouvé d’égal dans le tour du monde?, l'aspect d’un peuple heureux et libre, la douceur de la saison, la sérénité du climat, mille souvenirs délicieux qui réveillaient tous les sentiments que j'avais goùtés : tout cela me jetait dans des transports que je ne puis décrire, el semblait me rendre à la fois la jouissance de ma vie entière.
En descendant vers la côte, je sentis une impression nouvelle dont je n’avais aucune idée ; c'était un certain mouvement d'effroi qui me resserrait le cœur et me troublait malgré moi. Cet effroi, dont je ne pouvais démêler la cause, croissait à mesure que j’approchais de la ville: il ralentissait mon empressement d'arriver, et fit enfin de tels progrès, que je m’inquiétais autant de ma diligence que j'avais fait jusque-là de ma lenteur. En entrant à Vevey, la sensation que j'éprouvai ne fut rien moins qu'agréable: je fus saisi d’une violente palpitation qui m'empêchait de respirer; je parlais d’une voix altérée et tremblantes, j’eus peine à me faire entendre en demandant M. de Wolmar ; car je n’osai jamais nommer sa femme. On me dit qu’il demeurait à Clarens. Cette nouvelle m’ôta de dessus la poitrine un poids de cinq cent livres ; et, prenant les deux lieues qui me restaient à faire pour un répit, je me réjouis de ce qui m’eût désolé dans un autre temps; mais j'appris avec un vrai chagrin que M°*° d’Orbe était à Lausanne. J’entrai dans une auberge pour reprendre les forces qui me manquaient; il me fut impossible d’avaler un seul morceau ; je suffoquais en buvant et ne pouvais vider un verre qu’à plusieurs reprises. Ma terreur redoubla quand je vis mettre les chevaux pour repartir. Je crois que j'aurais donné tout au monde pour voir briser une roue en chemin. Je ne voyais plus Julie ; mon imagination troublée ne me présentait que des objets confus ; mon âme était dans un tumulte universel. Je connaissais la douleur et le désespoir; je les aurais préfé-
1. l'affirmation porta, et les voyageurs se pressèrent, après . 1961, sur les rives du pays de
aud. (Voir Zntroduction, p. 39).